23èmes RENCONTRES LITTÉRAIRES
DANS LE JARDIN DES PRÉBENDES, À TOURS

Vendredi 27 août 2021, de 17 h 30 à 19 h

 

Spectacle de poésie : « Le partage »

Dessin à l'encre de Chine de Catherine Réault-Crosnier, illustrant le spectacle de poésie sur Le partage.

 

Lire la présentation de cette Rencontre.

 

Le partage est fondamental. Cependant chacun peut l’adapter à sa manière de vivre.

Par exemple, entre le loup et l’agneau, la vision est différente comme entre le lion et le rat. Même si cela ne vaut pas un fromage, aurait pu dire le renard au corbeau dans une autre fable de La Fontaine, nous allons voguer au gré des poètes et écrivains pour réfléchir sur ce sujet et approfondir notre pensée. Remontons le fil du temps jusqu’à nous à travers des moments forts de partage.

Adam et Ève ont croqué ensemble la pomme, le fruit défendu du paradis dans une soif de connaissance. Les tableaux sont très nombreux à ce sujet tel le diptyque de Dürer qui les présente, très élégants, heureux.

Une partie du public lors de la Rencontre littéraire dans le jardin des Prébendes, du 27 août 2021, consacrée au partage. 

Une partie du public.

Saint Martin de Tours (316 – 397) qui a vécu au IVe siècle, a une vision très différente de ce sujet. Tout d’abord, son père l’enrôla de force près de lui, dans l’armée mais Martin n’avait pas encore pris sa vie en mains. Un évènement va changer le cours de son existence qui devient alors chemin du partage, étendard pour le reste de ses jours. En effet, rencontrant un mendiant grelottant en plein hiver, il coupe son manteau de soldat en deux parties d’un coup d’épée. Une moitié appartenait à l’armée. Avec l’autre qui était la sienne, il habilla un pauvre qui grelottait de froid. La nuit suivante, le Christ lui est apparu, vêtu de cette moitié de son vêtement. À partir de ce moment, il quitta l’armée et consacra le reste de sa vie aux pauvres même quand il fut nommé troisième évêque de Tours (de 371 à 397).

Saint Sulpice Sévère, chroniqueur et ecclésiastique de la fin du Ve siècle (vers 363 – 410 ou 429), a écrit une biographie en latin sur son contemporain, saint Martin. Plus tard, en 1861, un livre Vie de saint Martin traduit du latin en français par Richard Viot et avec une notice de l’abbé J.-J. Bourrassé, a été édité par l’imprimerie Alfred Mame et Cie. Voici un extrait significatif de la force mystique de saint Martin et de sa soif de partage, même avant son baptême :

Un jour, au milieu d’un hiver dont les rigueurs extraordinaires ayant fait périr beaucoup de personnes, Martin, n’ayant que ses armes et son manteau de soldat, rencontra à la porte d’Amiens, un pauvre presque nu. L’homme de Dieu, voyant ce malheureux implorer vainement la charité des passants qui s’éloignaient sans pitié, comprit que c’était à lui que Dieu l’avait réservé. Mais que faire ? il ne possédait que le manteau dont il était revêtu car il avait donné tout le reste ; il tire son épée, le coupe en deux, en donne la moitié au pauvre et se revêt du reste. Quelques spectateurs se mirent à rire en voyant ce vêtement informe et mutilé ; d’autres, plus sensés, gémirent profondément de n’avoir rien fait de semblable, lorsqu’ils auraient pu faire d’avantage, et revêtir ce pauvre sans se dépouillés eux-mêmes. La nuit suivante, Martin s’étant endormi, vit Jésus-Christ revêtu de la moitié du manteau dont il avait couvert la nudité du pauvre ; et il entendit une voix qui lui ordonnait de considérer attentivement le Seigneur et de reconnaître le vêtement qu’il lui avait donné. (pages 19 et 20)

 

Plus près de nous, au XVe siècle, Rabelais, écrivain, humaniste, médecin de la Renaissance, né en Touraine à La Devinière vers 1483 (et mort à Paris en 1553) a une grande soif de savoir. Sa culture est immense et ses écrits en témoignent. Maniant l’humour avec talent, il nous montre la manière étrange de partager chez les grands, les puissants...

Le géant Gargantua, père de Pantagruel, réagit de manière inhabituelle à son appétit insatiable. Est-ce encore le partage ou l’inverse ? En effet, il avale une énorme quantité de nourriture sans jamais être rassasié. De même il boit et pisse en grande quantité. La liste de ce qu’il ingurgite ne semble jamais finir avec moult boisson. Vous pourrez vous régaler à ce festin par la saveur des mots et des aventures à rebondissement dans La vie très honorificque du Grand Gargantua. Rabelais nous le présente avec art et humour dans sa soif de tout :

Ce dict, on apresta le soupper, et de surcroist feurent roustiz : seze beufz, troys génisses, trente et deux veaux, soixante et troys chevreaux moissonniers, quatre vingt quinze moutons, troys cens gourretz de laict à beau moust, unze vingt perdrys, (…) (La vie très honorificque du Grand Gargantua, chapitre 37, page 116 de l’édition de 1921)

(Ceci dit, on prépara le souper et en plus on fit rôtir seize bœufs, trois génisses, trente-deux veaux, trente-deux veaux, soixante-trois chevreaux de l’été, quatre-vingt-quinze moutons, trois cents cochons de lait au beau moût de raisin, deux-cent-vingt perdrix (…).)

Même durant les guerres, Rabelais jongle avec la démesure, montrant que la force et la ruse sont deux armes très employées par Gargantua pour gagner comme dans le chapitre 36 intitulé « Comment Gargantua demollit le chasteau du gué de Vede, et comment ilz passerent le gué ».

Venu que fut, raconta l’estat onquel avoit trouvé les ennemys et du stratageme qu’il avoit faict, luy seul contre toute leur caterve, afferment que ilz n’estoient que maraulx, pilleurs et brigans, ignorans de toute discipline militaire, et que hardiment ilz se missent en voye, car il leurs seroit tres facile de les assommer comme bestes.

Adoncque Gargantua monta sus sa grande jument, accompaigné comme davant avons dict, et, trouvant en son chemin un hault et grand arbre (lequel communement on nommoit l’Arbre de sainct Martin, pource qu’ainsi estoit creu un bourdon que jadis sainct Martin y planta), dist : « Voicy ce qu’il me failloit : cest arbre me servira de bourdon et de lance. » Et l’arrachit facilement de terre, et en ousta les rameaux, et le para pour son plaisir.

Ce pendent sa jument pissa pour se lascher le ventre ; mais ce fut en telle abondance qu’elle en feist sept lieues de deluge, et dériva tout le pissat au gué de Vede, et tant l’enfla devers le fil de l’eau que toute ceste bande des ennemys furent en grande horreur noyez, exceptez aulcuns qui avoient prins le chemin vers les cousteaux de gauche.
(id., pages 112 et 113)

(Quand il fut revenu, il raconta dans quelles situation il avait trouvé les ennemis et le stratagème qu’il avait employé pour venir, seul, à bout de toute la troupe, affirmant que ce n’étaient que des marauds, des pillards et des brigands, ignorants de toute discipline militaire. Il fallait se mettre en route hardiment, car ce serait très facile de les assommer comme des bestiaux.

Alors Gargantua monta sur sa grande jument, accompagné comme il est dit plus haut, et, trouvant sur son chemin un arbre grand et haut (on l’appelait communément l’arbre de saint Martin, parce que c’était un bourdon que saint Martin avait planté jadis et qui avait crû de la sorte), il dit : « Voici ce qu’il me faut ; cet arbre me servira de bourdon et de lance. » Et il l’arracha de terre facilement, en ôta les rameaux et le décora pour son plaisir.

Pendant ce temps, sa jument pissa pour se relâcher le ventre ; mais ce fut en telle abondance qu’elle en fit sept lieues de déluge. Tout le pissat descendit au gué de Vede et l’enfla tellement au fil du courant que toute cette bande d’ennemis fut horriblement noyée, à l’exception de quelques-uns qui avaient pris le chemin à gauche, vers les coteaux.)

 

Pierre de Ronsard (1524 – 1585) a partagé sa soif d’amour charnel avec ces belles. Il leur écrivait des poèmes passionnés et leur faisait la cour.

Dans Les Œuvres de Pierre de Ronsard Gentilhomme Vandomois de 1578 (en sept tomes), nous trouvons de nombreux poèmes sur le thème de l’amour charnel car Ronsard excelle dans les hommages au corps féminin. Il les transforme alors en un idéal terrestre, en déesse de la beauté.

Ronsard partage avec ses belles et le lecteur, la puissance de sa passion et de ses bonnes grâces. Voici le texte d’origine et une version remaniée légèrement pour le rendre compréhensible en français du XXIe siècle.

Une beauté qui dans le cœur domine,
     Un or frisé de meint crespe anelet,
Un front de rose, un teinct damoiselet,
Un ris, qui l’ame, aux Astres achemine :
     Une vertu de telle grace digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un cœur ja meur en un sein verdelet,
En dame humaine une beauté divine :
     Un œil puissant de faire jours les nuis,
Une main forte à piller les ennuis,
Qui tient ma vie en ses dois enfermee :
     Avec un chant offensé lentement,
Or’ d’un souris, or’ d’un gémissement :
De tels sorciers ma raison fut charmee.

(Œuvres de P. de Ronsard, 1578, tome I, Le premier livre des Amours, pages 39 et 40)

(Une beauté qui dans le cœur domine,
     Un or frisé de maint crêpe annelet,
Un front de rose, un teint damoiselet,
Un rire, qui l’âme, aux Astres achemine :
     Une vertu de telle grâce digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un cœur je meurs en un sein verdelet,
En dame humaine une beauté divine :
     Un œil puissant de faire jours les nuits,
Une main forte à piller les ennuis,
Qui tient ma vie en ses doigts enfermée :
     Avec un chant offensé lentement,
Or d’un sourire, or d’un gémissement :
De tels sorciers ma raison fut charmée.)

 

René Descartes (1596 – 1650) mathématicien, l’un des fondateurs du mécanisme et de l’origine de la géométrie analytique, physicien, philosophe, a partagé ses recherches en France et dans plusieurs pays d’Europe du Nord dont la Hollande.

René Descartes avait un esprit logique. Il ne voulait rien affirmer sans l’avoir démontré par lui-même, de manière scientifique, sans se fier aux idées toutes faites, pour faire jaillir les vraies sources de la connaissance.

Invité par la reine Christine de Suède, il alla la rejoindre à Stockholm, pour partager avec elle, son savoir. À sa demande, il la retrouvait très tôt le matin avant qu’elle commence sa journée. Il mourut quelques mois après son arrivée, à cinquante-quatre ans (en 1650). Certains ont dit qu’il aurait attrapé froid, d’autres qu’il aurait été empoisonné… Qui sait ?

Voici quelques extraits caractéristiques de son livre le plus connu, Discours de la méthode qui reflète son sens de la logique et le côté novateur de ses recherches.

J’estimais fort l’éloquence, et j’étais amoureux de la poésie ; mais je pensais que l’une et l’autre étaient des dons de l’esprit, plutôt que des fruits de l’étude. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort, et qui digèrent le mieux leurs pensées afin de les rendre claires et intelligibles, peuvent toujours le mieux persuader ce qu’ils proposent (…).

(René Descartes, Discours de la méthode, 1877, page 20)

Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l’évidence de leurs raisons ; mais je ne remarquais point encore leur vrai usage, et, pensant qu’elles ne servaient qu’aux arts mécaniques, je m’étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n’avait rien bâti dessus de plus relevé. (id.)

(…) j’apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui m’avait été persuadé que par l’exemple et par la coutume ; et ainsi je me délivrais peu à peu de beaucoup d’erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle et nous rendre moins capable d’entendre raison. (id., page 22)

Nous comprenons combien René Descartes a voulu ne pas se fier aux apparences, aux idées toutes faites, aux coutumes sans fondement réel. Il a cherché par lui-même, de manière logique et mathématique. Il comprend combien il est important de ne pas juger sans réfléchir, de relativiser des faits qui n’ont d’autres sources que des paroles lancées en l’air. Sa formule la plus connue « Je pense, donc je suis » (id., page 8), restera son chemin de route.

 

Pierre de Corneille (1606 – 1684), reste un classique de référence au XVIIe siècle. Ses livres nombreux témoignent de sa soif de partager ses idées en vers où il mêle les quiproquos à la vérité, gardant ainsi l’incertitude sur le dénouement.

Par exemple, dans sa tragicomédie typique, à succès, « Le Cid », surnom de Rodrigue, publiée en 1637, Corneille nous emporte dans la valse de la vie, maintenant le suspens. Dès le début, règne une ambiance très animée de mots partagés dont certains à double sens.

CHIMÈNE

Elvire, m’as-tu fait un rapport bien sincère ?
Ne déguises-tu rien de ce qu’a dit mon père ?

ELVIRE

Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés,
Il estime Rodrigue autant que vous l’aimez
Et si je ne m’abuse à lire dans son âme,
Il vous commandera de répondre à sa flamme.

CHIMÈNE

Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois
Ce qui te fait juger qu’il approuve mon choix,
Apprends-moi de nouveau quel espoir je dois prendre ;
Un si charmant discours ne se peut trop entendre,
Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour
La douce liberté de se montrer au jour.
Que t’a-t-il répondu sur la secrète brigue
Que font auprès de toi don Sanche et don Rodrigue ?
N’as-tu point trop fait voir quelle inégalité
Entre ces deux amants me penche d’un côté ?

ELVIRE

Non, j’ai peint votre cœur dans une indifférence
Qui n’enfle aucun d’eux, ni détruit l’espérance,
Et sans les voir d’un œil trop sévère, ou trop doux,
Attend l’ordre d’un père à choisir un époux.
Ce respect l’a ravi, sa bouche et son visage
M’en ont donné sur l’heure un digne témoignage,
(…).

(Pierre Corneille, Le Cid, 1848, pages 17 et 18)

 

François de La Rochefoucauld (1613 – 1680), issu d’une des plus illustres familles de la noblesse française, est un écrivain moraliste et un militaire français ce qui explique en partie son style d’écriture alliant réflexion et concision.

Il a écrit principalement deux livres, le premier Mémoires et le second Maximes. Ses sentences continuent d’être d’actualité. Certaines portent trace d’un partage qui seul conduit au bonheur.

Ce moraliste a trouvé des sentences philosophiques valables dans tous les siècles, comme par exemple dans ce portrait du comte d’Harcourt :

Le soin que la fortune a pris d’élever et d’abattre le mérite des hommes, est connu dans tous les temps, et il y a mille exemples du droit qu’elle s’est donné de mettre le prix à leurs qualités, comme les souverains mettent le prix à la monnaie, pour faire voir que sa marque leur donne le cours qu’il lui plaît. Si elle s’est servie des talents extraordinaires de Monsieur le Prince et de M. de Turenne pour les faire admirer, il paraît qu’elle a respecté leur vertu et que, tout injuste qu’elle est, elle n’a pu se dispenser de leur faire justice. Mais on peut dire qu’elle veut montrer toute l’étendue de son pouvoir lorsqu’elle choisit des sujets médiocres pour les égaler aux plus grands hommes. Ceux qui ont connu le comte d’Harcourt conviendront de ce que je dis, et ils le regarderont comme un chef-d’œuvre de la fortune, (…)

(François de La Rochefoucauld, Œuvres, 1923, Appendice du tome premier, page 97)

Dans le livre Maximes et réflexions morales de La Rochefoucauld, nous trouvons des pensées fortes qui eurent beaucoup de succès à son époque et restent d’actualité. Elles portent trace de partage ou de son absence. Il composa ce livre au milieu d’une société distinguée à la ville et à la cour. En particulier, La Rochefoucauld partageait une tendre amitié avec Madame de la Fayette et était un proche de Madame de Sévigné.

Dans le portrait « fait par lui-même », nous remarquons aussi sa délicatesse, son sens de l’honneur et son respect des femmes qu’il côtoie. Il sait aussi reconnaître leurs qualités sans les enjoliver à outrance :

(…) Je suis extrêmement régulier à ma parole : je n’y manque jamais (…). J’ai une civilité fort exacte parmi les femmes et je ne crois pas n’avoir jamais rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. Quand elles ont l’esprit bien fait, j’aime mieux leur conversation que celle des hommes : on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous ; et il me semble outre cela, qu’elles s’expliquent avec plus de netteté, et qu’elles donnent un tour plus agréable aux choses qu’elles disent. (…)

(François de La Rochefoucauld, Œuvres, 1923, page 11)

 

Avec le fabuliste très connu, Jean de La Fontaine (1621 – 1695), qui a tort ? Qui a raison ? Le corbeau gourmand ou le renard futé ? Le lion ou le rat ?

La loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ? Sans vouloir l’affirmer, Jean de la Fontaine nous montre que même les tout puissants, animaux comme humains peuvent être délivrés par des tout petits qu’ils considèrent moins que rien et pourtant… « On a souvent besoin d’un plus petit que soi » écrit Jean de la Fontaine dans la fable qui suit.

LE LION ET LE RAT

Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi ;

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d’un Lion,

Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il étoit, et lui donna la vie.

Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu’un auroit-il jamais cru
Qu’un lion d’un rat eût affaire ?

Cependant il advint qu’au sortir des forêts

Ce Lion fut pris dans des rets,

Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

(Les fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré, 1866, page 98)

 

Florian (1755 – 1794) est moins connu que Jean de La Fontaine mais ses poèmes ne manquent pas d’intérêt par leur message mettant à l’honneur petits et grands et montrant la diversité d’interprétation du vécu.

Il apporte aussi un message de sagesse, mettant en valeur ceux qui savent s’entraider et vivre en paix ensemble.

LA FABLE ET LA VÉRITÉ.

La Vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.

Ses attraits par le temps étoient un peu détruits ;

Jeune et vieux fuyoient à sa vue.

La pauvre Vérité restoit là morfondue,

Sans trouver un asyle où pouvoir habiter.

A ses yeux vient se présenter
La Fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! vous voilà ! bon jour, dit-elle :

Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La Vérité répond : Vous le voyez, je gele ;

Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,

Je leur fais peur à tous : hélas ! je le vois bien,

Vieille femme n’obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la Fable, et, sans vanité,
Par-tout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame Vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?

Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;

Qu’un même intérêt nous rassemble :

Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.

Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :

Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grace à votre raison, et grace à ma folie,

Vous verrez, ma sœur, que par-tout
Nous passerons de compagnie.

(Fables de M. de Florian, 1792, pages 35 et 36)

Ailleurs, Florian nous confie un sage conseil toujours d’actualité. Il a compris qu’il vaut mieux ne pas trop vouloir posséder ce qui brille, objets ou idées sinon nous pouvons nous en rappeler à nos risques et périls. Il nous montre combien la soif de gagner toujours plus peut nous faire perdre l’essentiel.

LES DEUX CHAUVES.

Un jour deux chauves dans un coin

      Virent briller certain morceau d’ivoire.
Chacun d’eux veut l’avoir ; dispute et coups de poing.
Le vainqueur y perdit, comme vous pouvez croire,
Le peu de cheveux gris qui lui restoient encor.

Un peigne étoit le beau trésor
Qu’il eut pour prix de sa victoire.

(id., page 176)

 

Marceline Desbordes Valmore (1786 – 1859), voit le partage de manière désabusée ; ayant été trompée tant de fois, elle ne sait plus si elle peut avoir confiance. La captation de l’autre est l’envers du vrai sens du partage. Dans le poème qui suit, elle traduit sa méfiance par de nombreux points d’exclamation et d’interrogation. Elle s’adresse en vers boiteux, de cinq pieds, à ceux qui l’ont abandonnée.

LA SINCÈRE

Veux-tu l’acheter ?
Mon cœur est à vendre.
Veux-tu l’acheter,
Sans nous disputer ?

Dieu l’a fait d’aimant ;
Tu le feras tendre ;
Dieu l’a fait d’aimant
Pour un seul amant !

Moi, j’en fais le prix ;
Veux-tu le connaître ?
Moi, j’en fais le prix ;
N’en sois pas surpris.

As-tu tout le tien ?
Donne ! et sois mon maître.
As-tu tout le tien,
Pour payer le mien ?

S’il n’est plus à toi,
Je n’ai qu’une envie ;
S’il n’est plus à toi,
Tout est dit pour moi.

Le mien glissera,
Fermé dans la vie ;
Le mien glissera,
Et Dieu seul l’aura !

Car, pour nos amours,
La vie est rapide ;
Car, pour nos amours,
Elle a peu de jours.

L’ame doit courir
Comme une eau limpide ;
L’ame doit courir,
Aimer ! et mourir.

(Marceline Desbordes Valmore, Les Pleurs, 1833, pages 169 à 171)

 

Alphonse de Lamartine (1790 – 1869), romancier romantique et dramaturge, développe la veine sombre de la vie. Dans « Chant d’amour », le final reste une apothéose partagée envers et contre tout.

(…)
Quand dans ton souvenir, dans l’onde du rivage
Tu chercheras en vain ta ravissante image,

Regarde dans mon cœur.

Là ta beauté fleurit pour des siècles sans nombre ;
Là ton doux sourire veille à jamais dans l’ombre

De ma fidélité,

Comme une lampe d’or dont une vierge sainte
Protège avec la main, en traversant l’enceinte,

La tremblante clarté.

Et quand la mort viendra, d’un autre amour suivie,
Éteindre en souriant de notre double vie

L’un et l’autre flambeau

Qu’elle étende ma couche à côté de la tienne,
Et que ta main fidèle embrasse encore la mienne

Dans le lit du tombeau !

Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre,
Comme on voit en automne un couple solitaire

De cygnes amoureux

Partir en s’embrassant du nid qui les rassemble,
Et, vers les doux climats qu’ils vont chercher ensemble,

S’envoler deux à deux.

(Alphonse de Lamartine, Œuvres complètes, tome II, 1863, page 159)

 

Victor Hugo (1802 – 1885) reste une figure majeure du XIXe siècle français. Dans son chef d’œuvre, La Légende des Siècles, constitué de cinq volumes en alexandrins, il reste un témoin de la folie guerrière qui peut se révéler encore plus à côté d’une étincelle d’humanité.

APRÈS LA BATAILLE

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié,
Et qui disait : « A boire! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba ! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

(La Légende des Siècles, Première série, Tome second, pages 173 et 174)

Plus rarement, Victor Hugo peut nous transmettre son message à travers une fable à la manière de Jean de La Fontaine et jongler alors avec les rythmes en alternant un alexandrin et un hexasyllabe, tout en conservant la force de son message tel un étendard pour la paix à la manière des puissants qui acceptent souvent de partager s’ils y trouvent leur compte.

LA SOURCE

Un lion habitait près d’une source ; un aigle

Y venait boire aussi.

Or, deux héros, un jour, deux rois – souvent Dieu règle

La destinée ainsi –

Vinrent à cette source, où des palmiers attirent

Le passant hasardeux,

Et, s’étant reconnue, ces hommes se battirent

Et tombèrent tous deux.

L’aigle, comme ils mouraient, vint planer sur leurs têtes,

Et leur dit, rayonnant :

– Vous trouviez l’univers trop petit, et vous n’êtes

Qu’une ombre maintenant !

O princes ! et vos os, hier pleins de jeunesse,

Ne seront plus demain

Que des cailloux mêlés, sans qu’on les reconnaisse,

Aux pierres du chemin !

Insensés ! à quoi bon cette guerre âpre et rude,

Ce duel, ce talion ?…

Je vis en paix, moi, l’aigle, en cette solitude

Avec lui, le lion.

Nous venons tous deux boire à la même fontaine,

Rois dans les mêmes lieux ;

Je lui laisse le bois, la montagne, la plaine,

Et je garde les cieux.

(Victor Hugo, Les contemplations, Tome I, 1856, pages 229 et 230)

Ne nous leurrons sur la notion de partage car beaucoup de gens cherchent à ne faire que leur profit aliénant alors le sens réel de ce mot. Victor Hugo reste un ardent défenseur de ceux qui n’ont rien ou si peu. Ce grand romantique sait aussi être proche des petits, des pauvres comme dans son livre L’art d’être grand-père.

LES ENFANTS PAUVRES

Prenez garde à ce petit être ;
Il est bien grand ; il contient Dieu.
Les enfants sont, avant de naître,
Des lumières dans le ciel bleu.

Dieu nous les offre en sa largesse ;
Ils viennent ; Dieu nous en fait don ;
Dans leur rire il met sa sagesse
Et dans leur baiser son pardon.

Leur douce clarté nous effleure.
Hélas, le bonheur est leur droit.
S’ils ont faim, le paradis pleure.
Et le ciel tremble, s’ils ont froid.

La misère de l’innocence
Accuse l’homme vicieux.
L’homme tient l’ange en sa puissance.
Oh ! quel tonnerre au fond des cieux,

Quand Dieu, cherchant ces êtres frêles
Que dans l’ombre où nous sommeillons
Il nous envoie avec des ailes,
Les retrouve avec des haillons !

(Victor Hugo, L’art d’être grand-père, pp. 247 et 248)

 

Gérard de Nerval (1808 – 1855) est une figure majeure du romantisme français, alliant ses pensées à ses rêves, l’idée au concret, le spleen à la douleur. Pourtant ses poèmes peuvent porter trace de partage d’une certaine manière comme dans sa pièce dramatique Han d’Islande :

GUSTAVE

Que dites-vous ?…

ETHEL

Ne m’interrompez pas ; je viens ici envoyée par le comte d’Ahlefeld votre oncle, il promet de vous sauver et même de vous faire déclarer innocent si vous consentez à vous prêter à ses vues en contractant cette union. Il m’a choisie pour ce message par ce qu’il a pensé que ma voix aurait plus d’influence sur vous.

GUSTAVE

Ethel, adieu ! En sortant, dites que l’on fasse venir le bourreau.

ETHEL, avec désespoir.

Tu veux mourir !… Et moi qui te faisais le plus grand sacrifice que l’amour puisse faire à l’amour… Non, Gustave, consens à vivre ! Ta vie est la mienne aussi !
(…).

(Des Inédits de Gérard de Nerval, Han d’Islande, huitième tableau, page 205)

À la fin de ce drame, Ethel condamnée à l’échafaud meurt mais son amoureux refuse le compromis préparé pour lui. Il préfère mourir, choisissant de tout partager avec elle jusqu’au bout.

 

Henri Bergson (1859 – 1941) a passé les sept dernières années de sa vie à la Gaudinière à Saint-Cyr-sur-Loire (37). Ce grand chercheur, membre de l’Institut et de l’Académie française (élu en 1914), a voyagé dans de nombreux pays pour transmettre la force de ses idées. Il a toujours cherché à approfondir la portée de la métaphysique de l’émotion dans la philosophie et ses connaissances. Sa force de vie et son sens du partage, sont immenses.

Par exemple à la naissance de sa fille, Jeanne, apprenant qu’elle était sourde et muette, il ne se lamenta pas mais il affirma qu’il ferait tout pour qu’elle soit heureuse et il réussit puisque très intelligente, elle fut l’élève de Bourdelle et devint un peintre et sculpteur de talent, connu même en Amérique.

Le sens du partage de Bergson se révélait aussi dans sa vie de tous les jours : il menait une vie de famille unie et on les appelait « les trois inséparables ». Parallèlement, il continua d’écrire son œuvre littéraire et philosophique immense.

Dans son livre Les deux sources de la morale et de la religion, Bergson aborde l’espace « Entre le clos et l’ouvert » par exemple à travers l’expression de l’âme. La notion de mouvement nous emporte dans la vie et permet de représenter l’action dans l’idée. Ce philosophe nous montre l’importance du mouvement de l’âme dans le partage car « ces explosions ont livré passage à un esprit nouveau, elles ont été décisives pour l’avenir de l’humanité. » (Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932, page 61) « Entre l’âme close et l’âme ouverte, il y a l’âme qui s’ouvre. » (id., page 61)

Il relate aussi la force immense des humains poussés à agir par leur foi : « Les vrais mystiques s’ouvrent simplement au flot qui les envahit. Sûrs d’eux-mêmes, parce qu’ils sentent en eux quelque chose de meilleur qu’eux, ils se révèlent des hommes d’action, à la surprise de ceux pour qui le mysticisme n’est que vision, transport, extase. » (id., page 101)

Ailleurs, Bergson nous montre combien des sensations peuvent diffuser chez le mystique spontanément. Il partage avec nous, ses pensées fortes ; elles nous permettent d’accéder à un ailleurs et nous enrichit.

Bergson a très bien compris que les plaisirs qui nous captent et nous satisfont dans l’instant, ne nous permettent pas d’atteindre la vraie joie car ils sont à double tranchant, basée sur la satisfaction immédiate : « Joie serait en effet la simplicité de la vie que propagerait dans le monde une intuition mystique diffusée, joie encore celle qui suivrait automatiquement une vision d’au-delà dans une expérience scientifique élargie. » (id., page 343)

 

Charles Péguy (1873 – 1914) a souvent abordé le thème du partage dans ses œuvres par exemple dans le drame Jeanne d’Arc. Cette femme a partagé sa vie au fil du temps, simple bergère soumise à ses parents et gardant les troupeaux, puis sous l’impulsion d’une force immense qui la dépasse, défenseur de la France quand les Anglais l’assaillent. Son attitude surprend tous ceux qui la suivent dans les batailles car elle n’est pas un combattant et pourtant, étonnamment, les hommes lui obéissent. Entre elles et les soldats, il y un esprit de partage des tâches pour vaincre l’ennemi. Voici une phrase significative de son rôle : « – Elle ne veut tuer personne : aussi, ce qu’elle a, dans sa main, ça n’est pas son épée ; c’est son étendard, quand elle se bat. » (Charles Péguy, Jeanne d’Arc, Les Batailles, première partie, deuxième acte)

Nous retrouvons cette idée magnifiée dans La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, construite en alexandrins :

Comme elle avait gardé les moutons à Nanterre
Et qu’on était content de son exactitude,
On mit sous sa houlette et son inquiétude
Le plus mouvant troupeau, mais le plus volontaire.

Et comme elle veillait devant le presbytère,
Dans les soirs et les soirs d’une longue habitude,
Elle veille aujourd’hui sur cette ingratitude,
Sur cette auberge énorme et sur ce phalanstère.

Et quand le soir viendra de toute plénitude,
C’est elle la savante et l’antique bergère,
Qui ramassant Paris dans sa sollicitude

Conduira d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la cour de justice et de béatitude,
Le troupeau le plus sage à la droite du père.

(Charles Péguy, La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, 1946, pages 21 et 22)

 

Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944) a su nous transmettre le vrai sens du partage, aussi bien au cours de son métier d’aviateur où il a été le premier à transporter le courrier de la France à l’Amérique que dans ses écrits littéraires dont Le Petit Prince, l’un de ses livres à grand succès apprécié autant par les adultes que les enfants. Il a aussi été à la recherche d’aviateurs estimés perdus en haute-montagne, comme dans la Cordillère des Andes par exemple. Son sens de l’entraide et de l’amitié vraie ne peut pas être remis en cause.

Dans Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry décrit la vie d’aviateur à une époque où il était très périlleux de parcourir de grandes distances. Par exemple, son ami Mermoz, cherchant une route pour traverser la Cordillère des Andes près des sommets, se trouva prisonnier avec son mécanicien « à quatre mille mètres d’altitude, sur un plateau aux parois verticales » (Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, page 37) ; ils partagèrent les dangers, risquant plusieurs fois leurs vies mais insistant. Dans leur idéal de réussir à franchir les limites du possible, seule la mort pouvait les arrêter.

« Mermoz s’engageait dans ces combats sans rien connaître de l’adversaire, sans savoir si l’on sort en vie de telles étreintes. Mermoz « essayait » pour les autres. » (id., page 37)

Dans Le Petit Prince, sous des allures de livre pour enfants, Antoine de Saint-Exupéry aborde des thèmes essentiels, valables pour nous tous. Là encore, le partage est omniprésent par exemple, dans sa rencontre avec la rose ou le renard en quête d’un ami. Cet animal qui cherche un ami, explique au petit Prince l’importance d’aimer : « Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, page 68) Il lui explique que les liens qui unissent, ne s’achètent pas mais sont essentiels. Nous approchons alors du vrai bonheur, celui désintéressé hors du monde de la consommation qui ne nous rassasiera jamais.

Dans son livre Citadelle de 617 pages, Antoine de Saint-Exupéry décrit de très nombreux sentiments et états d’âme renforcés par ses sentences philosophiques. Le partage fait partie des thèmes qu’il aborde par exemple à travers la manière de concevoir l’amour, non pas comme une possession mais comme un échange de l’un à l’autre où les deux ont droit à l’expression : « Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession (…). » (Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, p 188)

Antoine de Saint-Exupéry n’hésite pas à s’engager dans ses écrits sur le vrai sens des mots car pour lui, ils sont des messagers de vérité : « L’amour qui prie est beau, mais celui qui supplie est d’un valet. » (id., page 288)

Il peut exprimer cette idée sous de multiples formes par exemple dans cette phrase où la différence de pensée devient richesse pour les deux : « Car j’ai besoin de celui-là d’abord qui est fenêtre ouverte sur la mer et non miroir où je m’ennuie. » (id., p 233)

 

Encore plus près de nous, l’abbé Pierre mort en 2017 à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans, a offert sa vie au service des plus pauvres. Actuellement, les frères de la communauté Emmaüs continuent son œuvre en France et dans le monde entier.

À travers les poèmes qu’il a écrits de l’adolescence à l’âge adulte et réunis dans son livre Feuilles éparses, nous découvrons son charisme, ses révoltes contre l’indifférence et l’inaction devant les malheureux. Il demande aux anges de venir l’aide, de secouer les indifférents, les nantis.

(…)
Il y a trop de larmes
et de ventres creux
et de dos grelottant
et de mains vides…
(…)

Anges gardiens, sonnez
de vos trompettes de tonnerre.
Que le partage soit fait.
(…).

(https://www.emmaus-international.org/fr/preserver-la-memoire/aux-sources-d-emma%C3%BCs/2449-les-poemes,-un-talent-peu-connu-de-l%E2%80%99abbe-pierre.html)

 

Catherine Réault-Crosnier vous propose d’aller vers l’autre pour partager un regard, une main tendue, une parole d’amitié.

POUR UNE VRAIE VIE

De la saison inhabituelle
Au frôlement de la gelée,
Suit l’après-midi de chaleur
Annonçant trop tôt le printemps.

Les arbres, doivent-ils dormir
Ou laisser poindre leurs bourgeons ?
La nature ne sait que faire
Au fil des journées en zig-zag.

Certains humains sont des zombies
Ne sachant plus voir ni parler,
Avançant sans voir les autres,
Tels des pantins mécanisés.

Non, refusons de devenir
Des fantômes, des êtres morts.
Ne nous déshumanisons pas
Au détriment de notre vie.

Gardons toujours une place
Pour écouter, pour s’entraider,
Aidons-nous tous à nous aimer,
Ainsi viendra l’amitié vraie.

Catherine Réault-Crosnier veut nous libérer en refusant les guerres, la société de consommation à outrance, nos regrets, nos peurs, nos égoïsmes car alors nous ne vivons plus et nous gâchons la vie de ceux qui nous entourent. Restons des messagers de dialogue et d’échange avec les autres.

GARDONS COURAGE

Nous avons tous besoin d’amis
Pour effacer l’enfer des cris,
Dans l’ouragan de nos ennuis.
Gardons espoir sans ennemi.

Nous offrirons nos mains de paix
Pour accueillir le désespoir,
Pour apporter le réconfort,
Pour effacer l’hostilité.

Oui, enlevons toute misère
Par un regard attentionné,
Une parole de réconfort,
Pour secourir toute blessure.

Pour soulager toute souffrance,
Apportons tous une espérance.
Elle peut rester ancrée en l’autre
Et éviter l’hostilité.

Alors naîtra un jour nouveau
Pour accueillir le renouveau.
Il fleurira sur terre et mer,
Effacera pleurs et sanglots.

Ne craignons pas la fin des jours.
Sans désespoir, gardons l’amour.
Près de ceux qui ont le cœur lourd,
Soyons germe de renouveau
En attendant l’éternité.

 

Michel Caçao partage avec nous, le moment présent.

L’INSTANT

Ouvre ton cœur au ciel d’azur
Quand l’émotion vibre l’ennui,
Que l’oiseau bleu matin s’enfuit
Ailé des rêves en clair obscur.

Laisse ta main vagabonder,
Filant de grâce cavalière,
Flâner en chemin de lumière
Au vent hésitant des regrets.

Offre un sourire, un vrai présage
Au doute de l’exil frileux
Rayon précieux et langoureux
A l’éclat émouvant du partage.

Savoure la joie au cœur battant,
L’impossible réconcilié,
L’ivresse au parfum d’amitié,
Le bonheur sacré de l’instant.

 

En conclusion, nous sommes partis sur les chemins du partage à travers de nombreux textes de poètes et écrivains. Grâce à eux, nous avons découvert de multiples visages du partage variant au fil des siècles selon les coutumes, les lois et aussi notre vie, notre sensibilité, notre vécu. Nous avons aussi abordé les pensées faussées quand le partage devient une dépendance, un emprisonnement et perd son vrai sens. Alors n’hésitons pas. Ne cherchons pas à nous montrer, à obtenir un dédommagement d’une manière ou d’une autre. Suivons simplement la route du vrai partage et nous atteindrons sans le chercher, le bonheur.

 

Mai 2021.

Catherine Réault-Crosnier.

 

 

Bibliographie :

– Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, traduit du latin par M. Richard Viot, précédé d’une notice historique sur Sulpice Sévère par M. l’abbé J. J. Bourassé, Imprimerie Alfred Mame et Cie, Tours, 1861, 134 pages.

– François Rabelais, La vie très horrificque du Grand Gargantua, Chez l’imprimeur Léon Pichon, Paris, 1921, 180 pages.

– Les Œuvres de P. de Ronsard Gentilhomme Vandomois (en sept tomes), chez Babriel Buon, à Paris, 1578.

– René Descartes, Discours de la méthode, librairie Ch. Delagrave, Paris, 1877, 186 pages.

– Pierre Corneille, Le Cid, annoté par M. Geruzez, Librairie de L. Hachette et Cie, Paris, 1848, 127 pages.

– François de La Rochefoucauld, Œuvres, nouvelle édition établie par M. D. L. Gilbert et M. J. Gourdault, tome premier, Librairie Hachette, Paris, 1923, CXVIII + 488 + X + 160 pages.

– Les fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré, Librairie de L. Hachette et Cie, Paris, 1866, 864 pages.

– Fables de M. de Florian, Imprimerie de P. Didot l’aîné, Paris, 1792, 358 pages.

– Marceline Desbordes Valmore, Les Pleurs, chez Charpentier libraire, Paris, 1833, 392 pages.

– Alphonse de Lamartine, Œuvres complètes, tome II, L. Hachette et Cie – Pagnerre – Furne et Cie libraires-éditeurs, Paris, 1863, 419 pages.

– Alphonse de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses, tome 1, Charles Gosselin libraire, Paris, 1830, 342 pages.

– Victor Hugo, La Légende des Siècles, Première série, tome second, Michel Lévy frères – Hetzel et Cie, Paris, 270 pages.

– Victor Hugo, Les Contemplations, Tome I Autrefois 1830–1843, Michel Lévy frères libraires-éditeurs, Paris, 1856, III + 359 pages.

– Victor Hugo, L’Art d’être grand-père, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1877, 323 pages.

– Des Inédits de Gérard de Nerval, Mercure de France, Paris, 1939, 244 pages.

– Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Librairie Félix Alcan, Paris, 1932, 346 pages.

– Charles Péguy, Jeanne d’Arc, 1897, La librairie de la Revue socialiste, Paris, non paginé.

– Charles Péguy, La tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc, La tapisserie de Notre-Dame, Paul Hartmann éditeur, Paris, 1946, 189 pages.

– Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, Le Livre de Poche, Paris, 1965, 245 pages.

– Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Éditions Gallimard, Paris, 1969, 95 pages.

– Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, Le Livre de Poche, Paris, 1967, 619 pages.

– https://www.emmaus-international.org/fr/preserver-la-memoire/aux-sources-d-emma%C3%BCs/2449-les-poemes,-un-talent-peu-connu-de-l%E2%80%99abbe-pierre.html