22èmes RENCONTRES LITTÉRAIRES
DANS LE JARDIN DES PRÉBENDES, À TOURS

Vendredi 28 août 2020, de 17 h 30 à 19 h

 

« Victor Hugo, sa poésie »

Portrait de Victor Hugo, encre de Chine de Catherine Réault-Crosnier.

 

Lire la présentation de cette rencontre.

 

Après avoir suivi le fil de la vie de Victor Hugo, ce géant de la littérature, et nous être imprégnés principalement de ses œuvres en prose dans la précédente conférence, partons sur son chemin de poésie aux mille et une facettes comme il y a mille et une nuits.

Ses poèmes d’avant l’exil ont été regroupés dans le tome I de ses Œuvres poétiques, paru dans la Bibliothèque nrf de la Pléiade. Ils comprennent plusieurs ensembles dont « Œuvres d’enfance et de jeunesse » incluant par exemple, le poème en trois chants, Le Déluge, écrit à l’âge de quatorze ans (Note page 1186 d’Œuvres poétiques, La Pléiade, tome I). Dans l’extrait suivant, Victor Hugo décrit l’atmosphère apocalyptique puis donne la parole à la foule rassemblée :

Des ondes cependant l’Arche était respectée,
Et de ses habitants la foule épouvantée
Entendant des autans les affreux sifflemens,
Et des mers en courroux les longs Mugissements
Le fracas de la pluie et le bruit du tonnerre,
Passait et la journée et la nuit en prière.
« Seigneur, veille sur nous, s’écriait-elle en chœur,
Et des flots irrités dissipe la fureur.
Fais que de l’Océan la terre délivrée
Des rayons du soleil soit encore éclairée. »
(…)

(Œuvres poétiques, La Pléiade, tome I, pp. 202 et 203)

 

Dans Odes et Ballades, Victor Hugo n’a pas encore atteint la force de son art mais il sait déjà nous émouvoir comme dans cet extrait sur « Moïse sur le Nil » :

(…)
» Sous les traits d’un enfant délaissé sur les flots,
» C’est l’élu du Sina, c’est le roi des Fléaux,

» Qu’une vierge sauve de l’onde.

» Mortels, vous dont l’orgueil méconnaît l’Éternel,
» Fléchissez : un berceau va sauver Israël,

» Un berceau doit sauver le monde ! »

(Odes et Ballades, 1828, Tome deuxième, p. 30)

Dans les « Ballades », Victor Hugo nous fait côtoyer « Le Sylphe », « Le Géant », « Les deux archers ». À cette époque, il affirmait sa foi et traitait de nombreux thèmes avec délicatesse, humanité et émotion comme dans « La grand-mère » (1823) qu’aucun passant ne réveille, pourtant ses petits-enfants l’entourent :

(…)
Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule.
La jeune aube parut sans réveiller l’aïeule.
La cloche frappa l’air de ses funèbres coups ;
Et, le soir, un passant, par la porte entr’ouverte,
Vit, devant le saint livre et la couche déserte,
Les deux petits-enfants qui priaient à genoux.

(Odes et Ballades, 1828, Tome deuxième, p. 332)

Une partie du public lors de la Rencontre littéraire consacrée à la poésie de Victor Hugo, le 28 août 2020.

Une partie du public.

 

Victor Hugo n’hésite pas à exprimer des idées fortes près des morts par exemple dans « La Prière pour tous » inclus dans son recueil Les Feuilles d’automne (1831) :

(…)
Toutes ces âmes en disgrâce
Ont besoin qu’on les débarrasse
De la vielle rouille du corps.
Souffrent-elles moins pour se taire ?
Enfant ! regardons sous la terre !
Il faut avoir pitié des morts !

(Les Feuilles d’automne, pp. 338 et 339)

 

Dans son livre Les Rayons et les Ombres (1840), il nous emporte au loin, dans le temps et l’espace, en lien avec les éléments, les pays, la terre, le ciel, la mer comme dans son si célèbre poème romantique, à la fois lyrique et moderne, liant aventure, voyage, vie et mort :

OCEANO NOX

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève

Ceux qui ne sont pas revenus !

(…)

Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots ! que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !

(Les Rayons et les Ombres, pp. 163 à 165)

 

Nous sommes aussi fascinés par La Légende des Siècles, épopée, immense en nombre de pages liant intensité d’expression et thèmes abordés. Dans le premier grand chapitre de la première série (1859), nous côtoyons Ève dans le poème « Le sacre de la femme » puis nous filons dans le temps vers le Christ, ses miracles dont la résurrection de Lazare en opposition aux humains qui veulent garder le pouvoir et s’exclament : « Il est temps de le faire mourir. » (La Légende des Siècles, Première série, tome premier, p. 47)

Dans la deuxième série, Victor Hugo nous emporte près du peuple en marche, comme dans cet extrait du premier chapitre intitulé « La vision d’où est sorti ce livre », exprimant le rêve de la création de la voûte étoilée :

Tandis que je songeais, l’œil fixé sur ce mur
Semé d’âmes, couvert d’un mouvement obscur
Et des gestes hagards d’un peuple de fantômes,
Une rumeur se fit sous les ténébreux dômes,
J’entendis deux fracas profonds, venant du ciel
En sens contraire au fond du silence éternel ;
Le firmament que nul ne peut ouvrir ni clore
Eut l’air de s’écarter.

(La Légende des Siècles, Nouvelle série, tome premier, pp. X et XI)

Suit un hymne à la terre enfantée dans la beauté et l’harmonie (id., pp. 9 et 10). Lorsque l’homme arrive tout change ; la terre humanisée souffre :

Meurtrie, elle demande aux hommes ; A quoi sert
Le ravage ? Quel fruit produira le désert ?

Pourquoi tuer la plaine verte ?

Elle ne trouve pas utiles les méchants,
Et pleure la beauté virginale des champs

Déshonorés en pure perte.

(id., p. 11)

Adam et Ève naissent. La conscience apparaît et aussi le meurtre quand Caïn tue son frère puis erre, se cache, hanté par son geste. Les siècles passent, les conquérants se suivent et imposent leur loi.

Les peuples, que l’infâme ignorance ravage,
Ont au front la sueur de l’antique esclavage.
Christ, c’est pour eux qu’au pied de la croix, tu prias !
Ils sont les travailleurs ; ils sont les parias ;

(id., p. 162)

Dans « L’épopée du ver », Victor Hugo met en scène la mort et nous étonne par l’importance donnée à l’empreinte de la nature, près de ce minuscule animal dynamique qui règne tel le roi du monde par son pouvoir sur l’homme et sa victoire sur la mort humaine :

Au fond de la poussière inévitable, un être
Rampe, et souffle un miasme ignoré qui pénètre

L’homme de toutes parts,

Qui noircit l’aube, éteint le feu, sèche la tige,
Et qui suffit pour faire avorter le prodige

Dans la nature épars.

Le monde est sur cet être et l’a dans sa racine,
Et cet être, c’est moi. Je suis. Tout m’avoisine.

Dieu me paie un tribut.

Vivez. Rien ne fléchit le ver incorruptible.
Hommes, tendez vos arcs ; quelque soit la cible,

C’est moi qui suis le but.

O vivants, je l’avoue, on voit des hommes rire.
Plus d’une barque vogue avec un bruit de lyre ;

On est prince et seigneur ;

Le lit nuptial brille, on s’aime, on se le jure,
L’enfant naît, les époux sont beaux ; – j’ai pour dorure

Ce qu’on nomme le bonheur.

(…)

(La Légende des Siècles, Nouvelle série, tome second, pp. 3 et 4)

Dans ce long poème, il nous fait prendre conscience du peu de choses que nous sommes quand le ver nous dévore :

Je prends l’homme, ébauche humble et tremblante qui pleure,
Le nerf souffre, l’œil qu’en vain le jour effleure,

Le crâne où dort l’esprit,

Le cœur d’où sort son sang ainsi qu’une couleuvre,
La chair, l’amour, la vie, et j’en fais un chef d’œuvre,

Le squelette qui rit.

(id., p. 22)

Dans « Clarté d’âmes », Victor Hugo nous emporte dans une vision, près d’êtres étranges auxquels nous n’aurions pas forcément pensé tels les songeurs sacrés. Vivant sous terre ou cachés, travaillant dans l’ombre, oubliés, ils sont pourtant essentiels par la force de leur pensée, toujours en symbiose avec les éléments :

CLARTÉ D’ÂMES

Sait-on si ce n’est pas de la clarté qui sort
Du cerveau des songeurs sacrés, creusant le sort,
La vie et l’inconnu, travailleurs de l’abîme ?
Voici ce que j’ai vu dans une nuit sublime :

Cette nuit-là pas une étoile ne brillait ;
C’était au mois d’Eglad que nous nommons juillet ;
Et sous l’azur noir, face immense du mystère,
Dans tous les lieux déserts qui sont sur cette terre,
Forêts, plages, ravins, caps où rien ne fleurit,
Les solitaires, ceux qui vivent par l’esprit,
Sondant l’éternité, l’âme, le temps, le nombre,
Effarés et sereins, étaient épars dans l’ombre ;
L’un en Europe ; l’autre en Inde, où, dans les bois,
Cachant ses jeunes faons, la gazelle aux abois
Attend pour s’endormir que le lion s’endorme ;
(…).

Tous ces hommes étaient plongés dans les ténèbres ;
(…)

Ils songeaient ; et l’aurore apparut, éblouie.

(id., pp. 45, 46 et 49)

Dans « Petit Paul », Victor Hugo nous émeut près des tout-petits enfants qui n’ont pas encore compris le sens de la mort et restent paisibles, et heureux dans leur innocence, près des mourants :

Quand Sem dit à Rachel, quand Booz dit à Ruth :
Pleurez, je vais mourir ! Rachel et Luth pleurèrent ;
Mais le petit enfant ne sait pas ; ses yeux errent,
Son front songe. L’aïeul, parfois, se sentant las,
Avait dit : – Paul ! je vais mourir. Bientôt, hélas !
Tu ne le verras plus, ton pauvre vieux grand-père
Qui t’aimait. – Rien n’éteint cette douce lumière,
L’ignorance, et l’enfant, plein de joie et de chants,
Continuait de rire.

(id., p. 328)

Le dernier chapitre intitulé « Abîme » est dans la continuité de la finitude de l’homme sur terre. En final, Victor Hugo nous transmet les paroles de l’Infini puis en écho, la réponse de Dieu :

L’INFINI : L’être multiple vit dans mon unité sombre.

DIEU : Je n’aurais qu’à souffler, et tout serait de l’ombre.

(id., p. 385)

Dans le premier poème du Tome cinquième et dernier, Victor Hugo se met dans la peau de ces gens en marche. Il voudrait lui aussi, tendre vers la vie mais il comprend combien le mal est incrusté en nous. Il utilise alors le « Je » pour s’identifier à ce peuple dès le début du poème :

Je ne me sentais plus vivant ; je me retrouve,
Je marche, je revois le but sacré. J’éprouve
Le vertige divin, joyeux, épouvanté,
Des doutes convergeant tous vers la vérité ;
Pourtant je hais le dogme, un dogme c’est un cloître.
Je sens le sombre amour des précipices croître
Dans mon sauvage cœur, saignant, blessé, banni,
Calme, et de plus en plus épars dans l’infini.

(La Légende des Siècles, Tome cinquième et dernier, p. 3)

À travers « La vision de Dante », Victor Hugo nous montre notre déchéance :

Du milieu

De l’abîme où l’on vit surgir dans l’ombre impure,
L’un ressemblait au meurtre et l’autre à la luxure,
L’autre à la fraude, l’autre à l’orgueil, celui-ci
Au mensonge, et d’horreur je restais saisi,
Car ils avaient du mal toutes les ressemblances.
A travers cette nuit, les brouillards, les silences,
Dans ce gouffre sans fond de toutes parts béant,
Dans ces immensités qu’emplissait le néant,
Ils se dressaient, le sceptre appuyé sur l’épaule ;
(…).

(id., p. 264)

Avec « Océan », Victor Hugo nous emporte près des humains bruyants, assoiffés de conquêtes, abîmant la création sans remords :

La création aveugle
Hurle, glapit, grince et beugle ;

Mais sous sa main,

L’homme la dompte, la brise ;
La forêt grondante est prise

Au piège humain.

(id., pp. 290 et 291)

En conclusion à La Légende des Siècles, livre essentiel du parcours littéraire de Victor Hugo, n’oublions d’admirer son génie. Il nous éblouit par sa force titanesque de création, son talent dynamique dans ses descriptions au fil des millénaires, dans une multitude d’actions, de pensées, de visions.

 

Dans Châtiments (1853), Victor Hugo clame avec force, le but de ce recueil, crier sa révolte contre toute injustice. Dès la préface, il exprime cette idée.

« Le faux serment est un crime.
« Le guet-apens est un crime.
« La séquestration arbitraire est un crime.
(…)
« Le vol est un crime.
« Le meurtre est un crime.

(Châtiments, préface p. I)

Durant son exil politique, il garde espoir :

Bannis ! bannis ! bannis ! c’est là la destinée.
Ce qu’apporta le flux sera dans la journée

Repris par le reflux,

Les jours mauvais fuiront sans qu’on sache leur nombre,
Et les peuples joyeux et se penchant sur l’ombre

Diront : ce n’est plus !

(Châtiments, p. 349)

 

Son œuvre Les Contemplations, est parue en 1856. Victor Hugo l’a préparé durant de très nombreuses années (vingt-cinq ans), abordant des thèmes très différents du plus jeune âge à la mort en lien avec le mystère de la vie humaine et l’univers.

Le tome I contient ses poésies de 1830 à 1843. Dans la première partie « Aurore », il privilégie le temps des amours, la nature, le rêve, les femmes. Le premier poème s’intitule « A ma fille » et le dernier « Halte en marchant » car Victor Hugo sait à la fois réfléchir et agir. Voici le troisième poème empli de la fraîcheur de la première jeunesse de ses enfants avant la mort de sa préférée et les heurts avec sa deuxième fille assoiffée d’indépendance :

MES DEUX FILLES

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande sœur et la petite sœur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d’œillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l’ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l’extase.

La Terrasse, près Enghien, juin 1842.

(Les Contemplations, tome premier, p. 15)

Le deuxième livre des Contemplations, « L’âme en fleur » est ancré dans le passé et le présent, du « Premier mai » à « Un soir que je regardais le ciel ». Victor Hugo n’hésite pas à créer une alliance entre la nature qui apporte la paix et l’âme qui revit comme dans ce poème unissant ciel, terre, âme et amour. Dans « Premier mai », poème célébrant le renouveau, Victor Hugo nous emporte avec talent dans la nature, en lien avec les amoureux, les mêlant aux oiseaux, à la campagne elle aussi en union avec l’amour :

PREMIER MAI

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses ;
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et, dans la tiède brise,
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !
Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !

Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

(id., pp. 125 et 126)

Le poème « Hier au soir » nous apporte un souffle, lien entre les humains, l’univers immense et l’amour :

HIER AU SOIR

Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
Nous apportait l’odeur des fleurs qui s’ouvrent tard ;
La nuit tombait ; l’oiseau dormait dans l’ombre épaisse.
Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;
Les astres rayonnaient, moins que votre regard.

Moi, je parlais tout bas. C’est l’heure solennelle
Où l’âme aime à chanter son hymne le plus doux.
Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle,
J’ai dit aux astres d’or : Versez le ciel sur elle !
Et j’ai dit à vos yeux : Versez l’amour sur nous !

(id., pp. 133 et 134)

Dans le livre troisième « Les luttes et les rêves », Victor Hugo prend position au fil du temps et des évènements. Il veut témoigner de l’injustice sans omettre de garder un espace d’évasion. Il recherche un ailleurs en regardant le passé et dépose son empreinte philosophique. Les titres de ses poèmes en témoignent, du premier « Écrit sur un exemplaire de la Divina Commedia » au dernier « Magnitudo parvi ».

Dans le deuxième poème « Melancholia » écrit à Paris en juillet 1838, le poète jamais indifférent aux douleurs des malheureux, nous présente une femme en détresse pour nous sensibiliser à ceux qui souffrent de la misère. Il dénonce aussi l’exploitation des enfants. Voici le début et le final de ce poème émouvant, prouvant l’humanité de Victor Hugo. Il ne peut s’empêcher en final, devant ces vies gâchées par la faute de certains hommes, d’écrire une dernière ligne emplie de soupirs et points d’exclamation vers un ailleurs, piège ou refuge…

Écoutez. Une femme au profil décharné,
Maigre, blême, portant un enfant étonné,
Est là qui se lamente au milieu de la rue.
La foule, pour l’entendre, autour d’elle se rue.
Elle accuse quelqu’un, une autre femme, ou bien
Son mari. Ses enfants ont faim. Elle n’a rien ;
Pas d’argent ; pas de pain ; à peine un lit de paille.
L’homme est au cabaret pendant qu’elle travaille.
Elle pleure et s’en va. Quand ce spectre a passé,
O penseurs, au milieu de ce groupe amassé,
Qui vient voir le fond d’un cœur qui se déchire,
Qu’entendez-vous toujours ? Un long éclat de rire.
(…)

Tous ces hommes contents de vivre, boivent, rient,
Chantent ; et, par moments, on voit au-dessus d’eux,
Deux poteaux soutenant un triangle hideux,
Qui sortent lentement du noir pavé des villes… –

O forêts ! bois profonds ! solitudes ! asiles !

(id., pp. 203, 204 et 216)

Malgré l’épreuve de l’exil, Victor Hugo se remet en marche, médite, aborde une certaine philosophie de vie pour tendre vers l’infini. Après les spectres et les anges, le fantastique et le surnaturel, inclus dans le long poème à épisodes, « Magnitudo Parvi », il présente les pauvres avec beaucoup d’humanité sans effacer l’empreinte de la mort portant trace d’espérance au-delà de la douleur et du temps comme dans le final :

Le feu de pâtre dit : – La mère pleure, hélas !
L’enfant a froid, le père a faim, l’aïeul est las ;

Tout est noir ; la montée est rude ;

Le pas tremble, éclairé par un tremblant flambeau ;
L’homme au berceau chancelle et trébuche au tombeau. –

L’étoile répond : – Certitude !

De chacun d’eux s’envole un rayon fraternel,
Plein d’humanité, l’autre rempli de ciel ;

Dieu les prend, et joint leur lumière,

Et sa main, sous qui l’âme, aigle de flamme, éclôt,
Fait du rayon d’en bas et du rayon d’en haut,

Les deux ailes de la prière.

Ingouville, août 1839.

(id., pp. 351 et 352)

Les poèmes écrits entre 1845 et 1855, sont inclus dans le deuxième tome des Contemplations intitulé « Aujourd’hui ». À la fin du livre quatrième, Victor Hugo rend hommage à « Charles Vacquerie », le mari de Léopoldine, décédé en même temps qu’elle par noyade. Le poème se termine entre concret (tribu) et abstrait (esprits), amertume et désespoir (sanglots) contrebalancés par un final lumineux près des « anges » et de la paix retrouvée à travers « l’éternel baiser de deux âmes » :

Allez des esprits purs accroître la tribu.
De cette coupe amère où vous n’avez pas bu,

Hélas ! nous viderons le reste.

Pendant que nous pleurons, de sanglots abreuvés,
Vous, heureux, enivrés de vous-mêmes, vivez

Dans l’éblouissement céleste !

Vivez ! aimez ! ayez les bonheurs infinis.
Oh ! les anges pensifs, bénissant et bénis,

Savent seuls, sous les sacrés voiles,

Ce qu’il entre d’extase, et d’ombre, et de ciel bleu,
Dans l’éternel baiser de deux âmes que Dieu

Tout à coup change en deux étoiles !

Jersey, 4 septembre 1852.

(Les Contemplations, tome second, pp. 68 et 69)

Dans le livre cinquième, Victor Hugo oscille entre confiance lumineuse et défaitisme sans omettre de garder une place pour le rêve. Dans le poème « Au fils d’un poëte », l’enfant nous apporte un message d’émotion dès le premier quatrain :

AU FILS D’UN POËTE

Enfant, laisse aux mers inquiètes
Le naufragé, tribun ou roi ;
Laisse s’en aller les poëtes !
La poésie est près de toi.

Elle t’échauffe, elle t’inspire,
Ô cher enfant, doux alcyon,
Car ta mère en est le sourire,
Et ton père en est le rayon.

Les yeux en pleurs, tu me demandes
Où je vais, et pourquoi je pars.
Je n’en sais rien ; les mers sont grandes ;
L’exil s’ouvre de toutes parts.

Ce que Dieu nous donne, il nous l’ôte.
Adieu, patrie ! adieu, Sion !
Le proscrit n’est pas même un hôte,
Enfant, c’est une vision.

Il entre, il s’assied, puis se lève,
Reprend son bâton et s’en va.
Sa vie erre de grève en grève
Sous le souffle de Jéhovah.

Il fuit sur les vagues profondes,
Sans repos, toujours en avant.
Qu’importe ce qu’en font les ondes !
Qu’importe ce qu’en fait le vent !

Garde, enfant, dans ta jeune tête
Ce souvenir mystérieux,
Tu l’as vu dans une tempête
Passer comme l’éclair des cieux.

Son âme aux chocs habituée
Traversait l’orage et le bruit.
D’où sortait-il ? De la nuée.
Où s’enfonçait-il ? Dans la nuit.

Bruxelles, juillet 1852.

(id., pp. 75 à 77)

Dans le livre sixième intitulé « Au bord de l’infini », Victor Hugo exprime sa recherche mystique tout d’abord dans « Le pont » pour partager avec le lecteur, sa quête d’un ailleurs et se battre pour franchir toutes les frontières en recherche d’infini pour approcher l’immortalité de l’âme :

LE PONT

J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Était là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m’écriai : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des millions d’arches.
Qui le pourra jamais ! Personne ! ô deuil ! effroi !
Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetais sur l’ombre un œil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond, que jamais un écho n’y répond ;
Et me dit : – Si tu veux je bâtirai le pont.
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
– Quel est ton nom ? lui dis-je. Il me dit : – La prière.

Jersey, décembre 1852.

(id., pp. 187 et 188)

Juste après cette vision apocalyptique, le poète traduit sa soif intense de vaincre pour s’élever de l’abîme dans le poème « IBO » qui signifie « J’irai » :

(…)

Vous savez bien que l’âme affronte

Ce noir degré,

Et que, si haut qu’il faut qu’on monte,

J’y monterai !

Vous savez bien que l’âme est forte

Et ne crains rien

Quand le souffle de Dieu l’emporte !

Vous savez bien

(…)

Je suis le poète farouche,

L’homme devoir,

Le souffle des douleurs, la bouche

Du clairon noir ;

(…).

(id., p. 192 et 194)

Dans le poème commençant par « O gouffre ! », il unit sa douleur à celle du monde entier, montrant la force de sa veine romantique, alliance de faits concrets, de vision apocalyptique et d’idées philosophiques en final :

O gouffre ! l’âme plonge et rapporte le doute.
Nous entendons sur nous les heures, goutte à goutte,

Tomber comme l’eau sur les plombs ;

L’homme est brumeux, le monde est noir, le ciel est sombre ;
Les formes de la nuit, vont et viennent dans l’ombre ;

Et nous, pâles, nous contemplons.

Nous contemplons l’obscur, l’inconnu, l’invisible,
Nous sondons le réel, l’idéal, le possible,

L’être, spectre toujours présent.

Nous regardons trembler l’ombre indéterminée.
Nous sommes accoudés sur notre destinée ;

L’œil fixe et l’esprit frémissant.

Nous épions des bruits dans ses vides funèbres ;
Nous écoutons le souffle, errant dans les ténèbres,

Dont frissonne l’obscurité ;

Et, par moments, perdus, dans les nuits insondables,
Nous voyons s’éclairer de lueurs formidables

La vitre de l’éternité.

(id., pp. 271 et 272)

Dans sa quête d’alliance des morts et des vivants, il entretient le souvenir de sa fille décédée, Léopoldine :

Je t’ai perdue, ô fille chère,
Toi qui remplit, ô mon orgueil,
Tout mon destin de la lumière

De ton cercueil !

(id., p. 342)

Il peut suivre la trame chronologique des faits vécus ou s’en écarter pour approfondir une idée ; il la place alors hors de toute logique mathématique.

Victor Hugo termine ce livre par une épopée de trente-neuf pages, « Ce que dit la bouche d’ombre ». Il exprime sa soif de vaincre la mort certainement en lien avec le souhait de retrouver les aimés disparus dont sa mère et sa fille Léopoldine :

(…)
Tout sera dit. Le mal expirera, les larmes
Tariront ; plus de fers, plus de deuils, plus d’alarmes ;

L’affreux gouffre inclément

Cessera d’être sourd, et bégaiera : Qu’entends-je ?
Les douleurs finiront dans toute l’ombre ; un ange

Criera : Commencement !

(id., p. 384)

Étonnamment, dans cet ensemble, les derniers mots de Victor Hugo, sont très sombres, montrant combien son esprit oscillait entre optimisme fort et défaitisme intense, comme à travers l’oxymore « La vaste paix des cieux » (id., p. 401) et « Le gouffre monstrueux plein d’énormes fumées. » (id., p. 402) Ce livre que Victor Hugo a bâti durant plus de trente ans, garde une force exceptionnelle.

 

Dans Les Chansons des Rues et des Bois publié en 1865, Victor Hugo nous entraîne dans la mouvance des humains à travers villes et campagne, dans un style proche de la poésie épique et métaphysique. Certains titres sont à eux seuls évocateurs de la diversité des thèmes abordés tel « Interruption à une lecture de Platon » (p. 41), « A Jeanne » (p. 125), « Le doigt de la femme » (p. 217), « Oiseaux et enfants » (p. 321), « Liberté, Égalité, Fraternité » (p. 337). Victor Hugo peut aussi unir la nature à la description des enfants à l’école où tout paraît joyeux avec l’arrivée du printemps mais hélas la tuerie est proche. Ainsi légèreté et gravité, innocence de l’enfance et tuerie d’adultes se heurtent, le message de Victor Hugo devenant alors étendard d’une force inouïe :

Les enfants lisent, troupe blonde ;
Ils épellent, je les entends ;
Et le maître d’école gronde
Dans la lumière du printemps.

J’aperçois l’école entr’ouverte ;
Et je rôde au bord des marais ;
Toute la grande saison verte
Frissonne au loin dans les forêts.
(…)

Un coup de fusil dans la haie,
Abois d’un chien ; c’est le chasseur.
Et pensif, je sens la plaie
Parmi toute cette douceur.

Et, sous l’herbe pressant la fange,
Triste passant de ce beau lieu,
Je songe au mal, énigme étrange,
Faute d’orthographe de Dieu.

(Les Chansons des Rues et des Bois, pp. 333 à 335)

 

Au fil du temps, Victor Hugo devient de plus en plus sombre. Dans L’année terrible, il nous fait pénétrer dans la dureté de la vie en 1870 et 1871. Dès les titres, nous comprenons la gravité des évènements « Une bombe aux Feuillantines » (p. 114), « Capitulation » (p. 131), « A ceux qui reparlent de fraternité » (p. 142), « La lutte » » (p. 160), « Le deuil » (p. 161)… Il ne peut se taire devant la misère et crie sa révolte immense :

L’ORGIE DES MEURTRES

Ah ça, je mets les points sur les i. soit. j’admets
La guerre, à la rigueur ; l’assassinat, jamais.
Avouez qu’il serait étrange que j’aimasse
La tuerie en détail moi qui l’exècre en masse,
Ou que, la réprouvant en détail, j’eusse un goût
Pour le sang, quand ses flots font déborder l’égout.
Oui, les cadavres sont voilés par les décombres ;
Mais l’histoire plus tard saura des choses sombres.
(…)

(Œuvres poétiques, III, La Pléiade, Alentours de « l’Année terrible », pp. 522 et 523)

 

Dans L’art d’être grand-père (1877), Victor Hugo nous présente des enfants très différents dont les pauvres, les malheureux, les mal-aimés et aussi ses petits-enfants, Georges (1868 – 1925) et Jeanne (1869 – 1941), baume pour son cœur, bouffée de bonheur, douceur retrouvée. Il ne vit pas dans une bulle hors du monde concret mais l’amour domine :

A GEORGES

Mon doux Georges, viens voir une ménagerie
Quelconque, chez Buffon, au cirque, n’importe où ;
Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie,
Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.
(…)

(L’art d’être grand-père, p. 75)

Victor Hugo était très proche de Jeanne, la plus petite comme en témoigne ce poème si connu :

Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J’allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l’ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S’indignèrent, et Jeanne a dit d’une voix douce :
– Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s’est récrié : – Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. A chaque instant
L’ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L’enfant n’a plus rien qui l’arrête.
Vous démolissez tout. – Et j’ai baissé la tête,
Et j’ai dit : – Je n’ai rien à répondre à cela,
J’ai tort. Oui, c’est avec ces indulgences-là
Qu’on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu’on me mette au pain sec. – Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. – Jeanne alors, dans son coin noir,
M’a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l’autorité des douces créatures :
– Eh bien, moi, je t’irai porter des confitures.

(id., pp. 129 et 130)

Victor Hugo nous confie son émotion dans une strophe poignante de spontanéité ; il se laisse guider par sa petite-fille pour retrouver l’innocence de l’enfance :

Tant que Jeanne sera mon guide sur la terre,
Tant que Dieu permettra que j’aie, ô pur mystère !

En mon âpre chemin,

Ces deux bonheurs où tient tout l’idéal possible,
Dans l’âme un astre immense, et dans ma main paisible

Une petite main.

(id., p. 246)

Il met aussi à l’honneur, les enfants malheureux de France car il a toujours condamné ceux qui maltraitent les petits et il veut les défendre :

LES ENFANTS PAUVRES

Prenez garde à ce petit être ;
Il est bien grand ; il contient Dieu.
Les enfants sont, avant de naître,
Des lumières dans le ciel bleu.

Dieu nous les offre en sa largesse ;
Ils viennent ; Dieu nous en fait don ;
Dans leur rire il met sa sagesse
Et dans leur baiser son pardon.

Leur douce clarté nous effleure.
Hélas, le bonheur est leur droit.
S’ils ont faim, le paradis pleure.
Et le ciel tremble, s’ils ont froid.

La misère de l’innocence
Accuse l’homme vicieux.
L’homme tient l’ange en sa puissance.
Oh ! quel tonnerre au fond des cieux,

Quand Dieu, cherchant ces êtres frêles
Que dans l’ombre où nous sommeillons
Il nous envoie avec des ailes,
Les retrouve avec des haillons !

(id., pp. 247 et 248)

 

En conclusion, Victor Hugo, grand romantique, a su allier humanité et défense des délaissés, admiration devant la nature et l’immensité, proximité avec les tout-petits tels ses petits-enfants. Philosophe et penseur, écrivain au talent variant presque à l’infini, il a su porter son message contre vents et marées, préférant l’exil au reniement de ses idées. Créateur inventif, il n’a jamais fini de nous passionner tant son œuvre immense reste d’actualité.

 

Catherine Réault-Crosnier

Mai / août 2020.

 

 

Bibliographie : (classée dans l’ordre de citation dans la conférence)

 

Ouvrages de Victor Hugo ayant servi pour les extraits :

– Victor Hugo, Œuvres poétiques, La Pléiade, éditions Gallimard, Paris, Tome I, 1964, LIV + 1651 pages ; Tome II, 1967, CVIII + 1792 pages ; Tome III, 1974, LXXIV + 1410 pages.

– Victor Hugo, Odes et Ballades, Hector Bossange éditeur, Paris, 1828, Tome premier, XL + 320 pages ; Tome deuxième, 471 pages.

– Victor Hugo, Les Feuilles d’automne, Eugène Renduel éditeur-libraire, Paris, 1832, XIII + 392 pages.

– Victor Hugo, Les rayons et les ombres, Ch. Gruaz imprimeur-éditeur, Genève, 1840, 180 pages.

– Victor Hugo, La Légende des Siècles, Première série, Michel Lévy frères – Hetzel et Cie, Paris, Tome premier : XVII + 272 pages, Tome second : 270 pages ; Nouvelle série, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1877, Tome premier : XV + 321 pages, Tome second : 395 pages ; Tome cinquième et dernier, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1883, 328 pages.

– Victor Hugo, Châtiments, Imprimerie universelle, Genève et New-York, 1853, III + 391 pages.

– Victor Hugo, Les Contemplations, Michel Lévy frères libraires-éditeurs, Paris, 1856, Tome I Autrefois 1830–1843 : III + 359 pages, Tome II Aujourd’hui 1845–1855 : 408 pages.

– Victor Hugo, Les Chansons des Rues et des Bois, Librairie internationale, Paris, et A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie éditeurs, Bruxelles, Leipzig et Livourne, 1865, 440 pages.

– Victor Hugo, L’Année terrible, Michel Lévy frères éditeurs, Paris, 1872, III + 331 pages.

– Victor Hugo, L’Art d’être grand-père, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1877, 323 pages.

– Victor Hugo, Les Orientales, Charles Gosselin libraire, Paris, 1829, XI + 424 pages.