8èmes RENCONTRES LITTÉRAIRES
DANS LE JARDIN DES PRÉBENDES, À TOURS

Vendredi 25 août 2006, de 17 h 30 à 19 h

 

Michael SADLER,

un humoriste anglais amoureux de la Touraine

Portrait de Michael SADLER par Catherine RÉAULT-CROSNIER.

 

Lire la présentation de cette « rencontre ».

 

Michael Sadler est-il anglais ou tourangeau ? Si l’on écoute la sonorité de son nom, cela ne fait aucun doute mais s’il nous parle dans un français parfait de la Touraine et des Français, notre esprit cartésien a un doute. Il dit d’ailleurs comme une boutade qu’ « un Anglais peut sauver la langue française. » (Conférence à La Boite à Livres, le 10 février 2006). Cet auteur peut être considéré comme un tourangeau d’adoption puisqu’en plus de son domicile parisien, il est citoyen de Vou, petit village au fin fond du Lochois, en Indre-et-Loire. Marié depuis trente-six ans à Lulu, une Française agrégée de grammaire, il satisfait maintenant pleinement sa démangeaison d’écriture, son besoin vital de parler en français, de la manière de vivre en notre beau pays, avec le recul d’un étranger, la précision d’un homme de sciences et la verve d’un Anglais qui ne dédaigne pas user de l’humour de son pays natal. Tous ces traits expliquent que Michael Sadler ait été choisi dans le cadre des Rencontres littéraires, en ce beau jardin des Prébendes.

Une partie du public lors de la Rencontre du 25 août 2006, consacrée à Michael Sadler.

Auteur d’une trilogie, « Un Anglais à Paris », « Un Anglais à la campagne » et « Un Anglais amoureux » et d’un roman « Cabotin », Michael Sadler manie avec dextérité, le don de l’humour, don qu’il montre aussi à la radio. Non seulement Michael Sadler est tourangeau d’adoption par son habitat mais aussi par le lieu qu’il a choisi pour ses livres, la Touraine et plus particulièrement le Lochois :

« Loches, c’est une très belle petite ville, et je suis fêté et gâté par ses habitants qui apprécient que je parle, en bien, de leur cité. Et moi, je suis heureux. J’adore qu’on m’aime ; (…) » (Courrier Français de Touraine du 24 février 2006)

Actuellement il habite à Paris en semaine et le week-end dans une fermette qui est une métairie du XVIIème siècle. Il a passé beaucoup de temps libre à entretenir son potager, à restaurer son logis et bien sûr à écrire, à connaître ses voisins, ces Français qui avaient tant d’attraits pour lui, un gentleman anglais. Chacun approchant de chez lui, comprend qu’il s’agit d’un Anglais en voyant sa belle boite à lettre flambant neuf en rouge vif, dans le style des boites et bus purement « english ». Ayant le sens de l’observation bien aiguisé et la plume alerte, il a pu produire dans ce cadre, des petits chefs d’œuvre d’humour et de vérité.

 

Sa biographie :

Né en 1949, Michael Sadler est diplômé d’Oxford. Il a exercé pendant huit ans comme maître assistant à la faculté des Lettres de Glasgow. Ayant la nostalgie de notre beau pays, il a pris en 1973-1974, une pause sabbatique d’un an en France et en Touraine.

Il s’est marié en 1970, en Écosse, à Lulu, une tourangelle. Il a une fille qui a maintenant vingt-trois ans. En 1976, il y a trente ans, il acquiert dans le Lochois, une petite maison perdue dans la campagne, un havre de paix et de bonheur acheté pour « 40 000 balles en 1976, où nous avons dû user de l’huile de coude et investir aussi, mais pas trop pour qu’elle reste dans son jus », dit-il. (Magazine de la Touraine, n° 98, page 35).

Lorsque l’Université de Londres lui propose un poste sur la recherche et l’enseignement à Paris, il bondit sur l’occasion de renouer avec ce pays qui lui tient tant à cœur. À partir de 1979, il est maître de conférences à l’Institut britannique de Paris en semaine et habite alors un appartement dans le VI° arrondissement. Le week-end, il devient un autre homme à la campagne, dans sa Touraine profonde. Je dis « sa » car il l’a adoptée et elle lui a bien rendu.

En 1990, il obtient le prix Sony de la meilleure pièce radiophonique, pour « A moment of Exuberance ».

Michael Sadler a traduit Marivaux en anglais pour la Royal Shakespeare Company. Avec sa femme Lulu, il a adapté en français, une pièce de Terry Johnson, « Hysteria » mise en scène par John Malkovitch au théâtre Marigny en 2002. Ce n’est pas seulement un écrivain, un chercheur, un traducteur, un amoureux de la langue française mais aussi un scénariste qui a adapté des scénarios pour la BBC dont « Une année en Provence », écrit par son homologue américain, Peter Mayle.

Il a été complice de Stéphane Bern, dans l’émission de 11 h « Le Fou du Roi » sur France Inter. C’est aussi un homme de télévision. Il collabore actuellement au « Cercle », émission sur Canal + Cinéma (Exergue, La lettre du groupe L’Archipel, éditions de l’Archipel, 23 janvier 2006)

En tant qu’écrivain, il a publié en 2000, un essai, « Un Anglais à Paris ». Il a alors fait une prestation remarquée à « Bouillon de culture » avec Bernard Pivot qui enchanté, a fait ses éloges.

En 2003, il sort un nouvel essai « Un Anglais à la campagne », de la même veine que le premier.

En 2005, il fait paraître un roman, « Cabotin » pour changer de style mais celui-ci a eu moins de succès que ses livres précédents.

En 2006, il récidive dans son premier style avec « Un Anglais amoureux ». Pour sa sortie, l’Ambassade de Grande-Bretagne a organisé une réception, le jour de la Saint-Valentin, date tout à fait adaptée au titre. (Courrier Français de Touraine du 24 février 2006)

Michael Sadler fait partie de la promotion de la Légion d’honneur du 14 juillet 2006.

 

Son portrait :

Très gentleman, avec un petit accent british très élégant, il arbore un sourire et un flegme bien de son pays d’origine. Son français élaboré en richesse verbale est aussi bien raffiné avec l’emploi des subjonctifs imparfaits dont il se régale pour faire des jeux de mots, que populaire avec des expressions trouvées sur les marchés ou dans la campagne sans jamais en être lassé ou attrapé d’indigestion !

Les yeux bleu gris, les cheveux se dégarnissant légèrement et blanchissant, il garde la jeunesse de son dynamisme. Il n’a jamais fini de s’étonner, il s’émerveille de part son sens de l’observation :

« Être blasé, c’est une couche de protection épaisse qui vous éloigne de la drôlerie. » dit-il.

Il est toujours de bonne humeur, sympathique, spontanément ironique et drôle comme dans ses livres. Il ne vieillit pas ; d’ailleurs quand Catherine Réault-Crosnier lui a dit (lors d’une dédicace de son dernier livre, à La Boite à livres, le 10 février 2006) : « Vous avez la jeunesse de votre sourire et de l’humour anglais », il lui a répondu naturellement avec un sourire : « C’est vrai. »

 

Ses dédicaces en Touraine :

Michael Sadler est très dynamique et toujours prêt à rencontrer la population tourangelle : le 25 mars 2005, il présentait ses trois livres au « Moulin de la Planche », restaurant de Chanceaux-sur-Choisille, en Indre-et-Loire, lieu de soirées autour d’écrivains. Un mois plus tard, le samedi 30 avril 2005, de 15 h à 18 h, Michael Sadler était l’invité de « La Boite à livres » pour son roman « Cabotin ! » puis en février 2006, il y a dédicacé son dernier livre juste sorti « Un Anglais amoureux ».

Michael Sadler est partout à l’affiche par exemple, dans la Nouvelle République du Centre-Ouest du 12 mai 2006, une page du supplément « Loisirs week-end » lui est consacrée avec sa photo en couleurs. Dans le journal « Tours Madame » (n° 233) de mai 2006, est publiée une interview de cet humoriste qui répond avec fougue à toutes les questions, comme par exemple :

« TM : Quels sont les traits de caractère des tourangeaux ?
MS : Par moments ils sont un peu « Bourgueil » quand ils ne sont pas carrément « Chinon ». Mais comme le Vouvray, je les trouve 100% souples, fins et gouleyants.
 »

 

Ses œuvres :

« Un Anglais à Paris » est un essai et le premier livre en français de cet auteur ; c’est l’inventaire des étonnements d’un Anglais qui veut partager les habitudes des Français. Michael Sadler manie l’humour à la mode continentale : le sous-titre de cet ouvrage est « L’éducation continentale », faisant par là un clin d’œil à « L’éducation sentimentale » de Flaubert. Ne voudrait-il pas éduquer les Français et les Françaises sous son flegme typiquement anglais qui décrit si bien sans avoir l’air d’égratigner ?

Dès le début de cet ouvrage, nous savons que l’auteur oscille entre deux pôles d’attraction, l’Angleterre qui l’endort sous son air calme et la France qui le stimule par son étrangeté. Voici sa manière personnelle de traduire cette impression :

« L’Angleterre était mon oreiller, la France serait mon réveil. » (p. 24)

Avouez que cela est agréable à entendre en même temps qu’amusant. Michael Sadler a le don des jeux de mots et des situations cocasses. Il se rend compte que les Français sont des râleurs nés ; quand il veut le dire avec délicatesse plutôt qu’ouvertement, cela se traduit ainsi :

« Les Français partagent avec les hérissons la réputation d’être d’un contact difficile et de se faire écraser en grosses quantités sur les routes. Cette renommée n’est pas méritée. » (p. 33)

L’humour anglais a pour nous, Français, le goût de la nouveauté ; il détourne l’attention et nous fait rire indirectement, permettant de lancer des flèches qui vont avoir ainsi plus d’impacts. Voici par exemple la vision d’un simple cafetier sous la plume de cet écrivain :

« De mauvaise grâce, il sort un verre de l’aquarium gluant dans lequel il fait la vaisselle depuis 6 heures du matin, l’essuie avec le torchon séculaire et me sert un beaujolais tiède. » (p. 36)

Tout est dans l’art de dire les choses sans en avoir l’air et de savoir jouer ou jongler non pas avec les verres mais avec les mots. L’évier se transforme en aquarium dans lequel on patauge ; son aspect gluant est plutôt repoussant. Ainsi défile la vie française mise à toutes les sauces, sous tous ses aspects insolites, par exemple l’achat d’un bouquet de fleurs devient une entreprise périlleuse et ne manque pas de piquant :

« Excessivement difficile de protéger ma gerbe dans le wagon bondé – clochettes en haut, clochettes en bas, clochettes au-dessus de la mêlée. » (p. 35)

Cela ressemble plus à un match de rugby qu’au romantisme de l’invité chargé de fleurs. C’est comme si le bouquet était un ballon. Allons-nous toucher au but ?

À l’arrivée devant l’immeuble, reste à résoudre le casse-tête du code d’accès pour pouvoir entrer. Michael Sadler arrivera bien sûr en bon héros à franchir l’entrée d’une manière inattendue. Une fois rentré par ruse dans l’ascenseur en même temps que d’autres, il risque de se faire couper un morceau, mais pas n’importe lequel :

« la porte métallique à accordéon menace de découper une fine tranche de ma fesse gauche. » (p. 37)

Lorsque l’on sait que les Anglais ne mangent que des fines tranches de viande, le moment paraît encore plus succulent ! Michael Sadler voit nos travers en même temps que les siens et l’association est encore plus savoureuse. L’Anglais est aussi amateur de farces à faire discrètement par personnes interposées, comme celle-ci :

« J’ai récemment présenté comme étant mienne la carte d’un professeur de saxophone excessivement barbant à une dame qui avait passé toute la soirée à me vanter les avantages du désherbant Round-Up. Qu’ils s’appellent donc entre eux et qu’ils se fassent une bouffe. Sans moi. » (p. 41)

Avec cet Anglais, chacun en prend pour son grade sans distinction de nationalité. Passons à l’art de la cuisine vu par Michael Sadler :

« Ah, la bouffe anglaise ! Ils imaginent ma triste vie d’avant, mes repas de viande trop cuite, arrosée de confiture dans un brouillard de purée de pois dont le seul avantage est de cacher le contenu de l’assiette. Pauvre rosbif ! » (p. 50)

Et si cela ne plait pas aux Anglais, tant pis :

« L’Anglais se rosbifferait-il ? » (p. 80)

À partir de la page 89, les scènes se déroulent en Touraine pour les fêtes de fin d’année. À l’arrivée, Michael Sadler s’étonne des mots de bienvenue de son hôtesse :

« - Michael ! Quel plaisir ! J’espère que la route n’a pas été trop dure. Bison futé (a-t-elle des amis indiens ?) parlait d’une journée rouge (une fête communiste ?). » (p. 97)

À la fin de ce parcours endiablé, Michael Sadler nous confie dans un élan patriotique :

« J’adore ce pays. J’adore les gens, la langue, la rue, les odeurs, les bus, les affiches, le pain, le saucisson, le vin, les zincs, les livres, les idées, les voix, les femmes, les plaisirs. » (p. 188)

Nous ne savons pas dans ce contexte si nous devons prendre au sérieux sa profession de foi :

« La France est ma maîtresse. » (p. 188)

Ce qui est sûr, c’est que Michael Sadler nous fait partager avec fougue, ses convictions comme ses coups de foudre pour notre pays et avec tant de saveur que nous ne pouvons pas lui en vouloir de nous égratigner un peu au passage.

 

« Un Anglais à la campagne » est le deuxième essai de cet auteur, dans le même style que le premier, « irrésistiblement drôle » comme le dit Bernard Pivot, avec « une source inépuisable de surprises et de quiproquos » selon Bernard Rapp. Après avoir savouré la vie parisienne, Michael veut aussi connaître la campagne, les fermettes, les chemins hors des sentiers battus, la gastronomie rurale, les vaches saines d’esprit… sans oublier « la bourgeoise élevée au grain, garantie sans farine animale » (dos du livre). L’histoire se passe en Touraine, principalement à Toison, petit village imaginaire du canton de Ligueil ; la ville de Loches et d’autres communes d’Indre-et-Loire sont régulièrement citées.

Pour commencer, Michael nous conte ses déboires avec les poireaux quand il veut s’initier au jardinage à la française ; il a fort à faire car « Mes poireaux sont très courtois. Normal. Ils sont anglais » (p. 9) oui mais il veut les faire prendre en terre française et la terre est basse et sèche. Il respire le calme de la campagne… erreur… tout Français étant un bricoleur en puissance, les décibels sont bien là avec un marteau piqueur ou une tondeuse à gazon. Mais ces Français de la campagne, sont-ils donc une espèce qui ne passe pas inaperçue ? Ils les rencontrent dans un supermarché et il en voit un qui « porte casque de mobylette orange, polo acrylique, short kaki long flottant, socquettes bleues à motifs rouges, sandales. » Lui qui est « en tweed estival et Church’s éculées », il est remarqué (p. 25). Il pense d’ailleurs comme un Anglais, par exemple au sujet des prévisions météorologiques :

« Le bleu intense s’estompe, comme une goutte de lait dans un thé azur. » (p. 183)

Amoureux fou de la campagne française, il se libère de son travail pour trois mois car « Il y a du pain sur la planche. Pas question de poireauter. » (p. 19) Comme nous l’observons, Michael Sadler savoure la langue rurale, au ras des légumes, le pur parler paysan dont il se délecte car en plus pour lui, il a le goût de la nouveauté. À déguster sans modération. Alors il nous en tartine tout au long de son livre sans jamais nous lasser car tout est dit avec humour, simplement en parlant le langage de tous les jours. Il savait que les Français mangeaient plus que les Anglais mais pour conquérir l’amitié sur le territoire français, il sait qu’il doit pouvoir ingurgiter comme eux, plus facile à dire qu’à faire, ainsi pour lui, certains repas sont un véritable « marathon » (p. 116) ou bien parti pour acheter le minimum vital pour trois jours, il ressort du marché, avec une montagne de provisions dont :

« J’ai acquis six melons (une affaire), un kilo de navets, trois kilos de charlottes, un kilo de jeunes courgettes jaunes, deux andouillettes, du jambon d’York, un gros saucisson, trois bottes de radis, six laitues, cinq choux de printemps et deux kilos de bettes. » (p. 44)

Il se pourlèche des scènes de la vie quotidienne en conservant son humour anglais :

« La corsetière Josselyne, docteur ès femmes fortes, se trouve opportunément située à côté d’un charcutier diplômé ès rillettes. C’est pratique. On se gave de cochonnaille, on s’essuie les mains et on passe à côté pour en camoufler les ravages. (…) La présence des deux autres charcutiers accentue cette atmosphère de porc de plaisance qui flotte sur la ville. » (p. 23)

Michael Sadler veut tout partager de la vie française, ses plaisirs, ses femmes, ses paysages, le dur travail de la campagne, ses soirées bien arrosées. Il récolte une pluie de surprises et de gags qu’il nous restitue si bien avec son art de rire sans en avoir l’air car un Anglais paraît toujours très sérieux au premier abord. C’est le tour d’horizon de la vie rurale, vue à travers l’humour d’un Anglais passionné par les jeux de mots français.

 

Paru en 2003, « Cabotin ! » est le premier roman de Michael Sadler. Il décrit l’histoire de deux personnages, Plante et Rondeau liés d’une manière irrémédiable dans la durée même quand ils ne se voient pas et dont les retrouvailles sont cocasses et étonnantes.

Michael Sadler se met dans la peau du personnage :

« Je suis né à Tours en 1971. » (p. 19)

« La machine à crêpes me fascinait. J’ai regardé Suzanne tartiner et sauter. Je lui ai demandé si je pouvais essayer. Ma première crêpe faisait bouse de vache malade, ma deuxième, kleenex de nain catarrheux. » (p. 59)

La destinée réunira les deux anciens copains dans un luxueux restaurant de la côte Atlantique où la spécialité est le homard, tandis qu’il est tenaillé par une envie d’omelette qu’il ne pourra satisfaire car cela ne fait pas sérieux dans un restaurant chic. Tout le monde est heureux sauf lui qui paiera la note, simple détail :

« Je me regarde simplement dans la glace. Cette fois-ci, je ressemble plutôt au Corniaud.
De retour à table, l’addition m’attend. 1057 euros.
(…)
Dans quel traquenard me suis-je fourré ?
 » (p. 120)

Comme dans tout roman bien conduit, la fin est inattendue car Michael Sadler a l’art de mener son histoire jusqu’au bout, sans s’essouffler ; il nous entraîne dans un bain de jouvence, d’humour et en même temps de réalisme. La vie peut être cruelle malgré tout, même si l’on en rit. Le fil de l’histoire nous conduit au suspense final à découvrir :

« Un dernier tour de broche, une giclée de sauce chaude, la cymbale mortuaire, je me laisse voluptueusement réabsorber par le corps professoral. » (p. 186)

 

« Un Anglais amoureux » vous est garanti « pur humour anglais » basé sur la dérision positive. Michael Sadler s’y délecte de produits « pur France » comme le livarot et les vins de Touraine :

« Un coup de vouvray tendre, une bouchée d’oreille de cochon, du pain frais, une tomate, la France me reprend dans ses bras. » (p. 10)

Mais comment parler aux femmes lorsque l’on est un Anglais ?

« Une connaissance du vocabulaire hypocoristique est également souhaitable. Pour ne pas s’enliser dans des « ma chérie » à répétition, aventurez-vous dans le coquin culinaire. « Mon chou » est une variante acceptable. Ne délirez pas trop. La fantaisie mène au pire. Exemple :
- Tu es très mignonne ce soir dans ta robe mousseline, ma tartiflette.
Désastre.
Ensuite viennent les sobriquets animaliers : mon chaton, ma gazelle, ma biche, ma poule, mon lapin bleu (liste non exhaustive). « Ma chienne » et « ma gerboise » sont à bannir. La langue est un terrain miné. »
(p. 77 et 78)

Pour séduire la demoiselle, mieux vaut être bien vu de la famille mais parler avec les jeunes peut être un rébus :

« - Je kiffe pas le keum.
- C’est grand.
- C’est chez qui la teuf ? »
(p. 38)

Garder la lapine d’une amie, appelée « Vanessa », n’est pas simple contrairement aux apparences surtout lorsqu’on a oublié de refermer la porte de sa cage. Il ne reste plus qu’à lancer un avis de recherche :

« Perdu lapine répondant (parfois) au nom de Vanessa et affectionnant le catalogue de La Redoute. Signes distinctifs : grandes oreilles, queue blanche. » (p. 181)

Pour mieux conquérir sa dame, quoi de mieux que d’avaler une omelette aux champignons amoureusement ramassés puis cuisinés par les soins de sa bien-aimée oui mais le risque d’intoxication plane dans sa pensée. Il imagine le scénario de la mort :

« Un universitaire et sa muse trouvés mort au fond d’un bois. Une carrière littéraire tuée dans l’œuf par un champignon. » (p. 56)

Son amie le traite de « poule mouillée » mais cela ne le convainc pas. Tandis qu’elle prépare le plat, « Il n’y a pas que les champignons qui suent. » (p. 56)

Rien ne vaut un tête-à-tête au camping pour apprendre à se connaître… oui mais avec cet Anglais, tout est différent. Il cherche les sardines dans le sac à provisions quand sa compagne lui parle des petits piquets métalliques, reçoit la tente sur la tête en essayant de la monter, gonfle les matelas à bloc puis se réveille en sursaut car il voit une limace, le cauchemar de sa dame. L’envoyant au loin, il a la surprise d’entendre « Pssssssssssssss… » (p. 59) ; c’est le bruit du matelas qui se dégonfle puisqu’il avait confondu le bouchon du matelas gonflable avec une limace.

Michael Sadler a l’art de transformer le quotidien en aventure.

Amoureux d’une femme agrégée de grammaire, il pense qu’il doit briller par l’art d’utiliser le français pour augmenter sa séduction et il prépare sa déclaration :

« Il faut que nous nous… Que nous nous mariassions ? Unissassions nos vies ? Pas possible. Je change de verbe. S’épouser. Il faudrait un jour ou l’autre que nous nous épousions. Épouillons. Épousaillasions. Épousassions. » (p. 159)

La déclaration à sa belle se fera par l’intermédiaire d’un livarot car elle est sûre de le retrouver dans une fromagerie. Comme quoi le dicton « pas la peine d’en faire un fromage » peut être erroné puisqu’un livarot peut servir à envoyer un message d’amour ! (p. 205)

 

L’œuvre de Michael Sadler vue par ses contemporains :

Personne ne reste froid en face de l’humour et de la verve de cet écrivain, comme en témoignent les nombreuses réflexions de gens et de journalistes de tout horizon. Michael Sadler dépasse les querelles politiques, les opinions divergentes ; il est au-dessus de la mêlée et j’ai l’impression qu’il plaît à tous, que chacun s’y retrouve.

« Irrésistiblement drôle. » (fin du livre Cabotin), voici l’opinion de Bernard Pivot qui, pour en être courte, n’en est pas moins un éloge surtout venu de sa bouche, lui qui côtoie tant de gens de lettres.

Les journalistes de France-Soir parlent d’un « sens inné du comique de situation », Isabel Nataf du « Figaro » lui trouve « un sens de l’humour très développé » et qualifie son livre « d’hilarant ».

Pour « La Manche libre », son livre est « un consommé d’esprit, de fantaisie, du plus subtil au plus grinçant. ». « Le Parisien » vante son patriotisme français bien sûr : « Une déclaration d’humour et d’amour à notre pays. »

Les gens d’Outre-Atlantique jusqu’à Montréal, osent se prononcer « pour » parce qu’il fait rire. Ceux d’Outre-manche représentés par le prince de Galles, Charles, n’hésitent pas à dire qu’ils se sont bien amusés.

Oui, Michael Sadler fait l’unanimité, ce qui est fort rare à l’heure actuelle. Sa fantaisie, son éloquence contribuent certainement à son succès si bien que tous en redemandent ! Dans ce monde moderne souvent pessimiste, il est un rayon de soleil qui décode nos défauts sans que nous en soyons vexés.

 

Le comique de Michael Sadler :

Certains journalistes n’hésitent pas à le comparer au grand écrivain et humoriste français, Pierre Daninos (1913 – 2005) dont le livre « Les carnets du major Thompson » a eu un succès retentissant puisqu’il a été tiré à 1 190 000 exemplaires (dont plus de 300 000 en Livre de Poche). Pierre Daninos a été journaliste avant d’être écrivain et a publié environ dix-huit livres tous de veine comique. Quelles sont les similitudes et les différences de ces deux auteurs ?

Tout d’abord, Pierre Daninos est Français alors que Michael Sadler est Anglais.

Pierre Daninos raconte les réflexions du major Thompson, officier anglais retraité de l’armée des Indes qui critique les travers et coutumes des Français pour mettre en relief le comique de chaque situation. Pierre Daninos analyse donc les situations de l’extérieur.

L’époque n’est pas la même puisque Pierre Daninos décrit plutôt la première partie du XXème siècle tandis que Michael Sadler entame le XXIème.

Notre Anglais raconte sa propre vie lors de voyages en France ; il rit aussi bien des situations cocasses dans lesquelles il s’enlise que des habitudes françaises qui lui paraissent bien surprenantes et il pratique l’humour noir ou rose selon le cas.

Michael Sadler se met dans la peau des personnages puisqu’il se met lui-même en scène, rendant encore plus cocasse et vivant son récit. L’un manie l’humour à la française avec un côté cartésien, l’autre manie le comique typiquement « à la british » en y mêlant le langage populaire et l’argot français pour un contraste encore plus saisissant. Ces deux écrivains sont des amateurs de repas français aussi bien par leur côté gargantuesque que par leur folklore, leur manière de décrire les mœurs françaises et leur dextérité à savoir jouer avec les mots jusqu’à les rendre savoureux et déclencher le rire.

Voici quelques extraits du livre « Les carnets du major Thompson » qui permettent de mieux cerner le style d’écriture de Pierre Daninos :

« C’est l’aspect bonne franquette de ce doux pays où un sourire fait mollir le gendarme, où la loi présente toujours un petit point faible par lequel elle se laisse prendre, et où la stricte application du règlement est considérée comme une sanction : ce qui importe avant tout, c’est la forme. Je l’ai compris à la minute même de mon arrivée en France, à Calais, en entendant un douanier désabusé dire avec un savoureux accent auvergnat à un voyageur qui avait commis deux infractions : « Chi cha continue, vous jallez m’obliger à appliquer le Règlement… » » (Les carnets du major Thomson, p. 57 et 58)

(…)

« Les Français ont une telle façon gourmande d’évoquer la bonne chère qu’elle leur permet de faire entre les repas des festins de paroles. » (Les carnets du major Thomson, p. 104)

Tous les deux apprécient les femmes françaises, les coutumes du pays comme la poignée de main qui a bien des variantes, le sport vu par les Français :

« Les Français contemplent les femmes. Les Anglais les croisent. » (Les carnets du major Thomson, p. 129)

« Il y en a qui estiment n’avoir serré une main qu’après vous avoir broyé les phalanges. D’autres conservent votre main comme s’ils ne voulaient plus vous la rendre, et s’en servent pour appuyer leur raisonnement avant de tout laisser tomber. » (Les carnets du major Thomson, p. 62 et 63)

« les Anglais se disent sportifs lorsqu’ils font du sport. Les Français se disent sportifs lorsqu’ils en voient. » (Les carnets du major Thomson, p. 189)

Tous deux sont des amoureux fous de la France. Pierre Daninos finit son livre par « (…) j’aime la France. » (p. 242) là où Michael Sadler nous confie « La France est ma maîtresse. » (Un Anglais à Paris, p. 188)

Michael Sadler a d’ailleurs analysé leurs similitudes et différences :

« Lui était un militaire, au regard très intelligent. Mais il était plutôt conservateur, plus bourgeois, plus vieux que mon personnage à moi. Mon héros serait plutôt de la famille des Monty Python. C’est en plus quelqu’un qui regarde le monde avec ingénuité, fraîcheur et incompréhension. » (Courrier français de Touraine du 24 février 2006)

Ces deux écrivains sont représentatifs chacun de leur époque, Pierre Daninos utilise un langage respectueux, là où Michael Sadler préfère la spontanéité. Le major Thompson a un côté plutôt « gentleman » là où notre Anglais ose des expressions cocasses, du langage spontané actuel. Ce qui est sûr, c’est que nous ne pouvons rester insensibles ni au charme désuet et réfléchi de l’un ni au modernisme de l’autre.

Les énumérations de Michael Sadler déclenchent le rire à la manière d’un ressort comme dans le mécanisme du rire tel que Bergson nous le décrit :

« Dans une répétition comique de mots il y a généralement deux termes en présence, un sentiment comprimé qui se détend comme un ressort, et une idée qui s’amuse à comprimer de nouveau le sentiment. » (Bergson, Le rire, p. 62)

 

Michael Sadler a aussi des similitudes avec Rabelais dans ses écrits, par exemple à travers sa joie de vivre, ses énumérations gastronomiques, dans sa façon d’envisager la femme et la sexualité, dans son envie de boire et de manger, dans son goût de l’analyse de la vie de son époque et de ses travers en sachant en rire. Voici un extrait de Rabelais qui nous rafraîchira le gosier et la mémoire sur l’éloge du vin de Gargantua à sa naissance sous les yeux étonnés de son père Grandgousier :

« Pendant qu’il buvait et s’amusait avec les autres, le bonhomme Grandgousier entendit l’horrible cri que son fils avait poussé en voyant le jour, braillant pour demander :

« À boire ! à boire ! à boire ! » Ce qui lui fit dire : « Que grand tu as ! » (sous-entendez : le gosier), » (Livre I, chapitre 7, p. 25).

Notre bon Rabelais aurait surenchéri aux listes non exhaustives de Michael Sadler comme lorsqu’il écrit dans le Quart Livre, au chapitre 32 nous entretenant des attitudes de Carêmeprenant :

«  (…) Quand il crachait, c’étaient panerées d’artichauts.
Quand il se mouchait, c’étaient des civettes.
Quand il pleurait, c’étaient des canards à la sauce au blanc.
Quand il tremblait, c’étaient de grands pâtés de lièvre.
(…)
Quand il délirait, c’étaient des registres de rente
. » (p. 572 et 573)

Michael Sadler et Rabelais partagent des plaisirs identiques dont celui de la chair aussi bien en tant que denrée périssable que la chair humaine pour satisfaire notre instinct sexuel mais tout est dans l’art d’annoncer les choses avec tact, comme les Anglais savent le faire. Par exemple, l’auteur demande naïvement à une dame de lui orthographier le mot « zigouillette », très sérieusement faut-il un ou deux t ?

 

Conclusion :

Oui, Michael Sadler est un digne ambassadeur de la Touraine et un artiste du comique à part entière. « Le rire ? Du mécanique plaqué sur le vivant… », nous dit Bergson (dos du livre sur « Le rire »). Michael Sadler répond bien à cette définition, lui qui sait si bien rire de lui et des autres et nous transmettre sa joie de rire, avec un œil d’expert, décortiquant la vie quotidienne, sans en avoir l’air pour mieux en faire ressortir le comique :

Le rire est salutaire, il nous permet de prendre du recul par rapport à nous-mêmes. Se moquer de soi-même, c’est ne pas se prendre trop au sérieux. « Je suis un écrivain de plaisir, j’adore faire rire avec des choses gentilles, la seule personne dont je me moque c’est de moi. » (La Nouvelle République du Centre-Ouest, supplément du vendredi 12 mai 2006, page 12). Amoureux de la France et plus particulièrement de la Touraine, Michael Sadler méritait bien que l’on apprenne à le connaître pour rire avec lui.

 

Catherine RÉAULT-CROSNIER

 

 

Bibliographie :

Ouvrages

Henri Bergson, Le rire, éditions France Loisirs, Paris, 1990, 1954, 135 pages

Pierre Daninos, Les carnets du major Thompson, Hachette, Le livre de poche, Paris, 1954, 243 pages

Rabelais, Œuvres complètes, éditions France Loisirs, Paris, 1987, 851 pages

Michael Sadler, « Un Anglais à Paris, L’éducation continentale », Éditions l’Archipel, Paris, 2000, 189 pages

Michael Sadler, « Un Anglais à la campagne », Éditions l’Archipel, Paris, 2003, 211 pages

Michael Sadler, « Cabotin ! », Éditions l’Archipel, Paris, 2005, 191 pages

Michael Sadler, « Un Anglais amoureux ! », Éditions l’Archipel, Paris, 2006, 206 pages

 

Articles de revues ou de presse

« Michael Sadler. Un Anglais en Touraine », Le Magazine de la Touraine, n° 88 octobre 2003, pages 11 à 19

« Les Anglais aiment la « Loire Valley »… », Le Magazine de la Touraine, n° 98 printemps 2006, page 35

Le journal du « Moulin de la Planche » du premier semestre 2005, annonce de la soirée du 25 mars 2005, 20 heures, consacrée à Michael Sadler

« M. Sadler et P. Masson à La Boite à livres », article paru dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition d’Indre-et-Loire, du 29 avril 2005

Philippe Martinet, « « Cabotin ! » de Michael Sadler : entre rires et larmes », article paru dans Le Courrier français de Touraine du 13 mai 2005

« Mickael Sadler présente « Un Anglais amoureux » », article paru dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition d’Indre-et-Loire, du 9 février 2006

Philippe Martinet, « Un Anglais amoureux : humour garanti ! », article paru dans Le Courrier français de Touraine du 24 février 2006

« Un café avec… Michael Sadler Le Valmont de Vou », article paru dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, édition d’Indre-et-Loire, supplément Loisirs week-end du vendredi 12 mai 2006, page 12

« Michael Sadler, « Les tourangeaux sont comme le Vouvray : souples, fins et gouleyants » », article paru dans le journal « Tours Madame » (n° 233) de mai 2006

 

Articles trouvés sur Internet (et utilisés)

Présentation de « Cabotin » de Michael Sadler, Éditions L’Archipel, programme des nouveautés, janvier-février 2005, page 2, http://www.editionsarchipel.com/

Présentation de « Un Anglais amoureux » de Michael Sadler, Exergue, La lettre du groupe L’Archipel, n° 3, janvier 2006, page 6, http://www.editionsarchipel.com/

Présentation de « Cabotin de Michael Sadler » sur http://planete.qc.ca/culture/livres/etrangers/etrangers-1442005-85555.html (consulté le 2 mai 2005)

Constance de Ayala, Les derniers carnets du Major Thompson (article du 30 janvier 2002, mis en ligne le 11 avril 2005), http://www.artelio.org/art.php3?id_article=231 (consulté le 15 mai 2005)

Nicole Pottier, Mort de Pierre Daninos (article du 10 janvier 2005), http://francais.agonia.net/index.php/article/101015/ (consulté le 15 mai 2005)

 

Le vendredi 25 août 2006, à 12 h 10, Michael Sadler était l’invité d’Isabelle Dorso, sur France Bleu Touraine (98,7), pour parler de cette Rencontre (lire la retranscription de l’interview).

Après la lecture de ce texte, Michael Sadler a pris la parole puis un débat s’est instauré avec le public (lire la retranscription de ces échanges).