Dossier Maurice Rollinat

 

MAURICE ROLLINAT DANS LA PRESSE

Portrait de Maurice Rollinat par Catherine Réault-Crosnier.

 

Gil Blas

15 février 1892

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(Voir le texte d’origine sur Gallica)

 

 

INSTANTANÉS

MAURICE ROLLINAT

 

Un visage triste et doux, encadré dans une chevelure gothique épaisse et raide, de petits yeux verts nués de mélancolie, la bouche un peu molle et dégoutée, la pâleur cireuse des fiévreux. Causeur modeste, se met à l’abri des éloges derrière Lafontaine et Baudelaire. Tourne continuellement entre ses doigs une tabatière en écorce, y prend de larges prises avant de jouer ses vers ou de les chanter au piano. S’emballe sincèrement, se convulse, se hérisse comme une cupule de châtaigne, claque des dents, hurle ou sanglote ; note la chanson des rainettes et des grillons, fait sortir de sa poitrine la voix de deux mille peupliers tordus par la tempête. A des jaloux, pas d’ennemis ; a fui Paris au lendemain du succès. Pêche dans la Creuse, chante le « Dies iræ » pour les pauvres de son village. Signe particulier : naturiste au point de s’apercevoir que les cerises ont un goût rouge et les buis une odeur verte.