Dossier Maurice Rollinat

 

MAURICE ROLLINAT

(1846 - 1903)

 

SES ANIMAUX FAMILIERS

Maurice Rollinat et son chien par Catherine Réault-Crosnier.

 

Recherche documentaire

non exhaustive, réalisée par Régis Crosnier.

(NB : Le classement est chronologique.)

 

Version au 16 août 2019

 

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Isaure Rollinat, datée du 7 novembre 1882.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 245 et 246.

(…)

Pluton que j’ai fait venir de Bel-Air met sa joie turbulente et sa bonne drôlerie dans mon appartement tranquille. Louise en est ravie et moi aussi.

(…)

 

– L’Hirondelle (Revue littéraire, pédagogique et artistique – Organe hebdomadaire de l’Académie de l’Ouest), n° 44 du 31 octobre 1885 et n° 45 du 7 novembre 1885.
« Chronique régionale en Berry – Maurice Rollinat, L’Homme et l’Artiste » par Alphonse Ponroy.

N° 44 du 31 octobre 1885, pages 345 et 346

(page 346)

(…)
Maurice Rollinat est incapable de faire du mal aux bêtes, il les aime trop pour cela ; il couvre de caresse et même de baisers son cheval, ses quatre chiens et son beau chat Tigheto, chat angora noir et fauve qui a un air de pacha et parfois un dédain digne de Byron. Maurice Rollinat respecte même la vie des vipères.
(…)

[Remarque de Régis Crosnier : Le chat de Maurice Rollinat appelé dans cet article « Tigheto », est dénommé « Tigreteau » par Maurice Rollinat.]

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Louis Mullem et Gustave Geffroy, datée du 17 août 1887.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 265 à 268.

(…) Griselle semble regretter son bienfaiteur Mullem qui lui portait chaque matin de si bonnes rations de pommes crues. La gaillarde engraisse tandis que le pauvre petit cheval s’émacie. Enfin hier, il avait la respiration moins sifflante, et sa toux résonnait d’une façon moins lugubre. Margot est en train de faire ses petits. Pluton lèche avec infiniment de complaisance le dessous de son excessivement bonne queue. Cerbère court la charogne et Turc, la femelle. Satan est toujours le quémandeur miaulichottant, Tigreteau, le taciturne engouffreur, et Blanc, le cendrillon de la cuisine. Chacune de ses bêtes vous envoient à leur manière une très affectueuse caresse.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Saint-Pol Bridoux, datée de 1888 (mars vraisemblablement).
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 268 à 270.

(…)
Au revoir, mon cher Saint-Paul, si tu viens sur mon télégramme, avise-moi de la même manière, et j’irai te prendre à Dun, avec un vrai cheval, cette fois.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Saint-Pol Bridoux, datée du 15 avril 1888.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 270 à 272.

(…) A présent, les longues excursions nous deviendront faciles, commodément véhiculés que nous serons par le bon trot d’un vrai cheval qui abat sans se gêner ses vingt kilomètres à l’heure.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Gustave Geffroy, datée du 16 juin 1888.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 272 à 274.

(…)
Je crois vous avoir dit que j’avais acheté un bon attelage : charrette anglaise légère et solide avec jument pourrie de sang, très douce et trotteuse infatigable. Nous allons donc pouvoir nous véhiculer au gré de notre fantaisie par tous ces merveilleux paysages : j’aurai d’ailleurs, selon le nombre de personnes, les voitures nécessaires. (…)

 

– Revue politique et littéraire – Revue bleue n° 14 du 6 octobre 1888, pages 443 à 448.
« Les artistes mystérieux, M. Maurice Rollinat » de Charles Buet

(page 445)
[À propos de la soirée du 5 novembre 1882, chez Sarah Bernhardt]

(…) Un soir donc, Rollinat laissa au logis, non sans regrets, son chien Pluton et son chat Tigroteau et s’en vint avenue de Villiers, (…)

 

[Remarque de Régis Crosnier : Le chat de Maurice Rollinat appelé dans cet article « Tigroteau », est dénommé « Tigreteau » par Maurice Rollinat.]

 

– Lettre de Claude Monet à Alice Hoschedé, envoyée de Fresselines le 21 mars 1889.
Publiée dans « Claude Monet à Fresselines – Printemps 1889 » (Mairie de Fresselines, juin 2000, 58 pages), page 33.

(…)
Je suis chaque jour plus charmé par Rollinat ; quel véritable artiste, il est bien par moments le plus décourageant qui soit, plein d’amertume et de tristesse, justement parce qu’il est artiste et partant jamais content et toujours malheureux. Je continue à ne le voir qu’aux heures de repas. Les seuls êtres qui font ma société tout le jour sont, outre mon jeune porteur, deux superbes chiens de Rollinat ; ils m’ont pris en amitié. Le matin ils arrivent à l’auberge, grattent à ma porte et ne me quittent pas une minute ; je suis donc bien gardé et personne ne peut s’approcher de moi quand je travaille.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Claude Monet, datée du 25 mai 1889.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 278 à 281.

(…) Nous vous regrettons tous, et Pistolet aussi, je vous le promets. On n’a qu’à lui dire : « Ah ! voilà Monsieur Monet ! » pour qu’aussitôt il se mette à piaffer, tourniquer, sauter, le tout entremêlé de moucheries et d’aboiements moitié plaintifs, moitié joyeux ; il court aux portes, renifle l’air du chemin que vous aviez l’habitude de prendre avec lui, et fait encore maintes fois de fréquentes perquisitions dans l’escalier de la mère Baronnet.

(…)

Au revoir mon cher Monet, bonne santé, bon travail. Donnez-nous de temps en temps de vos nouvelles et recevez avec tous mes remerciements, l’expression de notre plus sympathique amitié. Saint-Paul, Monsieur le Curé, la mère Baronnet, vous envoient leur meilleur souvenir, et Pistolet me fait comprendre qu’il voudrait vous donner une poignée de patte. Les Margots elles-mêmes remuent de la queue à votre intention, Tigreteau et le petit Satan vous miaulichotent leurs cordialités.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Claude Monet, en date du 11 août 1889.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 282 à 284.

(…) Votre ami Pistolet est magnifique en ce moment : il reluit à merveille par la bonne raison qu’il ne court plus les chiennes. La mère Margot dont il avait fait son épouse va lui donner des petits chiens qui seront donc à la fois ses enfants et ses frères ! Lui, non plus, ne vous a pas oublié : on n’a qu’à dire : « Voilà Monsieur Monet ! » pour qu’immédiatement il s’élance vers la porte avec des yeux rayonnants et des aboiements émus.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Claude Monet, datée d’août 1890.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 289 et 290.

(…)
P.S. – Monsieur le Curé et Monsieur de la Celle vous remercient de votre bon souvenir et vous envoient mille amitiés : Pistolet reconnaissant du bon morceau donné de votre part vous adresse en aboyottant une toute particulière poignée de patte.

 

– Lettre de Claude Monet à Maurice Rollinat, datée du 17 janvier 1891

(…)
P.S je me recommande toujours à votre femme pour le fameux vin gris dont je voudrais tant boire. N’oubliez pas Pistolet où est-il.
(…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Claude Monet, datée de janvier 1891.
Publiée dans Fin d’Œuvre, pages 291 à 293.

Fresselines, janvier 1891.

Mon cher Monet,

Je suis très touché ainsi que Cécile de votre affectueux souvenir : nous aussi nous parlons de vous bien souvent, et peu de jours se passent sans que Pistolet nous entende dire d’une voix surprise et précipitée : « Le voilà ! son monsieur Monet ! »
(…)

 

– Maurice Rollinat, La Nature, poésies (G. Charpentier et E. Fasquelle, 1892, 350 pages).

(pages 246 et 247)

MON CHIEN PISTOLET

Sa gravité comique et son froid badinage
Font que mes yeux distraits s’amusent, n’importe où.
Au creux, sur la hauteur, au bord de l’eau, partout,
Rôde éternellement notre compagnonnage.

Même en ses jours de fugue et de libertinage
II vient me retrouver encore – tout à coup
Il surgit d’un buisson, d’un bois, d’un casse-cou,
Et reprend devant moi son gai papillonnage.

De face ou de profil – assis comme debout,
Au petit pas, rampant, à la course, à la nage,
Dans toutes ses façons, il est bien moyen-âge
Avec son œil de biche et sa couleur de loup.

Souple et fort – jappant sec et plutôt taciturne,
Ce chien d’acier répond au nom de Pistolet :
Et certe ! il en vaut un par sa garde nocturne !

Au moindre craquement de porte et de volet
II s’arme ! et, si quelqu’un pénétrait dans la salle
Il ne ferait qu’un bond, soudain comme une balle.

 

– Journal des débats politiques et littéraires du 4 juillet 1898, page 2.
Jacques-André Mérys, « Maurice Rollinat chez lui ».

(…) Sur le seuil de la porte sommeille Pistolet, le chien préféré du maitre, qui vient au-devant des amis en remuant faiblement la queue, les suit à la promenade avec une gravité comique, comme s’il avait conscience de s’acquitter ainsi des devoirs sacrés de l’hospitalité.

Voici Rollinat lui-même au milieu de ses chiens et de ses chats, tendant sa main loyale au visiteur, l’accueillant de son bon sourire, le tenant aussitôt sous le charme de sa conversation. (…)

 

– Lettre de Maurice Rollinat à Albert Chantrier, datée du 25 octobre 1899.
Publiée dans le Bulletin de la société « Les Amis de Maurice Rollinat », n° 1 de novembre 1948, pages 4 et 5.

(…)
Paf, le doux renfrogné, Thopsey le matamore, et Puck, le coureur follet qui trottine en levant la cuisse, vous envoient leur bonjour dans un beau jappement d’aise et dans de longues poignées de pattes.
(…)

 

– Le Temps du 25 octobre 1899, page 2.
« Maurice Rollinat, pêcheur de truites » d’Adolphe Brisson.

(…)
En devisant, nous avons fait un détour qui nous ramène à notre point de départ. La chaumière aux volets verts nous apparaît dans un bouquet de verdure. Sur le seuil, un boule-dogue est assis entre six ou sept matous.

– Hélas ! soupire Rollinat, mon pauvre chien Pistolet et mon chat Tigreteau ne sont plus. Leur perte m’a causé un gros chagrin. Je n’en suis pas consolé. Il m’a fallu leur chercher des successeurs.

Les successeurs de Tigreteau et de Pistolet se sont écartés devant leur maître, et nous sommes entrés dans la maison.

(…) Par l’huis entrebâillé, un rayon se glisse et caresse l’échine du successeur de Pistolet qui sommeille, couché en rond, et l’échine des six successeurs de Tigreteau, qui ronronnent. (…)

 

– Les Annales Politiques et Littéraires, n° 1062, du 1er novembre 1903, pages 274 et 275
« Notes de la semaine – La folie littéraire » par Le Bonhomme Chrysale
(pseudonyme utilisé par Adolphe Brisson).

(…)
de vieux camarades venaient rendre visite [à Maurice Rollinat]. Il leur répétait volontiers : – Que me manque-t-il ? J’ai du bois, l’hiver, pour me chauffer. J’ai des arbres, l’été, pour me tenir au frais. Mon chat Tigreteau, mon chien Pistolet me regardent travailler. Je m’absorbe en ma besogne. Quelle douceur !… Ma plume, mon papier, mon piano… Autour de moi, le silence. Que faut-il de plus ?
(…)

 

– Le Journal, 1er novembre 1903.
Lucien Descaves, « L’évadé ».

(…) Quelques années après, quand j’allai le voir à Fresselines, il était guéri de Paris, radicalement guéri.

Je passai là une semaine inoubliable. Chaque jour, Rollinat sifflait ses chiens, la Margot, Pistolet et Petit-Loup, et s’en allait à la pêche, pêche à la truite, au brochet, à l’anguille… ou aux rimes. Car il ne travaillait qu’en plein air. Capable de longues stations, dans l’attente du poisson, aux bords de la Creuse, il n’avait jamais pu s’astreindre à noircir du papier, le derrière sur une chaise, entre quatre murs. La ligne du pêcheur était moins lourde à sa main qu’une plume.
(…)

 

– Lettre d’Eugène Alluaud à Raoul Lafagette, datée du 6 novembre 1903 (collection particulière).

(…)
C’est volontiers que je vous envoie les tristes renseignements que vous me demandez. Voici :

Il y a environ trois mois ou trois mois et demi Cécile a été mordue a-t-elle dit aux uns, léchée a-t-elle dit aux autres par son petit chien bull-terrier noir Thopsey que vous connaissiez sans doute – à nous elle avait écrit que ce chien ayant des allures louches elle l’avait mis en observation et fait examiner par un vétérinaire.

Ce vétérinaire aurait affirmé que le chien n’était nullement enragé mais simplement atteint de fureur venusiaque et qu’il fallait le laisser libre et reprendre ses habitudes. On laissa donc l’animal se promener librement. Or un soir, à table, pendant le dîner, Cécile ayant remué ses pieds le chien s’est précipité sur son sabot. A-t-elle été mordue ou non, elle ne l’a jamais dit à personne ; elle m’a simplement écrit que le chien s’était précipité sur son pied chaussé d’un sabot. Thopsey étant de nature très caressante, aimante même pour sa maitresse, ce fut un coup de théâtre affreux car à dater de cet instant les soupçons devinrent presque une certitude. Evidemt le chien était enragé – on le fit abattre et le cerveau fut envoyé à l’Institut Pasteur. –

L’Institut ne put pas paraît-il se prononcer de suite.
(…)

 

– Gustave Geffroy, « Maurice Rollinat (1846-1903) », Revue universelle n° 99 du 1er décembre 1903, pages 617 à 626.

(page 624) (…)

Tous ceux qui ont passé par la petite maison de Fresselines garderont fidèlement le souvenir des hôtes qui les ont accueillis. Maurice Rollinat est pour jusqu’à la fin dans leur mémoire, avec la gaieté, l’inattendu, l’éloquence haute et la cocasserie extraordinaire de sa conversation lorsqu’il présidait la table du déjeuner et du dîner, servant à la fois convives, (page 625) ses chiens, ses chats et le petit cheval qui passait la tête par la fenêtre et parfois entrait, lui aussi, dans la salle à manger. (…)

 

– J. Pierre, Le vrai ROLLINAT (Revue de la Presse), Librairie Léon Vanier, éditeur, Paris, 1904, 63 pages

(page 4)

(…)
Cette acquisition l’enchantait : il ne put résister au désir de m’en exprimer sa joie et ses remerciements à nouveau ; il m’écrivait : « La mignonne voiture a été fort bien réparée par Auchaine, et le coup de peinture qu’il a su lui donner la rend toute pimpante. Elle va comme un gant à mon petit cheval qui n’attend que la belle saison pour nous brouetter de son mieux. »
(…)

 

– Maurice Rollinat, Les Bêtes, poésies, Bibliothèque Charpentier, E. Fasquelle, 1911, 234 pages

(pages 113 et 114)

MORT DE PISTOLET

Mon fidèle partout, sûr en toute saison,
Par qui je ruminais des chimères meilleures,
Ma vraie âme damnée, humble à toutes les heures,
Mon ami des chemins comme de la maison.

Mon veilleur qui, pour moi, faisait guetter son somme,
Qui, par sa tendre humeur, engourdissait mon mal,
M’offrant sans cesse, au lieu du renfermé de l’homme,
Dans ses bons yeux parlants, son âme d’animal.

Il repose à jamais là, mangé par la terre,
Mais je l’ai tant aimé, d’un cœur si solitaire,
Que tout son cher aspect, tel qu’il fut, me revient.

L’appel de mon regret met toujours à mes trousses,
Retrottinant, câlin sous ses couleurs bruns-rousses,
Le fantôme béni de mon pauvre vieux chien.

 

(page 219)

Petit-Loup (le chien de Bel-Air), fidèle à sa consigne, emmenant et ramenant les bœufs à l’heure, incorruptible, intentable.

 

(page 220)

Mon chien Pistolet. Son comique. Exprimant ses réussites ou sa déception par le triomphal ou le penaud de sa face. Étant arrivé par l’habitude et la volonté dans l’endurance à manger la soupe bouillante pour – ayant en un clin d’œil lapé la sienne – engloutir avant qu’elle fût suffisamment refroidie pour eux, les parts respectives de ses camarades. Vous lâchant dans sa pensée quand il se décide à vous suivre, pris de paresse, en goût de manger de la charogne ou de polissonner avec les chiennes, ayant alors l’œil si atone, la tête et la queue si basses, le trottinement si préoccupé qu’on sent très bien qu’il ne vous accompagne un peu que pour la forme et qu’il guigne l’endroit favorable d’où, le plus tôt possible, il va pouvoir s’esbigner ; aboyant après la borne kilométrique, vue pour la première fois, et pissant contre elle quand après observation il a reconnu que cet épouvantail n’était qu’une pierre.

 

– Gustave Geffroy, Claude Monet – Sa vie, son temps, son œuvre (Les éditions G. Crès et Cie, Paris, 1922, 362 pages)

(page 287)

(…)
Il y revint en effet, il passa à peu près trois mois, de mars à mai 1889, à Fresselines, logé à l’auberge, chez la mère Baronnet, avec son attirail de peintre, son amas de toiles, prenant ses repas et passant ses soirées chez Rollinat. Le peintre et le poète devinrent deux amis. Ce furent pour tous deux des jours inoubliables, et je ne vois guère Monet sans que ce souvenir soit rappelé. Et aussi, qu’on prenne ceci au sérieux, sans qu’un autre souvenir se mêle à celui-là, celui d’un des chiens de Rollinat, Pistolet, qui avait adopté Monet, qui ne le quittait pas un instant, le suivant au « motif », restant auprès de lui à la fois pour le protéger, le défendre, et lui tenir compagnie, le reconduisant chaque soir à l’auberge, et revenant chaque matin, à l’heure dite, se coucher sur le paillasson en attendant son nouvel ami. La mémoire de Monet resta en cette bête fidèle, et toujours, Monet parti, lorsque Rollinat prononçait son nom : « Où est-il, ce monsieur Monet ? », Pistolet dressait les oreilles, s’agitait, sautait, jappait en pleurant. La bête sensible (page 288) méritait l’oraison funèbre, si belle, que Rollinat écrivit à sa mort et qui a été recueillie dans son livre des Bêtes :
(…)

(page 289)

(…)
On s’amusa longtemps dans le pays des inventions du peintre de Paris : ne s’était-il pas avisé, pour terminer le portrait du vieil arbre dont les branches s’étendaient au-dessus de la rivière, de faire enlever les pousses vertes qui commençaient à illuminer le vieux squelette toujours prêt au renouveau ! Et pour ne pas perdre de temps, n’avait-il pas fait venir le coiffeur pour lui couper les cheveux sur place, pendant que Pistolet, gravement assis, contemplait la scène !
(…)

 

– Lucien Descaves, « Claude Monet et son œuvre », Le Journal du 6 novembre 1922, page 4.

(…)
Le beau livre de Gustave Geffroy sur Claude Monet et son temps, illustré avec un parfait discernement, m’a rappelé tout cela ; il m’a rappelé le séjour que je fis dans la Creuse, chez Maurice Rollinat, peu de temps après le départ de Monet. Celui-ci s’était fait des amis dans le pays et parmi eux… Pistolet, l’un des chiens de Rollinat. Il accompagnait Monet partout, et il suffisait à Rollinat de dire, sans même regarder son chien : « Où est-il, ce monsieur Monet ? » pour que Pistolet dressât les oreilles et donnât des signes de la plus affectueuse agitation. Je ramenai un fils de Pistolet et il me fut bientôt volé ; et puis le père – je parle de Pistolet – mourut et Rollinat lui dédia un sonnet qui évoquait l’ami fidèle et regretté. Il est très touchant, ce sonnet, et Gustave Geffroy a eu raison de le reproduire dans son livre, car il nous fait entendre l’inflexion de la voix chère qui s’est tue : « Où est-il, ce monsieur Monet ?… »

 

– Mémorial Maurice Rollinat, Éditions du Gargaillou, 1927.
Pages 60 à 67, « Causerie de M. Alluaud ».

(page 62)

(…)
Pistolet, aux poils de biche, et la noire mère Margot sont là, sur le pas de la porte, aboyant à pleine gueule.

L’éveil est donné.

Madame Cécile accourt !

– Margot ! Pistolet ! Ici ! voulez-vous vous taire ! Mais Margot et surtout Pistolet nous ont reconnus, ils n’aboient plus ; ils jappent affectueusement en tortillant leur queue, que Rollinat qualifie de « baromètre de leur amitié ».
(…)

 

– Edmond Haraucourt, Mémoires – Des Jours et des Gens (Ernest Flammarion, Paris, 1946, 219 pages)

(page 132)

En remettant un peu d’ordre dans ma bibliothèque, ainsi que je fais chaque année, je m’attarde à jeter un coup d’œil sur les dédicaces ; souvent elles évoquent un passé déjà lointain, des camarades disparus, des jours inquiets ou joyeux. L’une d’elles, sur un volume que Léon Bloy publia en 1902, m’arrête : le redoutable protecteur de la religion catholique a écrit cette dédicace : « A Edmond Haraucourt, qui m’a sauvé la vie, il y a vingt ans, un jour où, sans lui, je me serais noyé dans la Creuse… » C’est ma foi vrai ! En 1882, nous étions partis tous les quatre, Maurice Rollinat et son chien Pluton, Léon Bloy et moi-même, pour passer ensemble une semaine dans la petite maison à volets verts que les parents de Maurice possédaient non loin de Nohant. Le site était sauvage à souhait et désagréablement peuplé de vipères. Sous chacune des pierres grises qui se chauffent au soleil et garnissent les pentes du rivage, on trouvait une de ces hi-(page 133)deuses petites bêtes lovée et toute prête à fuir ou à mordre. Rollinat leur parlait avec l’aménité d’un saint François d’Assise, mais Léon Bloy, à leur vue, verdissait de peur ; Pluton aboyait prudemment à un demi-mètre. Nous nous réfugiâmes dans l’eau, tandis que Rollinat, demeuré sur le bord, pêchait à la ligne. Tout à coup, trois cris qui ressemblaient à un triple aboiement tonnèrent entre les deux rives : « Boah ! Boah ! Boah ! » En me retournant, j’aperçus deux mains agitées hors de l’eau : Léon Bloy, qui ne savait pas nager, venait de tomber dans un trou. J’eus le temps d’arriver à lui, en glissant sous l’eau, et de l’empoigner par les chevilles, car je redoutais ses poignes affolées qui n’auraient pas manqué de se cramponner à moi et de me paralyser. Quand j’eus ramené en lieu sûr ce colosse velu d’où pendaient des stalactites de mucosités et des mèches de cheveux noirs, je n’en pus tirer d’abord que des éructations mêlées au monosyllabe qu’un général français rendit célèbre à Waterloo. Enfin, il put articuler trois mots dont l’association, en d’autres circonstances, lui eût semblé blasphématoire, mais qui, pour l’instant, n’exprimait que son soulagement « N. de D. ! » En même temps, il promenait sur l’univers, y compris moi-même, des regards furieux.
(…)

(page 134)

Bloy se savait persécuté par le Diable. En cela, il tombait d’accord avec notre hôte, bien que leur conception du Malin ne fût pas tout à fait la même : le Diable de Léon Bloy était celui des Ecritures, et le Satan de Rollinat celui de la littérature. N’importe, ils s’entendaient, et le soir, au coin du feu (car les (page 135) nuits étaient fraîches, en cette maison ordinairement inhabitée), leurs convictions ne tardaient guère à prendre une tournure fantastique qui peuplait l’ombre et la pénombre de fantômes hostiles. Sur le coup de minuit, je crois bien qu’un peu de folie rôdait dans l’atmosphère. J’ai même gardé de ces veillées un souvenir assez troublant, car la folie de l’homme est contagieuse à l’homme ; si bien qu’au bout de quelques heures l’unique personnage demeuré sain d’esprit était sans doute le chien Pluton, qui couché entre nos pieds, cuisait sa truffe aux flammes du foyer.

 

– Le Berry médical, 3ème trimestre 1951, pages 27 à 32.
Deux documents inédits concernant le poète Maurice Rollinat.

(page 29)

Voici maintenant les souvenirs d’E. Alluaud :

Écrit en 1926

– SOUVENIRS – QUELQUES NOTES SUR MAURICE ROLLINAT INTIME

(…)
– Ses chiens successifs : « Pistolet », « Paff », la « Mère Margot », « Thopsez ».

– Ses chats.
(…)

 

*
* *

 

Le chat vu par Maurice Rollinat

 

– Ruminations, proses d’un solitaire, Bibliothèque Charpentier, E. Fasquelle, Paris, 1904, 296 pages

(page 114)

(...)
Je grondais mon chat sans motif… Alors, il m’a longuement regardé, fixement, avec une profondeur d’étonnement tranquille ; puis, s’étant léché une patte, et lissé le cou, il a fermé les yeux, comme pour s’assoupir. Quel doux reprocheur de mon injustice aurait jamais eu, (page 115) avec autant de regrettante surprise, l’aménité de blâme, la pitié de mépris que je lus, pour ma plus grande confusion, dans le regard et la mimique de cette bête !
(...)

(page 270)

(...)
Le chat, quoi qu’on en dise, est très aimant, mais, comme il est réservé, fier, indépendant et soupçonneux de sa nature, il faut, pour ainsi dire, sortir de lui ses bonnes dispositions à votre égard, les aider, les gagner peu à peu, (page 271) provoquer l’éveil, la venue de sa sympathie, l’attirer, lui donner le goût, la confiance de vous la retémoigner davantage. Et cela, vous l’obtiendrez par beaucoup de prévenances d’amitié, surtout par une invariable égalité dans les compliments, les caresses, les attentions et les soins. Alors ainsi, vous aurez captivé son humeur, charmé sa suspicion, ensorcelé son naturel. Il aura l’abandon avec vous, il sera content de hanter votre présence ; à sa manière, il vous exprimera ses sentiments à lui, en y mettant aussi bien que tout le velours de ses griffes, tout l’affectueux râpement de sa langue rosette, tout l’exhalé de son cœur, dardé, si bénin, par la claire fixité de ses prunelles magnétiques – si fascinantes quand elles sont vertes ! – par toute la grâce et l’onduleuse douceur de son être discret, vous offrant sa petite âme de jolie bête élastique et mystérieuse.

Au contraire, il fuira toujours ceux qui lui auront fait un accueil louche, en n’ayant pas l’air de tenir à lui.
(...)

 

*
* *

 

Le chien vu par Maurice Rollinat

 

– Ruminations, proses d’un solitaire, Bibliothèque Charpentier, E. Fasquelle, Paris, 1904, 296 pages

(page 151)

(...)
Ne vous ayant jamais vu, ce chien vient de suite à vous, tout démonstratif de confiance, ou, s’il ne vous montre pas les dents, il se retourne, fait un détour pour vous éviter. A sa manière, de prime abord, il a jugé infailliblement vos sentiments à son égard, et si peu que vous ayez le sens des bêtes, vous vous en rendez parfaitement compte. Et pourtant, en bien comme en mal, de regard ou de geste, vous n’avez rien fait pour ou contre lui. Mais, de même qu’il renifle un relent, il a, pour ainsi dire, subodoré votre nature et ne s’est pas trompé sur ses débonnaires ou peu indulgentes dispositions. Lui, auquel vous refusez une âme, serait donc, en fait d’intuition morale, infiniment plus sagace que vous qui, si borgne de l’instinct, si aveugle de la raison, n’ayant foi qu’aux apparences, prenant vos antipathies pour des flairs de pré-(page 152)caution, ne sentez jamais l’ennemi possible sous les dehors qui vous attirent, les façons qui vous plaisent et les paroles qui vous flattent.
(...)

(page 217)

(...)
A ce criminel maudit par lui-même autant que par ses semblables, un être reste immua-(page 218)blement tendre et dévoué : son chien ! Évidemment, disons-nous, parce que cet animal n’a pas de conscience. Encore n’en sommes-nous pas bien sûrs ! Mais, le parfait honnête homme, demeuré fidèle comme le chien à la personne la plus coupable, n’a-t-il pas, lui, au contraire, une conscience infiniment plus humaine, puisqu’il arrive à se neutraliser devant la nature, à s’y résigner comme les choses, à accepter le mal originel, à excuser la fatalité, en fondant la clairvoyance et le blâme de sa justice dans l’apitoiement de son amour et l’humilité de son cœur !
(...)

 

 

(NB : Ne figurent pas dans cette recherche les travaux des biographes de Maurice Rollinat comme Émile Vinchon, Hugues Lapaire ou Régis Miannay.)