3èmes RENCONTRES LITTÉRAIRES
DANS LE JARDIN DES PRÉBENDES

Vendredi 3 août 2001, de 17 h 30 à 19 h

 Maurice MAETERLINCK

hôte de la Touraine

Portrait de Maurice MAETERLINCK, dessiné par Catherine RÉAULT-CROSNIER

 

Maurice MAETERLINCK est un écrivain belge de la fin du XIX° et du début du XX° siècle.

Pourquoi parler de Maurice MAETERLINCK en tant qu’hôte de la Touraine ? Il est vrai que cet écrivain a beaucoup voyagé à travers le monde mais la Touraine a été pour lui, une terre d’accueil pour un temps de repos. Il était alors invité au château de COUDRAY-MONTPENSIER par ses beaux-parents lorsque sa vie conjugale devenait intolérable pour lui, à Bruxelles. Il y venait pour s’y ressourcer paisiblement avant de reprendre les rênes de sa vie trépidante.

C’est un écrivain paradoxal par le fait que son nom est connu mais que peu de gens ont lu ses œuvres. Si ses celles-ci furent très appréciées de son temps, un autre paradoxe actuel est que ses livres sont pratiquement introuvables en dehors des bibliothèques. S’ils sont épuisés, ils ne sont pas réédités. Les membres de la fondation MAETERLINCK de Gand, qui gardent son souvenir, le regrettent de même.

Maurice MAETERLINCK mérite pourtant de sortir de l’oubli et je vais essayer de vous faire partager mon enthousiasme devant cet homme de lettres dont le pluralisme littéraire est étonnant. Avant d’aborder son œuvre, parlons de lui.

 Pendant la lecture de la rencontre sur Maurice MAETERLINCK, le 3 août 2001

Catherine RÉAULT-CROSNIER et le groupe de lecteurs : Guy BACQUIÉ,
Patrick BÉCAVIN, Jean-Jacques ARVERS, Claire CROSNIER et Jacqueline LEMAÎTRE.

Son portrait :

Guy Marie OURY, dans son livre « La Touraine au fil des siècles - Le pays de Chinon », nous le décrit ainsi :

« Il a une carrure d’Hercule, des cheveux de sanglier, la voix rauque et une petite pipe noire ».

Étrange description pour un homme mais qui correspond bien à la réalité puisque MAETERLINCK est selon Paul GORCEIX « assez grand, les épaules carrées, la moustache blonde coupée presque ras ». Il avait « les traits réguliers, le rose juvénile aux joues et les yeux clairs. Il réalise le type flamand. Cela joint à ses manières très simples, à son allure plutôt timide, sans geste mais sans embarras, provoque tout d’abord un sentiment de surprise très agréable (...) Mais ce charme a son revers, il ne parle pas ... très simplement ... comme d’autres parlent ... » (Extraits de la préface de Serres chaudes).

RODENBACH (1855 - 1898) poète belge contemporain de MAETERLINCK, qui a écrit des recueils symbolistes (Les vies encloses) et des romans (Bruges la Morte), nous en fait le portrait suivant :

« Il a les cheveux courts, le front proéminent, la figure durement modelée, tout en indiquant la volonté, la décision, l’entêtement ».

« Il est jeune et a un appétit féroce de dépense physique. Il fait des haltères, il patine l’hiver, fait du vélo tous les jours. Derrière son apparente puissance, il y a le plus sensible et le plus délicat des hommes, timide aussi et effrayé par le fracas de la grande ville ce qui explique qu’il était incapable de dire trois mots à un journaliste à 28 ans » mais sa sensibilité à fleur de peau lui a permis de créer des œuvres émouvantes et de grande force poétique. « Il avait un regard d’eau et une petite voix fluette ».

C’était aussi un « homme boudeur, qui tirait au fusil pour écarter les visiteurs indésirables ou sur sa chatte dont les miaulements le gênent (il la tue d’ailleurs d’un coup de pistolet entre les deux yeux). C’était un drôle de personnage capable de faire Paris-Gand en motocyclette pour aller manger chez sa mère parce que sa compagne Georgette LEBLANC ne sait pas cuisiner et qu’il a impérativement besoin de trois gros repas par jour » (Extraits du journal « Le Monde » du 11 février 1997, article de Brigitte SALINO).

Il était obnubilé par les armes à feu. À Orlamonde, au soir de sa vie, il attend le crépuscule dans une grande salle vide, assis sur un trône, une mitraillette sur les genoux. Il sort la nuit autour de son palais accompagné de ses chiens molosses qui portent les noms diaphanes des personnages de son premier théâtre et il tire sur les ombres (scène racontée par sa compagne Georgette LEBLANC).

C’était un homme passionné par le petit monde d’en bas, en particulier les abeilles, les fourmis, les termites. Il s’intéressait aux sciences de l’au-delà, aux pratiques médiumniques, aux songes, au spiritisme.

Après avoir esquissé son portrait, parlons de sa vie.

 

Sa biographie :

Maurice MAETERLINCK est né à Gand, le 29 août 1862, dans une famille flamande de la riche bourgeoisie, éprise de langue et de culture françaises. Il aura très tôt des goûts littéraires, dès les écoles maternelle et primaire.

Dans son enfance, il partage son temps entre des institutions en rapport avec sa condition sociale et la propriété d’OOSTAKKER, d’où il peut apercevoir les paquebots qui remontent le canal GAND-TERNEUZEN. Il va ensuite au collège Sainte-Barbe, tenu par des jésuites.

À partir de 1881, il mène à Gand, des études de droit sans enthousiasme et devient avocat mais il préfère ses loisirs : le sport (canotage, bicyclette, patinage, boxe), le jardinage et l’apiculture. Il publie ses premiers poèmes dans « La jeune Belgique ».

En 1885, il obtient son diplôme de docteur en droit . Il rencontre RODENBACH et découvre les textes du mystique flamand RUYSBROECK l’Admirable, qu’il traduira six ans plus tard.

En 1886, il va à Paris. Au lieu de suivre les plaidoiries de grands avocats -prétexte de son séjour d’études-, il rencontre de jeunes écrivains autour de VILLIERS DE L’ISLE-ADAM qui l’a beaucoup influencé. Il côtoie aussi Théodore de BANVILLE qui était le protecteur de jeunes écrivains.

À vingt-cinq ans, il écrit un essai « Le massacre des Innocents » d’après un tableau de BRUEGEL. Il n’est plus simplement poète mais aussi essayiste.

En 1889, il publie « Serres chaudes », ensemble de poèmes. Par un hasard étonnant, il a le même éditeur que VERLAINE. Il collabore à de nombreuses revues d’avant-garde ce qui l’amène à interrompre sa carrière d’avocat.

En 1889 également, il publie « La princesse Maleine » qui est une pièce de théâtre ; son talent d’écrivain s’est diversifié puisqu’il devient alors aussi dramaturge. Émile VERHAEREN et Stéphane MALLARMÉ lui rendent hommage ainsi que des écrivains tourangeaux puisque René BOYLESVE analysera cette œuvre dans une revue littéraire.

En 1892, il écrit une autre pièce de théâtre « Pelléas et Mélisande » qui aura beaucoup de succès. DEBUSSY l’utilise comme livret pour son opéra.

En 1894, il écrit « La mort de Tintagiles », de la même veine littéraire.

En 1895, il rencontre Georgette LEBLANC avec laquelle il vivra jusqu’en 1918. Celle-ci est la sœur du père d’Arsène LUPIN, Maurice LEBLANC. Elle était actrice célèbre et chanteuse ; elle aimait à se parer en ville, d’un gros diamant sur le front.

Il voyage en Angleterre. En 1896, il publie son premier essai philosophique, « Le trésor des humbles » ainsi qu’un recueil de poèmes, « Quinze chansons ».

En 1901, il publie « La vie des abeilles ». Ce livre le fera connaître du grand public et sera vendu dans le monde entier. À partir de ce moment, MAETERLINCK associera la nature à sa recherche d’une philosophie de vie. Dans le même état d’esprit, il publie en 1907 « L’intelligence des fleurs » qui paraît chez Fasquelle.

En 1907, il s’installe dans l’ancien monastère bénédictin de Saint-Wandrille, près d’Yvetot en Seine-Maritime.

En 1909, il fait éditer « L’oiseau bleu » pour lequel il obtiendra le prix Nobel de littérature en 1911.

Des amis lui proposèrent de se présenter à l’Académie française, la condition exclusive étant qu’il devienne français. Il n’a jamais voulu renier sa nationalité belge.

En 1914 et 1915, il part en tournée en Italie pour faire des conférences. Il est profondément traumatisé par la déclaration de guerre ; il veut s’engager mais sa compagne, Georgette LEBLANC, l’en dissuade. Il mène alors une activité de propagande en faveur de la Belgique. Il plaide pour l’universalisme, menacé par la folie nationaliste.

En 1916, il prend position contre l’Allemagne dans un livre « Débris de guerre ».

En 1919, il achète le château de Medan dans lequel le propriétaire actuel, Monsieur Jean-Baptiste AUBIN de MALICORNE entretient le souvenir de MAETERLINCK.

La même année, à cinquante-sept ans, il épouse Renée DAHON, jeune fille de vingt-six ans, comédienne, née à Nice, le 18 décembre 1893. C’est la fille de Joseph Félix DAHON et de Marie-Rose MALACRIA, propriétaire de 1926 à 1930, du château de COUDRAY-MONTPENSIER qui domine la Devinière. MAETERLINCK séjourna dans cette demeure.

Malgré sa célébrité, il pense qu’il n’a encore écrit qu’une partie de son œuvre, peut-être la moindre ; il rêve de concevoir des écrits philosophiques et scientifiques de portée universelle.

En 1920, le Roi des belges le désigne comme l’un des membres fondateurs de l’Académie royale de langue et de littérature française. Maurice MAETERLINCK privilégie de plus en plus dans ses écrits, la philosophie et les sciences dans un désir de recherches métaphysiques et métapsychiques : il écrit en 1925 « Le malheur passe », en 1926 « La vie des termites », en 1928 « La vie de l’espace », en 1929 « La grande féerie », en 1930 « La vie des fourmis »...

En 1932, le Roi Albert Ier de Belgique lui confère le titre de comte.

En 1940, il écrit à New York, une pièce de théâtre en douze tableaux « Jeanne d’Arc » qu’il dédicace ainsi : « À ma femme en qui s’incarne la Jeanne d’Arc que j’ai essayé de ressusciter ». Cette pièce ne sera publiée qu’en juin 1948 et tirée à 1210 exemplaires.

Grand voyageur, il se rend au Portugal puis se fixe à New York. Il continue d’écrire, en particulier « L’autre monde » en 1942.

En 1947, il revient à Orlamonde dans la propriété qu’il avait achetée en 1932 à Nice. Orlamonde est un casino fantastique et inachevé qui surplombe la mer. Défendu par des colonnades et des parfums de fleurs, l’auteur poursuit devant la mer, sa perpétuelle interrogation du destin. Il reçut là, de nombreux amis dont Consuelo de SAINT-EXUPÉRY avec son mari Antoine de SAINT-EXUPÉRY qu’elle surnomme « Tonio ». Elle raconte cette entrevue dans son livre « Mémoires de la rose » :

« Je le vois encore dans le palais d’Orlamonde, dans la salle de cristal et de marbre. Tonio était d’une beauté romaine. Près de deux mètres taillés droit vers le ciel, et pourtant léger, comme un oiseau. Il levait ses mains qui tenaient une énorme coupe de cristal (…) Maeterlinck était conquis, charmé même. »

Cette propriété a été rénovée et transformée en hôtel de luxe, l’hôtel Maeterlinck (dont l’adresse est 30, boulevard Maurice Maeterlinck, 06300 NICE). Il se trouve entre le port de Nice et la route côtière de Villefranche.

En 1948, Maurice MAETERLINCK écrit « Bulles bleues », livre dans lequel il nous confie les souvenirs heureux de son destin extraordinaire. Il aura écrit jusqu’à la fin de sa vie puisqu’il meurt dans sa quatre-vingt septième année, le 5 mai 1949 à Nice.

Il est nommé grand officier de la Légion d’honneur et à ce titre, la France réserve à ce citoyen belge des funérailles officielles.

Maurice MAETERLINCK est un écrivain prolifique, comme en témoigne cette petite biographie dans laquelle je n’ai pas cité tous les livres qu’il a écrits mais seulement les principaux. Cependant la quantité produite n’enlève en rien à la qualité.

Après avoir résumé sa vie, regardons son œuvre.

 

Son œuvre :

 Maurice MAETERLINCK a débuté comme poète ; ses premiers écrits publiés à vingt-six ans sont intitulés « Serres chaudes ». Il gardera ensuite cette ambiance poétique dans toutes ses œuvres, quelles soient dramatiques ou philosophiques. Dramaturge de qualité, il sait émouvoir jusqu’au tréfonds de l’âme. Essayiste et philosophe, il extrait des réflexions très pertinentes simplement en regardant la nature. Peu à peu, ses œuvres tendent vers la métaphysique comme avec « La vie dans l’espace », « La grande loi », « Devant Dieu » mais ses écrits restent toujours d’un abord facile.

Essayons de dégager plus précisément l’art de cet auteur, en analysant quelques-uns de ces ouvrages.

Tout d’abord, dans le livre « Serres chaudes », Maurice MAETERLINCK présente un recueil à deux facettes, l’une composée de trente-trois poèmes en vers réguliers et l’autre de huit poèmes en vers libres. Les vers libres constituent une progression vers une émancipation de toute contrainte. Le titre à lui seul, peut surprendre ; il a été choisi par l’auteur en souvenir de sa ville natale, Gand, qui est un lieu d’horticulture et surtout de floriculture et là-bas, les serres, froides, tempérées et chaudes y abondent.

On trouve dans ce recueil, des connotations baudelairiennes, un monde clos, immobile et luxuriant qui n’est pas sans nous rappeler dans « Les fleurs du mal », « L’invitation au voyage » de BAUDELAIRE :

« Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble ... ».

Cette similitude s’arrête là car avec MAETERLINCK, le mystère de la vie profonde, l’intuition de l’inconnaissable dominent. Voici l’écrivain des profondeurs de l’âme et le livre « Serres chaudes » contient en lui-même déjà l’évolution des écrits du poète dans le temps vers le moi transcendantal, la philosophie, la métaphysique. Maurice MAETERLINCK cherche à rejoindre le circuit cosmique et s’y immerge. Il nous parle « des caresses du ciel, du calme vert, des meutes de ses songes, de la lune dont son âme est pleine, de sa soif sans étoiles ». La lune est sa confidente comme dans « Ronde d’ennui » :

« Je chante les pâles ballades
Des baisers perdus sans retour !
Sur l’herbe épaisse de l’amour
Je vois des noces de malades.

J’entends des voix dans mon sommeil
Si nonchalamment apparues !
Et des lys s’ouvrent en des rues
Sans étoiles et sans soleil.

Et ces élans si lents encore
Et ces désirs que je voulais,
Sont des pauvres dans un palais,
Et des cierges las dans l’aurore.

J’attends la lune dans mes yeux
Ouverts au seuil des nuits sans trêves,
Afin qu’elle étanche mes rêves
Avec ses linges lents et bleus. »

Il aime utiliser les couleurs (en particulier le bleu est sa couleur préférée) pour traduire ses impressions un peu comme RIMBAUD dans son poème « Voyelles » où cet auteur associe aux voyelles des impressions colorées. MAETERLINCK nous parle de « l’ennui bleu », « des songes lilas », « des chairs rouges de l’orgueil » », « des serpents violets des rêves », « de la mystique prière blanche ». MAETERLINCK cherche à colorer ses poèmes un peu comme un peintre, pour traduire le monde de l’âme, le souvenir, le rêve.

On trouve aussi des images fantastiques qui ne sont pas sans rappeler des tableaux anciens comme les « Tentations de Saint Antoine » de BRUEGEL que MAETERLINCK admira beaucoup. Dans son poème « Tentations », il nous parle par exemple des « glaives bleus des luxures ».

La succession d’images hétéroclites, insolites, absurdes, nous transmet les visions du poète, lourdes de l’incohérence de la vie et donc génératrices d’angoisse mais en même temps riches d’innovation. Il nous dit dans le poème « Désirs d’hiver » :

« Je pleure les lèvres fanées » ;

dans « Visions » :

« Je vois sous mes paupières closes,
Les corbeaux au milieu des roses ».

Le contraste est saisissant autant pour ses couleurs que pour l’opposition des mots, corbeaux et roses. MAETERLINCK sait trouver des images frappantes et neuves. C’est un magicien des mots ; il écrit en 1889 dans La revue générale :

« Les mots ont été inventés pour les usages ordinaires de la vie et ils sont malheureux, inquiets et étonnés comme des vagabonds autour d’un trône lorsque de temps en temps quelque âme royale les mène ailleurs. »

Maurice MAETERLINCK veut nous suggérer l’ineffable et renouveler les mots même les plus ordinaires pour leur donner des aspects inconnus, comme par exemple, quand il nous parle de « l’âme pâle d’impuissance », « de l’âme pâle des sanglots ».

Dans « Serres chaudes », MAETERLINCK nous montre déjà sa puissance d’écrivain en créant une atmosphère féerique, métaphysique qui incarne aujourd’hui le symbolisme belge.

Dans son second recueil de poèmes, « Quinze chansons », l’auteur part en quête d’un art primitif comme c’était le goût de l’époque mais c’est aussi pour lui, le plaisir de retrouver de vieilles complaintes, pour libérer l’inconscient de l’imagination. Il aime toucher aux thèmes existentiels avec une connotation lyrique comme il le fera dans ses futures pièces de théâtre. Voici la quinzième chanson intitulée « Cantique de la vierge dans « Sœur Béatrice » » :

« À toute âme qui pleure,
À tout péché qui passe,
J’ouvre au sein des étoiles
Mes mains pleines de grâces.

Il n’est péché qui vive
Quand l’amour a parlé,
Il n’est âme qui meure
Quand l’amour a pleuré…

 Et si l’amour s’égare
Aux sentiers d’ici-bas,
Ses larmes me retrouvent
Et ne se perdent pas..
. »

Sa première pièce de théâtre, « La princesse Maleine » lui attire la notoriété. Cette pièce plaît au public. MAETERLINCK nous parle à travers des arguments insignifiants, de l’absence d’action, de personnages inconsistants, d’un univers de rêve. Une correspondance subtile entre les êtres et l’univers reflète le destin des âmes comme l’angoisse de la princesse Maleine qui pressent l’avenir, la mort qui approche :

« Oh, la triste chambre qu’ils m’ont donnée ! (Il tonne) Je ne vois que des croix aux lueurs des éclairs ; et j’ai peur que les morts n’entrent par les fenêtres. Mais quelle tempête dans le cimetière ! et quel vent dans les saules pleureurs ! (Elle se couche sur son lit.) Je n’entends plus rien maintenant ; et la lune est sortie de ma chambre. Je n’entends plus rien, maintenant. Je préfère entendre du bruit. (Elle écoute.) Il y a des pas dans le corridor. D’étranges pas, d’étranges pas… On chuchote autour de ma chambre ; et j’entends des mains sur ma porte ! (Ici le chien se met à hurler.) Pluton ! Pluton ! quelqu’un va entrer ! - Pluton ! Pluton ! Pluton ! ne hurle pas ainsi ! Mon Dieu ! mon Dieu ! je crois que mon cœur va mourir ! »

(fin de la scène III, Acte IV)

Cette histoire d’un amour impossible est en symbiose avec le crescendo tragique du monde extérieur par exemple : « La comète a l’air de verser du sang sur le château » et encore « le ciel est devenu noir et la lune est étrangement rouge », « le jet d’eau sanglote étrangement et pleure ». Le final est émouvant :

« Mon Dieu ! Mon Dieu ! que les morts ont donc l’air malheureux ! ... »

MAETERLINCK n’a jamais fini de nous étonner car son style est déroutant : il se produit peu d’actions, le spectateur vit dans l’attente de savoir et avec l’angoisse de pressentir une mort douloureuse. Il est intéressant de recueillir les impressions d’un contemporain de MAETERLINCK, René BOYLESVE, d’autant plus que celui-ci est tourangeau . Dans un article de la revue de la littérature moderne du 10 novembre 1890, René BOYLESVE nous confie ses impressions en particulier sur « La princesse Maleine ». Il dit « qu’il s’agit d’un chef d’œuvre » à part entière, que MAETERLINCK a « une puissante originalité », qu’il a « peint des créatures autant que possible humaines, afin qu’elles puissent bien ressentir le sentiment humain de la peur, dans un pays d’épouvante ». René BOYLESVE nous décrit le parallélisme de style entre MAETERLINCK et SHAKESPEARE, BAUDELAIRE, VILLIERS, HOFFMANN, POE mais il ne s’arrête pas à cette impression. Il reconnaît la valeur propre de MAETERLINCK et son talent ainsi que sa « simplicité à décrire un sujet » ce qui lui donne la « contenance naïve et saisissante des primitifs et un semblant de vraisemblance qui captive ».

Après « La princesse Maleine », parlons de « Pelléas et Mélisande » qui est une pièce de théâtre du même style. Même si on ressent l’influence de SHAKESPEARE (comme par exemple la fatalité, l’impossibilité d’accéder au bonheur et à l’amour, l’obsession de l’inconnu, les signes prémonitoires annonciateurs de la mort, ...), on retrouve les points forts de l’originalité de MAETERLINCK c’est-à-dire l’intériorisation des sentiments ainsi qu’une correspondance subtile avec l’univers qui devient le miroir de l’âme.

Ainsi Mélisande nous dit :

« Je vois une rose dans les ténèbres ».

Il faut en conclure qu’elle pressent son amour et sa fin tragique mais les mots ont une puissance bien supérieure avec ce sous-entendu.

Pelléas s’inquiète de celle qu’il aime :

« Tu as le visage grave et amical de ceux qui ne vivront pas longtemps ».

Cette réflexion n’annonce pas le futur mais entretient l’angoisse devant la fragilité de leur amour :

« PELLÉAS : Oh ! comme tu dis cela !… Ta voix ! ta voix… Elle est plus fraîche et plus franche que l’eau !… On dirait de l’eau pure sur mes lèvres !… On dirait de l’eau pure sur mes mains… Donne-moi, donne-moi tes mains… Oh ! tes mains sont petites !… Je ne savais pas que tu étais si belle !… Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau, avant toi… J’étais inquiet, je cherchais partout dans la maison… je cherchais partout dans la campagne… Et je ne trouvais pas la beauté… Et maintenant je t’ai trouvée !… Je t’ai trouvée !… Je ne crois pas qu’il y ait sur la terre une femme plus belle !… Où es-tu ? - Je ne t’entends plus respirer…

 MÉLISANDE : C’est que je te regarde…

 PELLÉAS : Pourquoi me regardes-tu si gravement ? - Nous sommes déjà dans l’ombre. - Il fait trop noir sous cet arbre. Viens dans la lumière. Nous ne pouvons pas voir combien nous sommes heureux. Viens, viens ; il nous reste si peu de temps…

 MÉLISANDE : Non, non ; restons ici… Je suis plus près de toi dans l’obscurité…

 PELLÉAS : Où sont tes yeux ? - Tu ne vas pas me fuir ? - Tu ne songes pas à moi en ce moment.

MÉLISANDE : Mais si, mais si, je ne songe qu’à toi…

 PELLÉAS : Tu regardais ailleurs…

(…)

Tu es si belle qu’on dirait que tu vas mourir… »

Cette pensée est étonnante pour un amoureux. Pelléas pressent l’avenir et nous frissonnons avec lui. En effet, Golaud, le mari de Mélisande, va tuer Pelléas et à peine toucher Mélisande mais le médecin constate :

« Ce n’est pas de cette petite blessure qu’elle peut mourir, un oiseau n’en serait pas mort ».

Et sa fille commente :

« On dirait que son âme a froid pour toujours ».

La petitesse de la blessure physique est sans commune mesure avec celle de l’âme et MAETERLINCK nous dit que, quand l’amour est mort, le corps ne peut survivre. Mélisande est plus fragile qu’un oiseau blessé, la comparaison est belle car la liberté a été touchée à travers l’amour. MAETERLINCK sonde les êtres, le combat de l’amour jusqu’au fond de l’âme.

Pelléas et Mélisande morts, les vivants restent là, hébétés, sans comprendre. MAETERLINCK s’exprime à la lisière du silence absolu, aux confins de l’indicible. Il veut frôler le langage de la mort :

« PELLÉAS : Nous ne pouvons plus rentrer ! - Entends-tu les verrous ! - Écoute ! écoute !… les grandes chaînes !… Il est trop tard, il est trop tard !…

 MÉLISANDE : Tant mieux ! tant mieux ! tant mieux !

PELLÉAS : Tu ?… Voilà, voilà !… Ce n’est plus nous qui le voulons !… Tout est perdu, tout est sauvé ! tout est sauvé ce soir ! - Viens ! viens… Mon cœur bat comme un fou jusqu’au fond de ma gorge… (Il l’enlace) Écoute ! écoute ! mon cœur est sur le point de m’étrangler… Viens ! Viens !… Ah ! qu’il fait beau dans les ténèbres !… »

Cette pièce de théâtre « Pelléas et Mélisande », a eu un tel succès qu’elle a occulté la singularité de pensée de l’auteur. L’opéra de DEBUSSY devint un triomphe. D’autres pièces de MAETERLINCK furent mises en musique comme « L’oiseau bleu ». Il y eut aussi l’extraordinaire poème symphonique de Sibélius SCHOENBERG en 1902. RACHMANINOV mit en musique « Monna Vanna » en 1906, Paul DUKAS, « Ariane et Barbe bleue » en 1907, HUMMERDINCK, « L’oiseau bleu » en 1910. Tout cela alors que l’écrivain ne s’intéressait pas à la musique ! Ce succès a biaisé son œuvre et il a été ensuite difficile de réhabiliter l’auteur rien que pour lui-même.

Certains metteurs en scène se sont attachés à réhabiliter les pièces de MAETERLINCK sans passer par l’opéra ; par exemple, Olivier WERNER a voulu monter « Pelléas et Mélisande » pour montrer que cet auteur existe par lui-même, sans DEBUSSY.

Pelléas n’est pas un livret, mais un poème dramatique, le poème d’un homme qui disait :

« N’oublions pas que nous sommes de la même substance que les étoiles. »

Dès 1895, Camille MAUCLAIR avait pressenti le tournant philosophique possible de son œuvre :

« Ce qu’il a esquissé présage un métaphysicien peut-être inattendu de l’Europe intellectuelle, un surprenant continuateur de la philosophe imagée et artiste de Caryle. »

MAETERLINCK veut nous parler de la mort ; dans son œuvre, en particulier dans « La mort de Tintagiles », il s’est intéressé à « la mort partout, la mort qui rêve ». Il ne veut pas que la mort soit cachée, il nous confie :

« Je voudrais me pencher sur l’instinct, en son sens de lumière, sur les pressentiments, sur les facultés et les notions inexpliquées, négligées ou éteintes, sur les mobiles irraisonnés, sur les merveilles de la mort, sur les mystères du sommeil où malgré la trop puissante influence des souvenirs diurnes, il nous est donné d’entrevoir, par moments, une lueur de l’être énigmatique, réel et primitif, sur toutes les puissances inconnues de notre âme, sur tous les moments où l’homme échappe à sa propre garde, sur les secrets de l’enfance, si étrangement spiritualiste avec sa croyance au surnaturel et si inquiétante avec ses rêves de terreur spontanée, comme si réellement nous venions d’une source d’épouvante ».

Il souhaitera aider les gens à franchir le pas vers l’au-delà et son livre « La mort » le fera excommunier.

Pour Claude REGY, MAETERLINCK apporte à notre fin de siècle ce qui lui manque :

« Un regard sur la mort, que le matérialisme triomphant refuse ; une dimension de l’esprit dont nous avons été coupés, et qui n’est pas dissociable du corps. »

MAETERLINCK nous rappelle qu’il y a de l’esprit dans la matière. Dans son livre « Le grand silence », il a écrit cette phrase extraordinaire :

« Un bloc de granit ou de quartz est aussi spirituel qu’une pensée de Pascal. »

Vers la fin de sa vie, MAETERLINCK a recherché l’unité cosmique dans la symbiose avec la nature. Il tend vers une analyse philosophique et mystique comme dans « Le grand secret », « La grande féerie », « L’autre monde » ou « Le cadran stellaire ». Il cherche à comprendre le monde à travers la nature comme avec « L’intelligence des fleurs », « La vie des fourmis », « La vie des abeilles »...

L’homme célèbre qu’il était, se pose, sans y pouvoir répondre, les questions essentielles.

Ces livres ont eu beaucoup de succès car ils sont d’accès facile et abordent le monde des sciences naturelles. Ils passionnent par la connaissance de la vie du microcosme et de sa proximité avec les réactions de l’homme. Dans le comportement des insectes, on retrouve des attitudes humaines. MAETERLINCK en conclut que toute existence individuelle n’a de sens que par sa subordination au grand tout.

MAETERLINCK a depuis sa jeunesse, aimé s’occuper des abeilles ce qui lui a facilité l’observation de celles-ci et la rédaction du livre « La vie des abeilles ». Il nous parle avec beaucoup de précision de leur vie comme par exemple :

« Dans la ruche, l’individu n’est rien, il n’a qu’une existence conditionnelle, il n’est qu’un moment indifférent, un organe ailé de l’espèce. Toute sa vie est un sacrifice total à l’être innombrable et perpétuel dont il fait partie. »

De ces observations, il tire des conclusions philosophiques :

« Il y a là l’esprit et la matière, l’espèce et l’individu, l’évolution et la permanence, le passé et l’avenir, la vie et la mort, accumulés dans un réduit que notre main soulève et que nous embrassons d’un coup d’œil ; et l’on peut se demander si la puissance des corps et la place qu’ils occupent dans le temps et l’espace modifient autant que nous croyons l’idée secrète de la nature, que nous nous efforçons de saisir dans la petite histoire de la ruche, séculaire en quelques jours, comme dans la grande histoire des hommes dont trois générations débordent un long siècle. »

MAETERLINCK ne se limite pas à la description minutieuse de la vie des abeilles, il nous livre ensuite ses pensées profondes qui sont des réflexions sur le sens de notre vie et de sa place dans l’univers et dans le temps.

À sa richesse de création, il faut ajouter une facilité d’expression qui rend sa philosophie accessible à tous, de part le biais des exemples concrets qu’il a puisés dans la nature.

« La vie des fourmis » est une œuvre de la même veine littéraire que « La vie des abeilles » mais elle nous intéresse à fortiori car MAETERLINCK a fait de nombreux séjours en Touraine pendant la période précédant la parution de ce livre c’est-à-dire entre 1926 et 1930. Il a pu ainsi extraire la « substantifique moelle » de son observation, un peu à la manière de Rabelais, je veux dire par là en humaniste. Peut-être aussi a-t-il relativisé ses problèmes de couple à l’échelle universelle et a-t-il réfléchi aux mystères de la vie ? Voici une phrase de ce livre qui exprime bien cette impression que j’ai ressentie :

« Il n’y a ni grand ni petit quand il s’agit des mystères de l’univers. »

Ses pensées profondes jouxtent d’autres pensées qui reflètent son caractère de chercheur scientifique qui analyse tout comme lorsqu’il dit :

« Les fourmis sont des hyménoptères aculéates, fouisseurs, vivant en société. »

Le terme « aculéate » vient du latin « aculeus » qui signifie aiguillon. Un aculéate est donc un insecte hyménoptère, qui porte un aiguillon venimeux à l’extrémité de l’abdomen.

MAETERLINCK nous incite à la même sagesse que les fourmis :

« Si puissantes, si bien armées, si redoutables qu’elles soient, ces fourmis pacifiques respectent généralement le bien d’autrui, n’abusent pas de leur force, évitent toute occasion, toute cause de conflit ... »

MAETERLINCK passe de la description au questionnement :

« Mais pourquoi, dès qu’il s’agit d’insectes, ne peut-il plus être question d’invention, de raisonnement, d’intelligence ? »

« Est-ce qu’un peu plus ou moins d’activité cérébrale change de fond en comble les lois de l’univers, de la justice et de l’éternité, assure l’immortalité ou la rend à jamais impossible ? »

À travers ces questions, MAETERLINCK nous aide à réfléchir à notre condition humaine et à ne pas négliger l’infiniment petit car il peut nous apprendre beaucoup. Il devient philosophe, empreint de sagesse. Il atteint une certaine sérénité qui n’est pas sans nous rappeler celle qu’il a dû éprouver en se ressourçant en Touraine, en contemplant la nature loin du bruit et des grandes villes, proche de l’univers en regardant le ciel de Touraine si souvent changeant et chargé de nuages. Sa pensée a pu vagabonder comme ces formes moutonneuses qu’il a contemplées, comme les bords des rivières ombragées, comme les charmes bucoliques aux alentours du château.

Dans son livre « Le pays de Chinon », Guy Marie OURY consacre à cet écrivain un chapitre intitulé « Les fourmis du COUDRAY-MONTPENSIER, Maurice MAETERLINCK ». Le révérend OURY nous confie que le livre « La vie des fourmis » doit beaucoup à la Touraine et aux heures tranquilles du COUDRAY. MAETERLINCK aimait ce château et a reconnu s’y être établi pour être mieux à même d’y découvrir le mystère des choses simples qui nous environnent. Il nous est facile de comprendre que ce cadre de vie favorisait la réflexion et a donc aidé MAETERLINCK à mettre en ordre ses idées pour ensuite rédiger son livre sur les fourmis.

Étonnante constatation aussi que celle de savoir que RÉAUMUR a observé pour la première fois en Touraine, le vol nuptial des fourmis au XVIII° siècle ! RÉAUMUR était un physicien et naturaliste français, né à La Rochelle. Il employa le microscope pour examiner la structure des métaux et étudia la trempe de l’acier. Il observa de plus la vie et les mœurs des insectes. Je ne peux pas m’empêcher de vous citer un extrait des pensées de cet auteur :

« Étant en route pour le Poitou, et me trouvant sur la levée de la Loire, assez proche de Tours, dans un des premiers jours du mois de septembre 1731, je descendis de ma berline, invité à me promener par la beauté du lieu, et par un air tempéré que la chaleur qu’il avoit faite pendant le reste du jour, rendoit très agréable. (...) Dans ma promenade, je vis beaucoup de petits tas de grains sablonneux et terreux élevés au-dessus des trous qui conduisoient les fourmis à leur habitation souterraine. Plusieurs de celles-ci se tenoient alors en dehors, elles étaient rouges ou plutôt rousses et d’une grandeur médiocre. (...) Sur cette belle levée où je me promenois avec plaisir, paroissoient en l’air dans des endroits peu éloignés les uns des autres de petites nuées de gros moucherons qui voloient très vite en tournoyant, et qu’on devoit soupçonner être ou des cousins, ou des tipules, ou des mouches papillonnacées ».

(Les tipules sont de grands moustiques inoffensifs pour l’homme).

Ce passage montre bien la minutie de description de RÉAUMUR tout à fait intéressante pour son époque. On peut supposer que MAETERLINCK a lu cet ouvrage mais il a créé une œuvre vraiment originale car il ne s’est pas limité à la description, il a su dégager à partir de faits concrets des pensées philosophiques jusqu’à présent non exprimées, en comparaison avec la nature côtoyée au château de COUDRAY-MONTPENSIER.

 

Le château de COUDRAY-MONTPENSIER :

Dans les années 1900, l’abbé L. BOSSEBOEUF, Président de la société archéologique de Touraine, édita un livre sur la vie seigneuriale en province dont le titre est « Le COUDRAY-MONTPENSIER ». Grâce à lui, on peut retracer l’historique de ce château.

Tout d’abord, il a recherché les origines du château et a pensé que son nom vient seulement de la désignation des essences forestières ce qui était habituel en ce temps-là et paraît assez logique. Par exemple Seuilly vient du latin Sulleium et Coudray de Codreium, en sorte qu’ils indiqueraient respectivement des endroits plantés de sureaux pour Seuilly et de coudriers pour Coudray. De même Faye est un lieu planté de hêtres, Chênaye de chênes, Cormeri de cormiers, Saulaye de saules, etc.

Depuis son origine, ce château a changé maintes fois de propriétaires. Une charte en 1255 cite ce domaine. Au XI° siècle, il appartenait à la puissante famille de Montsoreau ce qui confirme ses origines féodales. Au moment de la guerre de cent ans, il appartenait à la famille de Sainte Maure. En 1459, Louis, bâtard de Bourbon, propriétaire de Coudray, ayant vendu le fief de Montpensier qu’il possédait en Poitou, ajoute le nom de cette terre à celui de Coudray. Il était destiné à passer dans des mains princières et quasi-royales en la personne de Louis de Bourbon, fils bâtard de Jeanne de Bournan, légitimé en 1463 par Louis XI. Louis de Bourbon fut un protecteur éclairé des arts et le Coudray n’eut qu’à se féliciter des embellissements dont il fut l’objet. À la fin du XIV° et au début du XV° siècle, le Coudray est une maison fortifiée avec tours, douves, pont-levis.

En 1714, le Coudray était la propriété d’un gentilhomme de la maison de la Vallière. À son décès, il fut donné à Monsieur de La Motte-Baracé. Il appartiendra ensuite au marquis Jubel de La Motte-Baracé et à madame la marquise née d’Andigné.

Le château fut vendu de nombreuses fois au cours des siècles et bien qu’ayant subi de nombreuses transformations, il a gardé un aspect médiéval de part son chemin de ronde à mâchicoulis et ses douves. Il possède actuellement toute une partie du XV° siècle.

Le château a appartenu de 1926 à 1930, à Monsieur DAHON, beau-père de MAETERLINCK puis à la famille LATÉCOÈRE, célèbres avionneurs. L’association du COUDRAY-MONTPENSIER en fait ensuite l’acquisition. Depuis 1963, c’est un Institut Médico-Éducatif appartenant à la ville de Paris. Il est donc privé et ne peut se visiter.

*

* *

Maurice MAETERLINCK, hôte de la Touraine, est un écrivain de talent aux facettes variées. Ses pièces de théâtre ont surtout contribué à le faire connaître du grand public et personne ne peut rester insensible devant « La princesse Maleine » ou « Pelléas et Mélisande ».

Avec beaucoup de sobriété et de majesté, MAETERLINCK a su nous émouvoir au fond de l’âme même, comme le dit René BOYLESVE, « lorsqu’il s’agit d’un cauchemar magnifique de vérité et d’effroi ». Il nous confie de plus :

« Maurice MAETERLINCK a l’art de ne pas faire de grande distinction entre les hommes et les éléments. »

Au fur et à mesure de sa vie, il s’est rapproché de la nature et a semblé trouver une certaine paix à cette approche philosophique qui reste toujours d’une grande pureté poétique.

Si René BOYLESVE a fait les éloges du dramaturge, il a été dérouté par son style inventif, très moderne comme dans « Serres chaudes ». Il nous dit alors qu’il éprouve « une crainte mélancolique d’une grande mystification ».

MAETERLINCK était très innovateur pour son temps et René BOYLESVE a eu peur de se laisser abuser par son style surprenant. Avec du recul, il nous est plus facile d’apprécier à sa juste valeur, ces effets de mots qui proviennent principalement d’une imagination débordante à la recherche de toute nouveauté. MAETERLINCK a pris du plaisir à jouer avec les mots et nous ne pouvons que lui rendre hommage pour son audace, cette richesse d’inventivité.

Maurice MAETERLINCK, hôte de la Touraine, est l’écrivain de tous les possibles, poète d’avant-garde, dramaturge touchant les cordes de l’âme, essayiste philosophique qui peu à peu, a su donner à l’homme une approche cosmique de la vie.

Peut-être la Touraine lui a-t-elle permis d’atteindre à cette sérénité en poésie ?

MAETERLINCK a gardé un souvenir apaisant de ces séjours tourangeaux. J’espère avoir contribué à vous faire apprécier cet innovateur génial qui a toujours souhaité unir l’homme à l’univers.

 

Catherine RÉAULT-CROSNIER

Août 2001

 

Bibliographie :

ANDRIEU Jean-Marie, Maurice MAETERLINCK, Éditions Universitaires, Paris, 1962

BODART Roger, Maurice MAETERLINCK, Poètes d’aujourd’hui, Éditions Pierre Seghers, 1962

BOSSEBOEUF L. Abbé, LE COUDRAY-MONTPENSIER, Tours, Imprimerie Paul Bousrez, 1900

BOYLESVE René, Revue de la Littérature Moderne d’Auguste CHAUVIGNE et Alcide GUÉRIN; Bureaux, Paris, numéro 94, 10 novembre 1890

MAETERLINCK Maurice, La vie des fourmis, Imprimerie Berger-Levrault, Le livre de demain, Librairie Arthème Fayard, Paris XIV, 1953

MAETERLINCK Maurice, La vie des abeilles, Bibliothèque Charpentier, Fasquelle éditeurs, Paris, 1929

MAETERLINCK Maurice, Pelléas et Mélisande, éditions Labor,1998

MAETERLINCK Maurice, Pelléas et Mélisande, Fasquelle éditeurs, Paris

MAETERLINCK Maurice, Pelléas et Mélisande, Éditions Labor, Belgique, 1998

MAETERLINCK Maurice, Serres chaudes, Quinze Chansons, La princesse Maleine, Poésie Gallimard, 1983

OURY Guy Marie, La Touraine au fil des siècles, Le pays de Chinon, CLD, Chambray-lès-Tours, 1978

SAINT-EXUPÉRY Consuelo de, « Mémoires de la rose », Éditions Plon, 2000

SALENO Brigitte, journal « Le Monde » du 11 février 1997, « La réhabilitation d’un ogre rêveur »