"Mur de poésie de Tours" 2003Poètes français du passé

 

L’HOMME ET LA MER

 

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

 

Extrait de « Les fleurs du mal »

 

Charles BAUDELAIRE

(1821 - 1867)

 

 

Peinture à la cire de Catherine RÉAULT-CROSNIER, illustrant le poème L’HOMME ET LA MER de Charles BAUDELAIRE

Illustré par une peinture à la cire de Catherine RÉAULT-CROSNIER.

 

Écrivain français, né à Paris, Charles BAUDELAIRE exprime le tragique de la destinée humaine à mi-chemin entre le romantisme et le classicisme. Ses poèmes « Les fleurs du mal », « Petits poèmes en prose », et son œuvre critique « L’art romantique » sont à la source de la sensibilité moderne.