"Mur de poésie de Tours" 2002 - Poètes français du présent

 

LA ROSE FANTÔME

 

Musant dans le jardin, un soir, parmi les roses,
tristement je humais leur parfum vespéral.
Tandis que je goûtais le silence des choses,
il me sembla qu’un rêve, ombre ou reflet astral,
glissait sous les arceaux bleus de la roseraie.
Ce rêve avait ta grâce et ta légèreté.
J’ai voulu croire alors que cette ombre était vraie
et que tu revenais comme au dernier été.

Tu m’apparus si belle, â l’écoute des roses.
J’évitai de bouger, peur de t’effaroucher,
et devins le témoin d’amples métamorphoses.
Je vis ton cher visage en rose s’ébaucher,
ton corps se contracter en tige, et des pétales
sur des feuilles s’ouvrir avivant ton éclat.
Tes sœurs pour t’accueillir, dérobant les opales
des astres, en ornaient leurs robes d’apparat.

Tu cumulais en toi tout le charme des roses
Ophélia la belle aux chastes veloutés,
la rose de Damas et mille apothéoses,
arbustes et buissons, pleureurs polyanthés,
s’inclinaient devant toi, l’émouvante merveille.
Alors je m’approchai, pour te cueillir ? Non pas,
mais pour porter ma lèvre ainsi que fait l’abeille
sur ton cœur entr’ouvert, ensorcelant appas. (*)

Mais au bruit de mon pas je vis ma tendre rose
comme un fantôme, hélas, se fondre dans la nuit,
redevenir une ombre, et s’enfuir je suppose,
vers un étrange monde où nul amant ne suit.
Roses, je reviendrai vous voir au crépuscule.
Vous me parlerez d’elle et de ses airs d’enfant.
J’attendrai sa venue ... Oh, je suis trop crédule !
Roses, morte est ma mie ... Effeuillez-vous... au vent !

 

Michel FOUREST

59 Quai Branly – 75007 PARIS

 

(*) L’utilisation de ce singulier fut courante chez les grands classiques : Molière, La Fontaine, Corneille... entre autres.

 

Poète limousin natif de Limoges, juriste international, Médaille de vermeil de la Ville de Paris, multi-lauréat de la Société des Poètes Français.