"Mur de poésie de Tours" 2002 - Poètes français du passé

 

DÉLIE

 

CXLIV

 

En toy je vis, où que tu sois absente :
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.

Et si nature oultragee se sent

De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.

 

Maurice SCÈVE

(1501 - 1560 ou 1563 ?)

 

Né et mort à Lyon, Maurice SCÈVE est le plus pur représentant de la poésie de son époque. Psalmiste réputé, il a traduit en particulier deux psaumes de David. Il publia tout d’abord les « Blasons » puis en 1544, son œuvre majeure « Délie » qui est un poème d’espérance à la gloire du grand amour de sa vie, la poétesse Pernette du Guillet. Il a aussi écrit « La Saulnaye » et « Le Microcosme », long poème religieux et cosmologique. Humaniste platonicien, croyant en la vertu des nombres, il recherche les chemins initiatiques à travers l’exploration de l’âme et de l’inconscient.