DES LIVRES QUE J’AI AIMÉS

 

SAUVER ISPAHAN

de Jean-Christophe RUFIN,

 

Éditions Gallimard-Folio, 647 pages, 1998

 

Jean-Christophe RUFIN né en 1952 à Bourges, est un médecin voyageur au chevet des causes humanitaires. Son métier explique qu’il soit l’auteur de plusieurs essais consacrés à celles-ci et au Tiers-Monde. Ses romans plaisent et les prix continuent à pleuvoir autour de lui puisqu’il a aussi obtenu le prix Interallié en 1999 pour « Les causes perdues ».

« Sauver Ispahan » fait suite à « L’Abyssin » qui a eu le Goncourt du premier roman et le prix Méditerranée 1997. C’était un signe prémonitoire à l’adresse de son auteur, Jean-Christophe RUFIN, lui préparant le sillage du prix Goncourt 2001 avec « Rouge Brésil ». Mais entre temps, est paru « Sauver Ispahan » en 1998, roman de la même veine, l’histoire se déroulant vingt ans après « L’Abyssin », dans la même ambiance de galop de la vie, de tendresse, d’humour aussi car l’auteur pense à juste titre qu’il ne faut pas se prendre trop au sérieux.

Jean-Christophe RUFIN aime les sentences à l’allure de dictons ; elles jalonnent ses livres et lui permettent de faire passer des réalités que l’on oublie comme dans « Sauver Ispahan » :

« Il est plus facile de s’en prendre aux autres que de reconnaître ses propres faiblesses… » (p. 32)

ou bien

« Si le mendiant ne voyait pas de beurre dans ses rêves, il mourrait de faim. » (p. 446)

Oui, l’homme ne vit pas seulement de biens matériels mais a besoin de rêver :

« la vérité n’est pas pour les hommes. Quand même ils prétendent la découvrir ou la préserver, elle ne leur appartient jamais. Ils peuvent être son esclave. Ils la subissent, la répètent, s’en affligent et finalement s’y résignent. (…) Nous créons des mondes par le mensonge, nous donnons vie à ce qui n’existe pas. » (p. 626 et 627)

Jean-Christophe RUFIN a voulu rompre les chaînes, les jougs qui nous pèsent et larguer les amarres autant au sens figuré qu’au sens propre, en tant que voyageur. La femme a une place de choix et son amour n’exclut pas une soif de liberté comme l’auteur qui n’en est jamais désaltéré :

« Quelle femme, saisie si jeune par un amour heureux et qui ne s’est point interrompu, ne rêve-t-elle pas de retrouver, si peu que ce soit, l’émoi d’une première jeunesse encore inaccomplie, où la liberté ne consiste pas encore seulement à faire le bonheur d’un autre ? » (p. 78 et 79)

La femme avec toute sa sensibilité, est partagée entre l’amour et le rêve :

« « On ne peut montrer à une femme un bel homme qui pleure sans qu’elle pense : allons, je l’aurais mieux aimé, moi. » L’instant d’après, elle rêvait tout à fait. » (p. 278)

Ce livre « Sauver Ispahan » comme le précédent « L’Abyssin » tend vers un idéal à atteindre et à proposer au lecteur dans l’immensité d’un rêve à toucher :

« faire renaître au présent ces sources enfouies, toujours fraîches et nourries de mondes vierges qui n’existent plus qu’en elles. » (p. 644)

 

Novembre 2002

Catherine RÉAULT-CROSNIER