« MAURICE ROLLINAT EN UNION AVEC LA NATURE ET LES SENTIMENTS »

 

(Conférence de Catherine Réault-Crosnier lue à plusieurs voix avec des poèmes mis en musique par Michel Caçao, à la médiathèque de Châteauroux le 7 mars 2020, dans le cadre du Printemps des Poètes.)

 

 

Maurice Rollinat (1846 – 1903), poète aux mille-et-une facettes, n’a jamais fini de nous surprendre. À travers ses écrits poétiques et de prose, il affirme d’une manière certes inhabituelle mais bien présente son amour de la nature en lien avec les sentiments.

Par exemple, il ose mettre à l’honneur ce qui peut paraître insignifiant pour d’autres. Son premier recueil de poésies, Dans les brandes, est paru en 1877 sans être remarqué puis il est réédité en 1883, après le succès à Paris de son livre Les Névroses. Dans les brandes est imprégné de la campagne et des plaisirs simples de la vie où la minutie des descriptions se lie à la vivacité de la marche et à la douceur des flâneries :

LA PROMENADE CHAMPÊTRE

Mai, le plus amoureux des mois,
Fleurit et parfume les haies.
Allons-nous-en dans les chênaies,
Égarons-nous au fond des bois !
Cherchons la source et les clairières,
Dormons à l’ombre du bouleau ;
Un bon soleil ami de l’eau
Sourit aux flaques des carrières.

Et tous deux nous nous enfonçons
Dans la campagne ! et, champs, prairies,
Brandes, mares et métairies
Tout ça rêve entre les buissons.
Intrigués par notre costume,
Les bœufs, avec un œil dormant
Nous considèrent gravement
En léchant leur mufle qui fume.

Mélancolique et cher pays,
A nous tes petites auberges,
Ta Gargilesse humble et tes berges
Si pleines d’ombre et de fouillis !
Nous deux nous sommes les touristes
Familiers de tes casse-cou,
Et nous adorons le coucou
Qui pleure dans tes bois si tristes.

– Traversons la cour du fermier :
Au fond, le chien dort sous un frêne,
Lentement un crapaud se traîne
Horrible et doux sur le fumier.
Ici, la cane barboteuse
Glousse devant un soupirail ;
Là, des bergers frottent leur ail
Sur une croûte raboteuse.

Tiens ! voici venir chevauchant,
Assis sur des sacs de farine,
Le grand Pierre à qui Mathurine
Songe plus d’une fois au champ.
Insoucieux, il se balance,
Jetant sa voix claire à l’écho,
Déhanché sur son bourriquot,
Et tout rempli de nonchalance.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La promenade champêtre de Maurice Rollinat.

Angélique, au bord du lavoir,
A genoux dans l’herbe et la mousse,
Tape et tord le linge qui mousse.
C’est tout un plaisir de la voir !
Il sonne en vain le battoir jaune,
Les grenouilles n’en ont pas peur.
Dans une sereine torpeur,
Elles songent au pied d’un aune.

Que nous font les terrains vaseux
Puisque chantent les pastourelles,
Et qu’on peut voir dans les nids frêles
Le mystère des petits œufs ?
La pente est rude, mais la roche
Où le pied se pose au hasard
S’émeraude avec le lézard,
Et voici que la Creuse est proche !

Là-bas, Margot jacasse avec
Autant de feu qu’une dévote,
Elle court, sautille et pivote,
Hochant la queue, ouvrant le bec.
Impossible d’être plus drôle !
Elle danse, et va s’amusant
D’un beau petit caillou luisant,
Et d’un brin d’herbe qui la frôle.

Du fond des chemins oubliés
Où notre semelle s’attache,
Nous voyons la vieille patache
Qui roule entre les peupliers.
Quand les coups de fouets aiguillonnent
Les pauvres chevaux courbatus,
Sur les colliers hauts et pointus,
Comme les grelots carillonnent !

Et la hutte en chaume terreux,
Abri des petites bergères,
Est au milieu de ses fougères
Hospitalière aux amoureux.
Dans un mystère délectable,
Las de courir et de causer,
Nous venons nous y reposer,
Sur la paille qui sent l’étable.

(Dans les Brandes, pages 70 à 75)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La promenade champêtre de Maurice Rollinat.

Maurice Rollinat qui a souvent l’esprit torturé, décrit aussi des instants où il retrouve la paix et vit en symbiose avec les éléments. Alors la nature devient pour lui, un baume apaisant :

LA DÉLIVRANCE

Plus d’obsessions vipérines !
Plus de chuchotements pervers !
L’azur des grands cieux découverts
Sourit à mes humeurs chagrines.

De grosses perles purpurines
Scintillent dans les rameaux verts.
Plus d’obsessions vipérines !
Plus de chuchotements pervers !

Le zéphyr, doux à mes narines,
Souffle des parfums dans les airs
Et baise les étangs déserts,
Transparents comme des vitrines.
Plus d’obsessions vipérines !

(Dans les Brandes, pages 127 et 128)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La délivrance de Maurice Rollinat.

Les poèmes animaliers sont nombreux dans son livre Dans les brandes. Alors laissons place à un oiseau au travail. Dans ce rondel, Maurice Rollinat se décrit, avançant « à pas de tortue », expression qu’il répète, sorte de pas lent puis il s’efface du tableau. Il n’hésite pas à laisser la première place à l’oiseau pour ne devenir qu’un élément de passage.

LE PIVERT

Dans la grande chênaie, à l’ombre du coteau,
Je m’en vais en fumant, seul, à pas de tortue,
Par la petite route âpre et si peu battue,
Quand un pivert criard arrive d’un plateau.

– Son long bec, lui servant de vrille et de couteau,
Déloge les fourmis d’une branche tortue.
Dans la grande chênaie, à l’ombre du coteau,
Je m’en vais en fumant, seul, à pas de tortue.

Et gai, puisque mon crâne échappe à son étau,
J’admire sur un tronc, que la vieillesse tue,
Le joli perforeur dont la tête pointue
Se relève et s’abat comme un petit marteau,
Dans la grande chênaie, à l’ombre du coteau.

(Dans les Brandes, pages 159 et 160)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le pivert de Maurice Rollinat.

 

Entrons maintenant dans son livre le plus connu, celui qui est à l’origine de son succès parisien, Les Névroses, paru en 1883. Maurice Rollinat passionné par ses créations, sait combien la vie est un fil fragile, ayant vécu comme un drame la mort de plusieurs de ses proches dont celle de l’être qu’il aimait le plus au monde, son père, François Rollinat. Le poète reconnait combien nous sommes peu de choses.

MEMENTO QUIA PULVIS ES

Crachant au monde qu’il effleure
Sa bourdonnante vanité,
L’homme est un moucheron d’une heure
Qui veut pomper l’éternité.
C’est un corps jouisseur qui souffre,
Un esprit ailé qui se tord ;
C’est le brin d’herbe au bord du gouffre,

Avant la Mort.

Puis, la main froide et violette,
Il pince et ramène ses draps,
Sans pouvoir dire qu’il halète,
Étreint par d’invisibles bras.
Et dans son cœur qui s’enténèbre,
Il entend siffler le remord
Comme une vipère funèbre,

Pendant la Mort.

Enfin, l’homme se décompose,
S’émiette et se consume tout.
Le vent déterre cette chose
Et l’éparpille on ne sait où.
Et le dérisoire fantôme,
L’oubli vient, s’accroupit et dort
Sur cette mémoire d’atome,

Après la Mort !

(Les Névroses, pages VII et VIII)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Memento quia pulvis es de Maurice Rollinat.

À côté des poèmes de Maurice Rollinat qui ont contribué à sa renommée parisienne, d’autres ne prêtent pas de mine et pourtant nous transmettent un message inhabituel, pas celui du fort qui gagne mais celui des petites gens tel :

LE PETIT PIERROT

Entre les fils du télégraphe
Un pierrot siffle son refrain.
Le soir tombe : le ciel serein
Est vitreux comme une carafe.

Nul éclair ne met son paraphe
Au fond de l’horizon chagrin.
Entre les fils du télégraphe
Un pierrot siffle son refrain.

Comme il sautille ! Comme il piaffe !
Mais comme il file avec entrain,
Dès que la machine du train
Montre son grand cou de girafe
Entre les fils du télégraphe !

(Les Névroses, page 207)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le petit Pierrot de Maurice Rollinat.

Maurice Rollinat affirme aussi ses idées à travers ses hommages à de nombreux artistes et écrivains tels Chopin, Balzac, Léonard de Vinci avec La Joconde ou encore Edgar Poe dont la poésie était alors plus connue en France que dans son pays, l’Amérique. Rollinat nous entraîne alors dans sa facette sombre, celle de l’effroi hypnotique. La nature est ici présente à travers le Corbeau et le lynx.

EDGAR POE

Edgar Poe fut démon, ne voulant pas être Ange.
Au lieu du Rossignol, il chanta le Corbeau ;
Et dans le diamant du Mal et de l’Étrange
Il cisela son rêve effroyablement beau.

Il cherchait dans le gouffre où la raison s’abîme
Les secrets de la Mort et de l’Éternité,
Et son âme où passait l’éclair sanglant du crime
Avait le cauchemar de la Perversité.

Chaste, mystérieux, sardonique et féroce,
Il raffine l’Intense, il aiguise l’Atroce ;
Son arbre est un cyprès ; sa femme, un revenant.

Devant son œil de lynx le problème s’éclaire :
– Oh ! comme je comprends l’amour de Baudelaire
Pour ce grand Ténébreux qu’on lit en frissonnant !

(Les Névroses, page 56)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Edgar Poe de Maurice Rollinat.

Avec ce poète, les animaux sont très souvent à l’honneur. Le chat qu’il décrit, nous hypnotise dans ce poème dédié au romancier et nouvelliste français, Léon Cladel (1835 – 1892). Dans le premier vers, Rollinat cite Baudelaire qui a tant écrit sur les chats dans tous leurs états. N’oublions pas que Rollinat était l’ami des bêtes, même les plus repoussantes pour beaucoup. À la campagne, il était aussi toujours entouré de chats, en plus de ses chiens familiers. Nous ne nous lassons pas de son art de décrire avec vivacité et talent, cet animal pris sur le vif dans de multiples états, à la fois félin ou câlin, sauvage impulsif ou tendre familier.

LE CHAT

A Léon Cladel.

Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire
Par son être magique où s’incarne le sphinx ;
Par le charme câlin de la lueur si claire
Qui s’échappe à longs jets de ses deux yeux de lynx,
Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire.

Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,
Il ondule, se cambre et regimbe aux doigts lourds ;
Et lorsque sa fourrure abrite une chair grasse,
C’est la beauté plastique en robe de velours :
Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,

Vivant dans la pénombre et le silence austère
Où ronfle son ennui comme un poêle enchanté,
Sa compagnie apporte à l’homme solitaire
Le baume consolant de la mysticité
Vivant dans la pénombre et le silence austère.

Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre,
C’est bien l’âme du gîte où je me tiens sous clé ;
De la table à l’armoire et du fauteuil à l’âtre,
Il vague, sans salir l’objet qu’il a frôlé,
Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre.

Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue
Où livres et cahiers gisent ouverts ou clos,
Il passe comme un souffle, effleurant de sa queue
La feuille où ma pensée allume ses falots,
Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue.

Quand il mouille sa patte avec sa langue rose
Pour lustrer son poitrail et son minois si doux,
Il me cligne de l’œil en faisant une pause,
Et je voudrais toujours l’avoir sur mes genoux
Quand il mouille sa patte avec sa langue rose.

Accroupi chaudement aux temps noirs de décembre
Devant le feu qui flambe, ardent comme un enfer,
Pense-t-il aux souris dont il purge ma chambre
Avec ses crocs de nacre et ses ongles de fer ?
Non ! assis devant l’âtre aux temps noirs de décembre,

Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes
A la face bizarre, aux tétons monstrueux,
Il songe à l’angora, mignonne des mignonnes,
Qu’il voudrait bien avoir, le beau voluptueux,
Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le Chat de Maurice Rollinat.

Il se dit que l’été, par les bons clairs de lune,
Il possédait sa chatte aux membres si velus ;
Et qu’aujourd’hui, pendant la saison froide et brune,
Il doit pleurer l’amour qui ne renaîtra plus
Que le prochain été, par les bons clairs de lune.

Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve,
Et quand nous en sortons encor pleins de désir,
Il nous jette un regard jaloux et presque fauve :
Car tandis que nos corps s’enivrent de plaisir,
Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve.

Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte,
Comme pour y cueillir un brin de volupté,
La passion reluit dans sa prunelle verte :
Il est beau de mollesse et de lubricité
Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte.

Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante,
Dans le creux où son corps a frémi dans mes bras,
Il se roule en pelote, et sa tête charmante
Tourne de droite à gauche en flairant les deux draps,
Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante.

Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule,
Et quand il s’est grisé de la senteur d’amour,
Il s’étire en bâillant avec un air si drôle,
Que l’on dirait qu’il va se pâmer à son tour ;
Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule.

Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières
Où, matou lovelace et toujours triomphant,
Il s’amuse à courir pendant des nuits entières
Les chattes qu’il enjôle avec ses cris d’enfant :
Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières.

Panthère du foyer, tigre en miniature,
Tu me plais par ton vague et ton aménité,
Et je suis ton ami, car nulle créature
N’a compris mieux que toi ma sombre étrangeté,
Panthère du foyer, tigre en miniature.

(Les Névroses, pages 103 à 106)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le Chat de Maurice Rollinat.

Sarah Bernhardt, actrice et tragédienne française de renommée internationale, reconnaît la valeur de Maurice Rollinat et le fait connaître à Paris lors de la soirée du 5 novembre 1882 relatée par Albert Wolff dans son article « Courrier de Paris » paru dans Le Figaro du jeudi 9 novembre 1882. Femme de caractère, elle lui assure le succès. Réclamé dans les salons, il a ses admirateurs mais aussi ses détracteurs ce qu’il n’accepte pas. Il ressent alors un grand mal d’être lié à la remise en cause de son talent. Il quitte Paris en septembre 1883.

 

Avec une comédienne, Cécile Pouettre dit de Gournay, il part se réfugier dans la Creuse, à Fresselines, tout d’abord au moulin de Puy Guillon, lieu très sauvage, puis dans une maisonnette isolée à l’extrémité du bourg.

Il écrit son livre paru en 1886, L’Abime, titre révélateur, traduisant l’intensité de sa douleur psychique. Contrairement aux apparences, nous pouvons parler de courage car Rollinat a eu celui de partir loin de ce monde menteur où ses détracteurs le donnaient en pâture dans les journaux, en rendant insignifiant son art, le réduisant à un simple copiste de Baudelaire. Tout est sombre autour de lui jusqu’au fond de son âme. Nous pouvons nous étonner du message de ce poète qui exprime avec talent, la futilité de nos vies.

LA VANITÉ

Tel trappiste de l’Incroyance
Dépose ainsi devant son cœur
Ce formidable épilogueur
Si pointu dans sa clairvoyance :

« Comme tous mes frères mauvais,
Je tourbillonne vers la tombe
Mais mieux qu’eux je sens que j’y tombe
En songeant toujours que j’y vais.

Je suis cette ébauche terreuse,
Son graduel façonnement,
Et je vois dans chaque moment
La goutte du temps qui la creuse.

Ma vision d’inanité
Ne perçoit plus même l’atome,
Puisque pour moi tout est fantôme
En face de l’éternité.

Je sais que ma pensée avide,
Au bout de son effort géant,
N’a violé que du néant
Et n’a pénétré que du vide.

C’est pourquoi rejetant l’orgueil
Comme un bouclier qui nous leurre,
Je m’avance à ma dernière heure
Revêtu de mon propre deuil.

Mon esprit, ma bête et mon âme
Végètent sur leurs appétits,
Tous les trois désempuantis
Du sortilège de la femme.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La Vanité de Maurice Rollinat.

Inutile corrosion
Du positif et du peut-être,
Ma raison, inapte à connaître,
Conclut à sa dérision ;

Comme une taupe dans la terre
Que l’âge empêche de ronger,
Elle n’a plus qu’à se figer,
Deux fois aveugle en son mystère.

Ma volonté se sent moisir
Dans l’indifférence intentable,
Et j’ai tari le convoitable
En stérilisant mon désir.

Jusqu’au fossé du cimetière,
Le seul vrai but de mon destin,
Je ne m’accorde que l’instinct
Et les besoins de la matière.

Cet ici-bas ne m’étant rien,
Hors des conventions humaines,
J’use mes jours et mes semaines,
Ne produisant ni mal ni bien :

Je chauffe ma philosophie
A la cendre de mon dégoût,
Si cloisonné d’oubli de tout,
Que je vis derrière ma vie.

Donc, s’en remettant à son sort
Mon individu ne consiste
Qu’à faire ce par quoi j’existe,
C’est-à-dire à n’être pas mort.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La Vanité de Maurice Rollinat.

Plus d’affection qui m’enchaîne !
Insoucieux de mon lambeau,
Dans l’égoïsme du tombeau,
Je marche, comme un ver se traîne.

Il semblerait qu’en ce chemin
De nihilisme sans mirage,
Je ne sentisse pas l’outrage
Qui m’arrive de l’être humain.

Et pourtant, sachant sa piqûre
Aussi vaine que ma raison,
J’en souffre une démangeaison
D’ennui sourd et de rage obscure.

Dès l’attaque, j’ai pardonné,
Mais j’en garde un oubli complexe,
Moitié certain, moitié perplexe
Et moins tranquille qu’étonné.

D’où vient que la mansuétude
Met une sueur à mon front,
Et qu’ayant supporté l’affront
Il me reste une inquiétude ?

Vieil arbitre, rassure-moi !
Pourquoi ce vague et lent supplice ?
Réponds, vieux chicanier complice,
Étant si mort à tout… Pourquoi ? »

– Eh bien ! dit le Cœur, fais relâche
A ta pompeuse humilité :
C’est encor de la vanité
Que d’avoir souci d’être lâche !

(L’Abîme, pages 148 à 153)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La Vanité de Maurice Rollinat.

 

Maurice Rollinat continue de créer. En 1892, paraît La Nature, livre de 342 pages, dans lequel nous retrouvons sa facette proche de la campagne, des animaux étranges qu’il ose mettre étonnamment à la première place telle cette bête si dynamique qui sous la plume de l’écrivain, devient un être doué de sentiments :

LE VISITEUR

Encore là se repelotonne
Ce crapaud ! L’étrange animal !…
Sa façon d’agir me fait mal
Au moins autant qu’elle m’étonne.

Plutôt que de se laisser croître
Dans quelque désert d’escargots
Où battraient à coups bien égaux
Ses deux flancs et son petit goitre,

Plutôt que de hanter l’ortie,
La citerne ou l’herbage épais,
Et de s’y vautrer dans la paix
De la bonne extase aplatie,

Au lieu de vaguer à la nage
Sur des marais pleins de poisons,
Ce pauvret cherche les maisons
Dont il aime le voisinage.

Et ne vous imaginez point
Qu’en lui faisant peur, il s’éloigne…
Non ! on dirait qu’il a besoin
De ce dégoût qu’on lui témoigne.

On a beau le chasser, toujours on le rencontre !

A la même heure, il se remontre,
Spectre têtu sur le chemin.

Elle se saurait donc, la triste créature

Moins répugnante à l’être humain
Qu’indifférente à la nature.

(La Nature, pages 137 à 139)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le Visiteur de Maurice Rollinat.

Tout près, le poète décrit des humains inhabituellement mis à l’honneur. Il a l’art d’exprimer l’émotion comme dans ce poème, traduisant de manière respectueuse la déchéance d’un homme de la campagne :

LE LABOUREUR

Agonisant d’un mal qui traîne
Et temporise avec la mort,
L’homme est venu s’asseoir encor
Sous les branchages du grand chêne.

Soudain, spectral, il se relève
Et vient trouver dans leur purin
Ses deux vieux bœufs Brun et Morin
Qui le regardent comme en rêve.

Entre ces frères de charrue
Toute sa jeunesse apparue
Un instant le console un peu ;

Puis, des pleurs baignent ses yeux mornes,
Et, tandis qu’il leur dit adieu,
Ses doigts les grattent près des cornes.

(La Nature, pages 177 et 178)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le Laboureur de Maurice Rollinat.

Le poète sait rendre un hommage fort à la nature, sans ostentation mais en gardant toujours l’admiration pour la beauté qu’elle révèle comme dans le poème qui clôt ce livre.

LA PRIÈRE

Plus que le genou qui fléchit
Sur les dalles froides d’un temple,
L’œil est pieux lorsqu’il contemple
Et qu’en lui tout se réfléchit.

On est vraiment religieux
Si, devant l’Aube qui se lève,
On a des larmes plein son rêve
Et du sourire plein les yeux.

La périssable créature
Qui s’émeut d’un soleil couchant
Bénit d’un hommage touchant
L’Eternité de la Nature.

Par l’effarement de l’abime
Et le vertige du sommet
Avec le grand Sphinx on se met
En communion presque intime :

Le cœur tend et monte vers lui
S’il a de certaine manière
Le frisson blanc de la lumière
Et le frisson noir de la nuit.

On dit sa gloire et sa louange
En admirant ce qu’un rayon,
Une rainette, un papillon
Peuvent faire d’un tas de fange.

On lui montre qu’on le vénère
En regardant pousser le grain,
Comme on lui prouve qu’on le craint
En tremblant au bruit du Tonnerre.

Votre silence le célèbre
Quand, bois figés, dormantes eaux,
Vous ont pénétré jusqu’aux os
De leur grande stupeur funèbre.

Tel soir de pluie, un solitaire
Rend l’espace plus solennel
En y voyant dans l’arc en ciel
L’Arc de triomphe du Mystère.

Écoutant le Vent il l’invoque,
Il l’adore en humant la mer,
Et par son ivresse de l’air
Qui rit, s’exclame et soliloque,

Quel sacrifice, quelle fête
L’exalte plus sincèrement
Que l’âme qui vit le tourment
Des arbres pendant la tempête !

Jouir, Souffrir, Penser les choses
Tour à tour joyeuses, moroses,
C’est implorer l’Être inconnu :

Et surtout grande est la prière
Sans autres témoins que l’air nu,
Le ciel et l’eau, l’arbre et la pierre.

(La Nature, pages 342 à 345)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème La Prière de Maurice Rollinat.

 

Maurice Rollinat continue son chemin de création au fil du temps. En 1996, paraît Les Apparitions, livre de 302 pages où nous côtoyons les gens de la campagne, de diverses horizons, le charbonnier, le batelier, le vieux pauvre ou encore un être effrayant :

LE MALFAITEUR

Un soir d’hiver, un homme vient
Et loge à la sinistre auberge
Qu’auprès d’un bois, sur une berge,
Seule, âgée, une femme tient.

Mais, prudemment, du pas, de l’œil et de l’oreille

La fine hôtelière surveille.

Elle voit l’homme au lit, par le trou de la porte,

Et l’entend dire : « Où diable est caché son trésor ?…

Au fait, reposons-nous d’abord !…

Nous le trouverons bien, quand elle sera morte. »

A peine a-t-il éteint que dix doigts tout à coup

Se plantent crochus dans son cou…

Et la vieille raille et lancine

Son agonie obscure et qu’elle fait traîner,

Ricanant : « Tu venais, toi pour m’assassiner ?…

Eh bien ! c’est moi qui t’assassine ! »

(Les Apparitions, pages 230 et 231)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le malfaiteur de Maurice Rollinat.

Bien sûr, Maurice Rollinat n’oublie pas de nous montrer la nature qu’il n’a jamais fini de décrire dans la diversité des possibilités variant à l’infini. Admirons son art d’humaniser les paysages, de capter notre attention sans jamais nous lasser.

ORAGE EN FORÊT

La forêt gigantesque accomplit sa torpeur

Sous l’orageux vermeil

Du soleil ;
Branche et tige
Tout s’y fige…

Tout s’y prostre accablé de songe et de stupeur.

D’un oiseau qui voltige

Nul éveil !
Et pareil
Au vertige

Y couve un tourbillon qui vous donne la peur,

Leur cime ayant alors l’inerte de leurs troncs,

Ces grands arbres lépreux

Sont affreux,
Léthargiques
Et magiques,

Tels que lorsque la nuit vêt leurs pieds et leurs fronts

Ils se dressent tragiques,

Bossus, creux,
Noirs, cuivreux,
Magnifiques

De vieillesse et d’horreur sous leurs feuillages ronds.

Sur l’herbe qui croupit blême par le plein jour

Ils dégagent encor

De la mort
Par leur teinte
Presque éteinte.

Maintenant, s’épaissit l’air qui vibrait autour :

C’est une vapeur peinte

De décor…
Lourd il dort,
Moite il suinte

Dans ce caveau des bois qui chauffe comme un four.

En la morne clairière où l’obscur filet d’eau

A tu son gazouillis,

Du treillis
De leurs branches
Il s’épanche

Vague, une ombre qui fait un plus vague rideau.

De grandes formes blanches

Aux fouillis
Ebahis
Vont, se penchent,

Semblant soulever un invisible fardeau.

Encore s’aggravant du chant mystérieux

Du crapaud si perdu,

Plein et nu
Règne en maître
Sur les hêtres,

Sur les chênes, partout, le silence des cieux.

Et le soir long à naître

Est venu,
Inconnu
Qui peut-être

Apporte la tempête aux arbres anxieux.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Orage en forêt de Maurice Rollinat.

Et c’est elle en effet qu’il prédit ! Tout à coup

Tremble avec des arrêts

La forêt…
Elle claque
Sous l’attaque

Des grands souffles du vent qui font comme un remous.

Et puis, la voûte craque,

Et, d’un trait,
Disparaît
Noire opaque,

Précipitant l’éclair et des grondements fous.

La pluie en se ruant comme un torrent des airs

Acharne encor le vent

Qui la fend,
La refoule
Et la roule,

Sillonnant sa rumeur de hurlements amers.

Les tonnerres s’écroulent,

Se suivant.
Recrevant
L’eau qui houle

Dans un noir ténébreux comme le fond des mers,

Si convulsifs qu’on les dirait déracinés,

Les arbres se crispant

En serpents
Sifflent, geignent,
Et s’étreignent.

Ils emmêlent tordu leur feuillage fané

Que l’eau croulante baigne,

L’écharpant,
Et qui pend
Et qui saigne

Au rouge flamboiement des éclairs forcenés.

Et c’est le chaos gouffre où le bois tout entier

S’engloutit ondoyant,

Tournoyant
Noir, liquide,
Dans le vide,

Jusqu’à ce que l’orage ait fini d’effrayer

La lune qui, livide,

Souriant
En brillant,
Rôde humide

Sur la grande forêt qui va resommeiller.

(Les Apparitions, pages 198 à 203)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Orage en forêt de Maurice Rollinat.

 

Dans son livre Paysages et Paysans (1899) de 320 pages, le poète décrit de nombreuses anecdotes à travers des personnes prises sur le vif tel « Le Père Éloi », « Trois ivrognes », « Le Vieux Pâtre » ou encore :

LE DISTRAIT

Le bon père Sylvain, ayant bu sa chopine,

Des bras et du bonnet opine
Pour le patron du cabaret

Qui vient de l’appeler en riant : « Vieux distrait ! »

« C’est ben vrai ! Je l’dis sans mystère,
Si j’suis l’plus fin buveur de vin
J’suis aussi l’plus distrait d’la terre,

Fait, goguenardement, le vieux père Sylvain.

En vill’, cheux nous, où que j’me mouve,
Quoi que j’dise ou que j’fasse’, ya pas !
Mêm’ dans les affair’ du trépas,
J’suis toujours distrait, et j’le prouve :
Il faut dir’ que c’jour-là, ma foi !
Les gens fur’ coupab’ autant q’moi.

L’nouveau-né d’ma voisine étant donc mort-défunt,

J’fus à l’enterr’ment comm’ chacun.

Asseyez-vous ! qu’on m’dit, pèr’ Sylvain ! J’prends une chaise,

J’étais pas mal, sans être à l’aise…
C’était par un ch’ti temps d’décembre
Qui brouillait l’jour gris dans la chambre ;
Les uns étaient en réflexion,
D’aut’ pleuraient, sans faire attention.
V’là q’celui qui port’ les p’tits morts
Arrive et dit : « Où donc q’ya l’corps ? »
On cherch’ partout, à gauche, à droite,
Tant qu’enfin l’pèr’, v’nant à trouver,
M’fait signe en colèr’ de m’lever :
J’m’étais ben assis d’sus la boîte ! »

(Paysages et Paysans, pages 121 et 122)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Le Distrait de Maurice Rollinat.

Ailleurs, nous découvrons des merveilles cachées comme à travers ces fragiles fleurs auxquelles le poète donne la première place dans un poème très original dans sa manière de traiter ce sujet, entre vie et mort :

PITIÉ DES PÂQUERETTES

Les marguerites de la haie
Entourent, pleines de pitié,
L’aspic que tronçonne à moitié
Une sanglante et large plaie.

Toutes, par ce soleil brûlant,
Ont voulu lui venir en aide
Et lui procurer le remède
De leur petit ombrage blanc.

Contre la mouche qui voltige,
Chacune cherche à l’abriter,
Tâchant de le réconforter
Par la caresse de sa tige ;

On dirait qu’au pied du talus,
Malgré l’herbe qui les accroche,
L’une de l’autre se rapproche
Pour le cacher encore plus.

Une espèce de frisson tendre
Agite leur groupe inquiet
Devant l’aspic, râlant muet,
A qui la mort se fait attendre.

Comme pour les remercier
Il lève un peu sa tête plate,
Se crispe un instant, se dilate,
Et cesse de se tortiller.

Il va devenir la pâture
Des nécrophores du coteau
Et les pâquerettes bientôt,
Sécheront sur sa pourriture.

(Paysages et Paysans, pages 308 et 309)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant le poème Pitié des paqueretttes de Maurice Rollinat.

 

Terminons cette conférence par les deux livres de prose écrits par Maurice Rollinat. Tout d’abord, En Errant, préparé de vivant et paru en 1903, peu après sa mort, est constitué de pensées fortes, réunies par chapitre, sous un titre dont « Pêcheurs de Truites », « La grande Cheminée », « Les Mains », « La Lanterne sourde », « Prairies enchantées » ou encore ces extraits de « Nature et Fantastique » :

Eux seuls, les soupirs, partout, furtivement, et pour ainsi dire occultement, peuvent soulager notre âme en lui épargnant devant témoins la révéleuse indiscrétion du soliloque parlé, des gestes et des larmes. Montées amères ou tendres des regrets comme des désirs, ils épanchent en détail, soutirent, comme par bouffées, le chagrin de l’absence chez l’amant solitaire, le remords du coupable, les déceptions de l’amitié, la blanche et platonique passion des vierges abîmées dans leur trouble d’extase, pâmées et perdues dans le romanesque et la poésie du cœur, dans l’élégiaque rêverie de leur frémissante pureté.

Les soupirs sont à l’homme ce que les frissons, les relents et les reflets sont aux choses.

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant un extrait d'En Errant de Maurice Rollinat.

 

Ils demeurent à jamais les dolents murmures, les mystérieuses paroles de l’âme et du cœur dont ils racontent le deuil et l’ennui, la souffrance, le drame, et qui, par eux, deviennent leurs propres interlocuteurs dérobés, mystiques et silencieux.

Mais hélas ! s’ils se font les échappées ravies des délices de l’être humain quand ils signifient et rythment sa volupté, combien funèbres et tragiques ils s’égrènent, s’envolent, lorsque, dans leur secrète horreur, ils sont la plaintive exhalation de la détresse de son rêve et de l’agonie de sa pensée ! (En Errant, pp.  223 et 224)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant un extrait d'En Errant de Maurice Rollinat.

 

Dans Ruminations, livre de 296 pages, paru en 1904, Maurice Rollinat nous présente des textes très différents, n’hésite pas à franchir les frontières de la mort de multiples manières, preuve de courage, pour retrouver l’empreinte des morts. Peut-être pense-t-il à ceux qu’il a aimés et en premier à son père ?

De même que par la pensée on ressuscite les morts, par elle aussi, on arrive à vivre avec de chers absents. Rouvrant les yeux après les y avoir fermés, on voit plus clair dans les ténèbres ; ainsi, après avoir descendu longtemps sa mémoire au fond de soi-même, dans ce que l’on croit la nuit de son âme, on lui acquiert plus de sagacité chercheuse et d’acuité visionnaire.

En s’exerçant à s’approfondir, le souvenir vous montre exactement tels qu’ils sont tous, ceux que l’on voudrait auprès de soi. Il vous représente leurs traits, leurs allures, leurs tics, leurs infirmités, leur grâce ou leur gaucherie, leur élégance ou leur rusticité de manières comme de costume ; par lui, vous distinguez toutes les expressions de leurs regards, les moindres plis sourieurs de leurs lèvres, vous entendez le son véritable de leur rire ou de leur parole, cru ou voilé, avec toutes les nuances vocales du parler ordinaire, du cri d’appel, du chuchotement, du soupir.

A travers les lointains des plaines, des océans, des montagnes, l’âme sans limites qui transperce et franchit tout, vous fait assister au jeu extérieur de leur personne, à leurs occupations familières, à la continuation méthodique de leurs routinières habitudes.

Si les natures aimantes savaient se souvenir, si chez elles la mémoire des sens se doublait de la profonde et rumineuse évocation de la pensée, elles finiraient presque par combler le vide de l’absence où elles n’auraient plus que le seul regret d’étreindre des ombres et d’embrasser des fantômes.

Grâce à cette magie de la mémoire tendre et passionnée – à part les nostalgies de votre être charnel – est-ce que votre cœur ne bat pas plus étroitement sur celui de l’aimée, à cause de son éloignement même qui vous la rend plus chère en la rendant plus changeable et plus aventurée ? On pourrait presque dire qu’alors le libre et surnaturel élancement de votre pensée vers la sienne provient de l’invisibilité, de la spiritualité de sa présence, aussi précise pourtant qu’impalpable ; qu’il résulte de l’immatérialité de ses organes qui, par l’enchantement féerique de votre appel, mis en correspondance avec les vôtres, vous signifient, vous expriment en purs frissons d’esprit, par les seuls fluides de l’âme, tout le corporel connu, toute la physique identité de sa personne. (Ruminations, pp. 38 à 40)

Peinture à la cire de Catherine Réault-Crosnier illustrant un extrait deRuminations de Maurice Rollinat.

 

En conclusion, Maurice Rollinat est un créateur aux multiples facettes qui suit sa route, contre vents et marées ; plus concrètement, il varie à l’infini, la force de son message à décoder au fil de l’instant et de notre pensée.

 

Janvier 2020.

Catherine RÉAULT-CROSNIER

 

 

NB : Pour avoir plus d’informations sur Maurice Rollinat et l’Association des Amis de Maurice Rollinat, vous pouvez consulter sur le présent site, le dossier qui leur est consacré.