DES LIVRES QUE J’AI AIMÉS

 

CHAQUE JOUR EST UN ADIEU

d’Alain RÉMOND

aux Éditions du Seuil, 2000

 

 

Alain RÉMOND est rédacteur en chef de "Télérama" où il tient la rubrique "Mon œil". Il a publié en 1971 aux Éditions de la Grisière "D’amour et de nuit", aux Éditions de l’Épi "Les Chemins de Bob Dylan", en 1973 aux Éditions Saint-Germain-des-Prés "Aube-Mer", en 1977 aux Éditions Henri Veyrier "Montand", en 1989 aux Éditions Syros Alternatives "Mon œil. Chroniques cyclothymiques d’un zappeur professionnel", aux Éditions du Seuil en 1993 "Les Mémoires de Mon œil", en 1994 "Je ne vous ai pas interrompu !", en 1997 "Les Images" et en 2000 "Chaque jour est un adieu".

Le titre de ce dernier livre "Chaque jour est un adieu" est à lui seul déjà un appel à nous détacher du passé qui nous lie si fort au temps présent. Jamais les jours passés ne reviendront et nous devons en porter le deuil. Il reste la nostalgie, l’empreinte du souvenir, la féerie des jours idéalisés. Il reste le regard posé qui raconte le temps perdu :

""Quoi, tu joues encore, à ton âge ?" Oui, je jouais encore. Et je le plaignais, sincèrement, de ne plus savoir jouer. Après, quand on a passé la barrière, franchi la frontière, c’est fini, on ne peut plus revenir en arrière. Jamais." (p. 30)

Malheureux l’homme ou la femme qui a perdu son enfance, sa spontanéité, cette joie de vivre innocente ! "On ne guérit pas de l’enfance." (p. 84) Les parents sont les personnages pivots et ils deviennent encore plus importants par leur statut de fragilité maladive qu’ils essaient à tout prix d’effacer mais qui finit par ronger toute leur vie. À l’approche de la mort, la vérité refait surface :

"Il y avait entre nous ce lien si fort de la tribu, il y avait ce bonheur de partager les mêmes rites, les mêmes histoires codées, la même mythologie. Mais, à cause de cette souffrance au cœur de la famille, de cette guerre entre nos parents, nous ne savions ni les mots ni les gestes de la tendresse. De l’amour. (...) Et voici que mon père, avec son sourire fatigué, sans doute aussi pour faire oublier le père lointain, étranger, qu’il avait été, trouve le courage de nous dire combien il nous aime, (…)" (p. 74 et 75).

Après la mort du père, c’est la longue maladie de la mère qui la ronge lentement ; pour les enfants, c’est d’abord le refus de comprendre :

"Ma mère ne peut pas mourir, elle n’a pas le droit de mourir." (p. 102)

"Jamais, pourtant, je n’oserai lui en parler franchement. On continue à faire semblant. Dans l’angoisse et la peur." (p. 106)

Puis la soumission devant l’avancée des symptômes, et enfin le malaise de faire semblant de ne pas savoir. Une fois la mort rendue, il reste les souvenirs qui ravivent la plaie ouverte :

"C’est la photo d’un bonheur abîmé. C’est la photo de mes parents." (p. 113)

Tout est fini, c’est sûr ; pourtant l’enfance a encore ses racines qui imprègnent les êtres :

"Dire adieu, encore, même si c’est impossible, parce qu’on ne dit pas adieu à son enfance, on vit avec elle chaque jour de sa vie." (p. 112)

La mort ne clôt pas la question de la vie. Elle est passage obligatoire mais le monde continue de vivre et de se rappeler et l’adieu au passé, éternellement présent, n’en finit pas de mourir :

"Mon père est mort, ma mère est morte, ma sœur est morte. Je veux vivre en paix avec tous, les vivants et les morts." (p. 126)

Ces mots qui terminent ce livre, sont tout puissants car ils contiennent le germe de l’espoir qui ne mourra jamais tant qu’il y aura vie humaine pour penser sur terre. Ces mots sont la profondeur enfouie, muette qui jaillit à travers la pensée vivante, union entre les morts et les vivants. Sachons comme Alain RÉMOND quitter un peu de nous chaque jour mais garder l’amour de nos proches, morts et vivants ainsi même si "Tous les jours sont des adieux" (p. 79), chaque jour sera aussi un espoir de paix pour tous.

 

Catherine RÉAULT-CROSNIER

Novembre 2001