DES LIVRES QUE J’AI AIMÉS

 

TOUTES CES CHOSES QU’ON NE S’EST PAS DITES

 

de Marc LÉVY

 

aux Éditions Robert Laffont, 2008, 426 pages

 

« Toutes les choses qu’on ne s’est pas dites » est le titre du dernier roman de Marc Lévy publié en mai 2008. Comme à l’habitude, Marc Lévy séduit ses lecteurs dès le début de son livre, en introduisant la curiosité puis le suspense et l’envie de savoir. L’auteur réussit à maintenir l’intérêt du lecteur, tout en introduisant une dose suffisante de romantisme, d’humour et de tendresse, pour nous faire entrer dans ce monde qui est à la lisière de la science-fiction et pourtant bien ancré dans notre réalité moderne. L’amour y est à la première place, l’amour d’un père, pour sa fille, d’une fille pour son père avec ses heurts inévitables, ses incompréhensions et aussi l’aura de l’amour perdu, idéalisé et toujours attendu.

Les phrases tombent comme des maximes philosophiques, semées ça et là, au fil du roman : « On naît seul et on meurt seul. » (p. 29)

Ce qui pourrait n’être que banalité, prend tout son sens avec le déroulement de l’histoire, une histoire pas banale, celle d’une fille Julia qui apprend juste avant son mariage que son père, Anthony Walsh, ne sera pas là. Il a une excuse irréprochable. Il est mort et sera enterré le jour de son mariage. Voilà qui chamboule tout. Mais en plus, il va devenir omniprésent, comme si le fait de mourir, pouvait rapprocher les êtres et les faire mieux se comprendre. Son père mort lui propose un pari, celui de partager sa vie pendant encore une semaine, avec un robot qui est son portrait frappant :

« Pour que nous disposions de ces quelques jours qui nous ont manqué, de quelques heures de plus volées à l’éternité, (…). » (p. 68)

Oui, c’est vrai, c’est souvent quand les gens sont partis que l’on regrette de ne pouvoir échanger avec eux, de ne pas les avoir compris. On a besoin de se réconcilier : « La paix pour ce soir, pour hier, pour tes années de silence, ou pour toutes nos guerres ? » (p. 81)

Ce temps de regard sur le passé, c’est aussi celui de rappeler l’amour oublié : « Julia, je sais que bâtir ensemble est une autre aventure. J’ai haï ton père et puis j’ai voulu le comprendre. (…) Je t’ai aimée telle que tu es (…) je t’ai aimée sans te comprendre, (…) » (p. 217)

L’incompréhension est source de tant de blessures, de tant de haines, de tant de faux pas. L’humour surgit alors, le temps de se ressourcer, de décompresser : « Ah l’humour, quelle merveilleuse façon de désamorcer le réel quand il vous tombe dessus ; (…) » (p. 221)

Marc Lévy nous dit que l’on peut perdre espoir mais il veut nous faire réagir. Non, ne restons pas défaitistes : « Après tout, vivre dans le drame, c’est une façon d’exister comme une autre. » (p. 222)

Mais Marc Lévy ne cautionne pas cette attitude, bien au contraire car qui vit dans la plainte, est déjà mort. Mieux vaut entretenir la force des beaux moments du vécu : « La mémoire est une artiste étrange, elle redessine les couleurs de la vie, gomme le médiocre pour ne garder que les plus jolis traits, les courbes les plus émouvantes. » (pp. 277 et 278)

Puisque Julia et son père peuvent échanger par personnes interposées (par l’intermédiaire du robot), c’est l’occasion d’exprimer l’indicible : « Sais-tu combien d’hommes par temps de solitude se sont rendu compte que cette réussite (…) les avait éloignés si loin des leurs, pour ne pas dire d’eux-mêmes. » (p. 342)

Oui, les habitudes happent notre vie, nous emprisonnent dans un enchaînement de faits qui nous empêchent de reculer et peuvent nous faire vivre à l’inverse de ce que l’on voudrait ; il nous semble alors trop tard ou impossible de faire marche arrière. Mais nous sommes toujours face à des choix : « Non, Julia, tu es seule face à tes choix. » (p. 411)

Et combien de parents et d’enfants n’arrivent pas à se comprendre : « Parents et enfants mettent souvent des années avant de se rencontrer. » (p. 413)

Oui, toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites, il est jamais trop tard pour les dire, même au-delà de la mort, voilà le message que Marc Lévy sait si bien nous transmettre dans le respect de la diversité de l’humain et du chemin que chacun empreinte. Nous avons toujours notre mot à dire pour vivre notre vie et l’amour doit vaincre nos réticences, nos faiblesses. Alors il n’y aura jamais de mort absolue.

 

29 avril 2009

Catherine RÉAULT-CROSNIER