DES LIVRES QUE J’AI AIMÉS

LE NAGEUR EN MER SECRÈTE

de WILLIAM KOTZWINKLE

Éditions Actes sud, 103 pages, 1998

 

 

William KOTZWINKLE est un écrivain américain, poète et scénariste. Il est né en 1938, à Scranton en Pennsylvanie. Il aime écrire dans des genres très différents : polar burlesque, roman, feuilleton, érotisme, fantastique, science-fiction, absurde, livres pour enfants. Son écriture fluide, captivante, imaginative lui apporte toujours le succès.

"Le nageur en mer secrète" raconte l’histoire d’un enfant prêt à naître et de sa mère en attente de sa venue. L’histoire commence alors que la femme perd les eaux, chez elle, dans une forêt du Maine, par une nuit glaciale. Alors débute la course contre la montre, contre la nature hostile, la maternité lointaine (le chemin a été longuement préparé) et puis encore dans la salle d’accouchement, l’attente de la femme (qui met ses forces dans l’espoir de cette nouvelle vie qu’elle porte en elle et qu’elle a mis dix ans à faire germer). Elle lutte contre la douleur ; elle fait preuve d’un courage obstiné. Elle a préparé cette venue au mieux mais la fatigue finit par se faire sentir :

"La vague revint, les emportant dans une mer de souffrance, et Laski (le père) se demanda encore pourquoi la vie avait cru bon de naître dans l’univers. La beauté limpide de la nuit sur la route, lorsque toutes les étoiles semblaient les couver du regard, disparaissait maintenant sous un flot de sueur."

Le père est là, présence permanente pour l’aider :

"Nous irons jusqu’au bout ensemble."

Lui aussi, lutte et s’interroge sur le pourquoi de cette douleur, "sur le dessein d’une race qui s’évertue à se perpétuer dans la souffrance" :

"Nous nous dépensons sans compter : pour que l’amour puisse venir au monde."

Lorsque la femme s’épuise et que l’enfant souffre, enfin la sage-femme se décide à réveiller le médecin de garde mais il est trop tard. L’enfant pousse son dernier soupir de colère et de rage en mourant à la naissance :

"Du bébé sortit un petit gémissement."

Nous sommes alors à mi-parcours du roman. Il y a l’épreuve du deuil, l’absence d’un être attendu :

"Laski (le père), le visage ruisselant de larmes, suivait la route qui le ramenait chez lui."

Il voit alors son enfant avec un autre regard :

"Il est adulte et ne me quitte pas. (…) Tu es libre comme l’air, emporté par le vent. Tu es fort comme le vent et le soleil."

Lorsqu’il revient chez lui, toute la maison a été préparée pour accueillir le bébé alors il se décide à l’enterrer près d’ici. Lorsqu’il repart de la maternité avec sa femme, leur amour est fortifié par l’épreuve :

"Il n’y a que nous deux, de nouveau", dit Laski.

"Oui, répondit Diane, leurs mains se touchant sur le couvercle du cercueil en pin."

Avant de l’enterrer, ils veulent le revoir une dernière fois et sont étonnés de sa transformation :

"Ses traits avaient acquis une maturité totale ; ils ressemblaient maintenant à ceux d’une homme âgé, comme si le bref moment de son existence où il avait virevolté entre les mains d’un médecin avait été une vie entière, de ses débuts jusqu’à sa fin. Le triomphe et la rage, la victoire et la défaite, tout cela avait à présent disparu de son visage, et ses yeux clos irradiaient la sérénité."

Côte à côte, ils sont émus par ce petit corps qui a fini son chemin sur terre. Il pressent alors une autre forme d’existence :

"Il vit la vie et la mort se fondre en une mer étincelante et calme qui n’avait pas de limites."

Alors, ils sont prêts pour l’enterrement et Laski va seul avec un voisin choisir un endroit calme et reposant, dans la nature accueillante pour qu’il soit en symbiose avec elle :

"Les branches des petits arbres effleurèrent le cercueil, répandant des aiguilles sur le couvercle, et quelque cônes minuscules."

Le roman se termine ainsi ; l’enfant n’est plus un être à part entière. Il fait partie de l’univers.

 

Catherine RÉAULT-CROSNIER

18.06.1999